‹ Mémoires sur l'Indoustan, ou Empire MogolChapitre 9 sur 51 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Détails sur le mariage de SalabetJanqUe , sur

celui de sa nièce; et Campagnes de M. de

Bussy, dans le Mayssour. Cession de quatre

sirkars pour sûreté du payement du détache-

' ment français. Citasses du nabab.

La paix signée , M. de Bussy voulut engager le nabab à aller dans le Mayssour 9 qui devait neuf années de contributions. Ce pays est extrêmement riche , étant d'une fertilité peu commune. On pouvait l'appeler alors le trésor de Onde. Chaque souverain entassait le plus qu'il pouvait : c'était, un crime de toucher à ces amas de richesses. Point de successeur qui ne les respectât et ne les conservât avec soin. Plus le souverain amassait, plus il se rendait fameux, et plus il était respecté. La capitale du Mayssour est Seringa patnam , aussi célèbre par la fortune dHyder-Àli-Khan , que par les infortunes de

SUR LIÏ0OCST15.

son fils Tîpou. Cette ville était le séjour jah. Les habitants sont gentils, et alors ib tributaires da soobah du Dékhan. Les tions du radjah n'étaient pomi fixées; étaient proportionnées à la crante qui! ai des forces du nabab , et ne payait que ce prince venait les lui demander à b tête île ses troupes. Je ne sais quel démon rôt s opposer aux projets de M. de Bnssy. La cavalerie du nabab ne voulut point passer an-dda de Calberga, soit qu'elle neùt pas été payée, parce <ju ils avaient encore le |ucjugé de que toutes les années qui ont été dans ce pays y ont toujours essuyé quelques malheurs; la mort de Nassard-Jangue , et la défaite récente de son armée , la plus formidable qui eut été levée dans le Dékhan , faisait encore beaucoup d'impression sur un grand nombre.

Nous demeurâmes un mois à Calberga, qui était autrefois une grande ville. Elle avait nue bonne forteresse. Cest la Rome des nmwilmjns de ce pays. Quelques tombeaux y attirent beaucoup de pèlerins.

La campagne du Mayssour fut remise à Tan* née suivante. De Calberga nous allâmes camper près de Naldourouk , forteresse autrefois considérable. Nous y séjournâmes pour y attendre Seidlasker-Khan, vieux seigneur trés-considéré et aimé du nabab. Nous marchâmes ensuite vçrs

Oudeguir , petite ville située près le passage des montagnes. M. de Bossy, étant tombé malade , partit pour Mazuliprftam , après avoir donné le commandenent à M. Goupil DYtedegcrir, nous allâmes camper sur les bords du Ganga, et, trois jours après, nous non* rendîmes auprès de Mabor , forteresse située sur une montagne qui la rend imprenable. Noos y séjournâmes un mois , et nous y fâmes accablés par d'excessives chaleurs. Ce fut de cet endroit que le nabab écrivit à Rogotgi, pour toi demander les contributions qu'il devait : elles furent d'abord refusées. On fit de suite les préparatifs pour aller ravager son pays; oe qui le détermina à en* voyer on député au nabab, avec promesse de payer son contingent. Dès que tout eût été arrêté, et que sûreté pour sa personne lui eût été donnée , il vint faire ses présents au nabab , et apporta ses contributions. C est ce même Ragotgt, dont parle l'abbé Guyon dans son histoire. Il se trompe, lorsqu'il dît que M. Dumas repoussa les Marottes par la force des armes ; ce ne fut que par les négociations. On connaît la belle réponse de ce gouverneur français au chef maratte , qui l'avait sommé de lui livrer les richesses qu'il croyait avoir été déposées à Pondichéry , par la femme et les enfants de Chanda-Saëb qui s'y étaient réfugiés : « Vous me dites que vous allez prenne dre Gingi ; vous en êtes le maître : mais nous

sur l'ibtdoustàk. 5g

« trouverons du fer et des soldats, que nom « n'employons cependant que contre «eux qui « nous attaquent injustement. * Ce gouverneur lui ajouta « que les Français étaient venus aux ce Indes pour donner l'exemple de l'hunanité ; « et qu'ils respectaient trop les droits de l'bos- « pitalité 9 pour les violer dans la personne des « princes amis de la nation ; et qu'enfin , la fa- * mille d'Aoust - Aly - Khan , et de Chanda-Saëb a n'avait éprouvé de leur part, qu'un secours « qu'ils étaient prêts d'offrir avec le même zèle « à tout prince hindou qui le réclamerait. »

Les contributions de Ragotgi payées , l'armée revint sur les bords du Ganga , d'où , après un mois de campement , elle partit pour le quartier d'bivet. On la divisa en deux. Deux cent Français et six pièces de canon suivirent le nabab & Aurengabâd , ainsi que toute son artillerie et sa cavalerie. Les autres cinq cents hommes, sous les ordres dp M. Goupil , allèrent prendre leur quartier d'hiver à Ayedérabad. Quinze jours après, nous fîmes notre entrée le 1 1 juin 1753 à Aurengabâd , dans l'ordre à peu près suivant :

Deux éléphants enharnachés de drap rouge , montés par deux noirs armés d'une lance de vingt pieds.

Mille hommes armés . de fusils à mèche , qu'on appelle kaïtok, couverts de drap rouge,

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n'ayant pour tout habit, qu'un morceau de toile pour couvrir leur nudité.

Deux éléphants sur lesquels étaient portés les deux drapeaux blancs du nabab, semés de trèfles d'argent.

Quatre cents cypayes , en cabaye , armés de nos fusils, et à notre solde.

La compagnie portugaise de soixante hommes , habillés à la française , habit rouge , parements verts 9 et bavaroise de même. Le Capitaine dom Louis de Norognha à leur tête.

Deux éléphants enharnachés de drap rouge 9 leur chirolle de même 9 sur lesquels étaient montés les deux frères du nabab, Nizam-Ali $t Bassaled-Jangue.

Mille cypayes, en cabaye, armés de fusils, et à notre solde.

Cent français , le major à leur tête, et un officier.

Deux éléphants, dont les chirqlles eu drap rouge, sur lesquels étaient montés nôtre commandant et son lieutenant.

Soixante français à cheval, un officier à leur tête.

Les darogas ( maître ou chef ) des écuries , des tentes ; des alkaras (coureurs ) et leur suite.

L'arez-begui et sa suite (i).

(i) C'est à lui qu'on s'adresse pour présenter au prince toutes les requêtes.

SUR LlIDOCSTiï. 6f

Leschoubdarsfi eunuques à cheval.

Les joueurs de tares, à cheval.

Quatre différents poodjebs, à cheval 3 .

Un cavalier pour le danga-nanbot, à

val (4).

Des choubdars à cheval, et autres Le nabab, monté sur un magnifique dont la chirolle était couverte de drap romçe brodé en or, ainsi que le rekte du harnais; son petit frère llir-Mogol, âgé de boit ans, à ses côtés; et derrière , sur la même chirolle un hahcfaî * 5 , tenant à la main une queue de paon pour ser les mouches.

Quatre éléphants, en chirolle de combat « tés par des mansepsdars (j).

(i) Veut dire qui a mn bâton, ht dbonbdar sert à la porte pour avertir quand quelqu'un vint , et eanpéener les inconnus d'entrer.

(a) Ketsmedars, sont des serviteurs, tek que valet» de chambre.

(3) C'est une main de cuivre au bout d'an bâton, qu'un homme porte à cheval, dignité.

(4) C'est comme une twnhalle C'est mu mu que de evmutV distinction. Cette dignité n'est accordée qu'aux grands seigneurs et pour de grands services.

(5) C'est le premier grade dans les troupes.

(6) Mansepsdars ; ce sont des commandante de t*mm*% . depuis deux cents jusqu'à neuf cents

Deux cents noirs servant au nabab à différents emplois.

Un chameau portant un espèce de cabinet secret pour la route.

Six femmes à cheval , servatit au sérail:

Cinq esnuques à cheval 9 et teur suite.

Quatre éléphants à chirolles couvertes et fermées, de drap rouge brodés eu or T où sont les femmes du nabab , ou ses parentes attachées à s& maison.

Quelques femmes et eonuques à cheval,

Quatre éléphants , sur lesquels étaient montés, le premier et seul ministre Oaakil-Jéeutlak (i), le divan ou chef des finances, le causaman ou intendant de la maison du nabab , et le gouverneur d'Aurengabad ; tons quatre, seigneurs de la plus haute qualité.

Un éléphant pour le mai maratab , grande dignité (a).

Un éléphant pour le poudjeb , seconde dignité.

Un éléphant pour le naubot, dignité.

Un éléphant pour le chir-maratab , grande

dignité (3).

(i) Ouakil*-Moutlak ,.. o'est-à-dire, seul ministre de qui tout dépend pour la guerre et pour 1* finance*

(2) Charge du poisson. C'est la tête/ d'un poisson* au bout d'une lance. Je n'en ai pas vu plus de quatre dans le pékhan. Elle est toujours portée sur un éléphant.

(3) Charge du non. Elle est portée sur un élé] Je n'ai vu cette dignité qu'au nabab.

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