‹ Mémoires sur l'industrie de la soie: éducationsChapitre 15 sur 34 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

VEfiS ▲ SOIE.

Nous allons nous occuper maintenant des observations dont le ver à soie lui-même a été le sujet : quelquefois elles ne paraîtront pas avoir une application directe à la pratique. Ce n'est pas une raison pour négliger des faits qui doivent compléter nos connaissances sur cette matière intéressante. ^

De la transpiration des vers à soie.

Le phénomène de la transpiration doit jouer un grand rôle dans l'existence du ver à soie } aussi nous nous proposions de Tétudier avec soin, et nous avions commencé quelques estais dans ce but Le temps nous a manqué pour leur donner toute rétendue qu'ils méritent; nous y reviendrons. Si nous en faisons mention dès à présent , c'est afin d'attirer sur cet objet l'attention des expérimenta* teurs. Nous serions charmés d'être prévenus par quelqu'un d'entre eux dans la découverte des eau* ses vqui peuvent influer sur la transpiration, dont la suppression ou l'exagération doivent agir puis^ ftamment sur l'hygiène du précieux insecte.

(65.) Dw volume des vers à soie.

On a pu voir plus haut que nous avons eu à notre disposition un grand nombre de variétés de vers à soie. Nous avons profité decette circonstance pour étudier diverses questions pleines d'intérêt; par exempfe : quelle est l'influence du régime sur le volume du ver à soie?

Quel rapport y a-t-il entre le volume du ver et la soie dont le cocon est formé? en d'autres termes^ sont-ce les plus gros ^ers qui donnent le plus de soie? Etc., etc. Mais^ pour aborder ces questions dès à présent, il faudrait exposer une foule de résultats qui s'appliquent plus directement à d'autres problèmes; nous attendrons, en conséquence, qu'ils aient été présentés à leur place naturelle et nous reviendrons sur les conséquences qu'il sera possible d'en tirer.

Métamorphose du ver à soie.

Nous pensons que quelques-uns de nos lecteurs

ne seront pas fâchés de trouver ici la description

du phénomène; qui s'offre aux yeux de Tobserva-

. teur, au moment où le ver à soie passe à l'état de

chrysalide^

Pendant plusieurs jours je me suis appliqué, avec un soin extrême, à remplir une des intentions de M. Âudouin, qui désirait avoir, pour la colh&ction du Muséum d'histoire naturelle, des vers pris au moment même où ils se dépouillent pour se

convertir en chrysalides. J'ai eu beaucoup de peine à saisir l'instant précis de cette transformations pour y parvenir, j'ai ouvert un grand nombre de cocons ; dans la plupart la chrysalide était déjà for^ mée, dans d'autres le ver filait encore. Pour ceuxci, j'ai replacé l'une sur l'autre les deux moitiés de la coque soyeuse que les vers ont eu bientôt soudées , et je les ai séparées de nouveau quelques heures après.

Enfin, dans d'autres cocons, j'ai trouvé des vers immobiles et j'ai attendu le moment de la transformation; malgré toutes les précautions, le phéno-^ mène a eu lieu le plus souvent en mon absence: cela tenait à mon ignorance des caractères annonçant l'approche de la transformation. Cependant^ après deux ou trois jours de tentatives inutiles, je suis parvenu à distinguer les vers qui allaient se dépouiller, et j'ai pu assîs.ter plusieurs fois à ce curieux phénomène.

On connaît les caractères du ver près de filer : je ne les donnerai pas ici. Quand il a achevé son travail, il a beaucoup diminué dé volume (i). Le ver est devenu d'un blanc mat et comme cireux; les articulations dç son corps sont très-prononcées et séparées par des plis profonds.

Il paraît tuméfié dans sa partie moyenne ; celle qui a voisine la tête est d'un jaune pâle et demi-

(i) La chrysalide ne pèse que les 4o centièmes du poids du Ter pris un peu avant le moment où il commence son cocon.

(6?) transparente» Ce caractère ne dépasse pas les deux premiers anneaux.

L'autre extrémité du corps devient noire. Les stigmates se dessinent aussi de plus en plus et paraissent bientôt réunis par une raie sous-cutanée foncée qui va de l'un à l'autre, et qui n'est autre chose que les trachées qui font communiquer les stigmates entre eux.

Les pattes en couronne ou les pattes sous-abdo^ minales se flétrissent peu à peu j d'abord les postérieures, puis les autres successivement ï il semble qu'elles se rident : on distingue alors très-£^isément les poils dont elles sont hérissées et les petits crochets qui les entourent.

Les six pattes de devant se rapprochent et noircissent ; les parties de la bouche , ou ce qu'on appelle vulgairement le bec, s'inclinent de plus en plus vers elles, et, par conséquent, se portent en dessous.

Bientôt on voit apparaître quelques rides sur la peau. Ce phénomène commence vers la partie postérieure de l'animal et se propage peu à peu vers la tête. L'épiderme devient transparent, et l'on distingue au travers les anneaux de la chrysalide. Rien ne paraît encore vers la tête.

Il semble alors que la peau de la chenille étrangle la chrysalide vers le troisième anneau. Plusieurs fois j'ai cru que cet acd<leut avait lieu en effet , et que le dépouillement ne pourrait pas se faire : il n'en était rien.

A travers l'épiderme, on voit sur le dos de l'insecte la ligne rougeàtre formée par le vaisseau dorsal ou le cœur, et Ton distingue aisément le mouvement péristaltique du liquide qu'il contient.

De temps en temps la chenille fait quelques légers mouvements, mais elle ne cherche pas à prendre une position déterminée; la chrysalide, au contraire, fait tous ses efforts pour ne pas rester sur le dos.

Les plis de la peau se prononcent de plus en plus, et les parties de la bouche de la chenille sont devenues insensibles au toucher.

Quand ces divers caractères sont réunis, on peut être asisuré que la métamorphose ne tardera pas à se faire. ^

En effet, le moment arrive où Ton peut juger que Tépiderme est désormais entièrement indépendant de la larve : celle-ci commence alors une suite de mouvements analogues à ceux d'un ver de terre qui marche; c'est aussi le mouvement du ver à soie qui mue, avec cette différence, cependant, que^ dans lamue, la chenille abandonne la peau ancienne qui a été fixée préalablement aux corps environnants, tandis qu'ici le ver doit la rejeter sans avoir eu la précaution d'établir cette adhérence.

La peau se détache donc et se trouve refoulée

successivement vers la partie postérieure; il est

évident qu'elle est très-humide dans ce n^oment, ce

^ qui résulte d'un suintement qui a eu lieii à la sur-

(69) face de la chrysalide : on verra tout à Vheure que ce suintement atteint un double but.

Quand une certaine étendue de la peau est ainsi refoulée, il s'y fait une déchirure, immédiatement au-dessus de la tête, sur une ligne médiane et longitudinalement; elle commence dans une petite tache noire, en forme de fer de lance, qui garnit les deux côtés de la ligne médiane, sur le sommet du premier anneau. Cette déchirure ne s'étend pas plus loin que le tiers antérieur de la peau; elle se fait au centre de la tache, après quelques efforts que iait la chrysalide dans sou premier anneau; elle s'élargit, et la chrysalide parait à nu.

La membrane est d'une ténuité extrême : même avec une forte loupe on a de la peine à distinguer les bords de la déchirure.

Le dépouillement des trachées , dont j'ai parlé plus haut, retarde un peu la métamorphose, parce que la membrane qui les tapisse intérieurement se détache et suit la peau sous l'apparence de fijs noirs.

Enfin les parties de la bouche de la chenille sont entraînées en dessous avec les pattes; elles sont suir vies par une membrane qui sort de la partie de la chrysalide représentant la tête dq papillon, et qui tapissait sans doute la bouche et l'œsophage du ver. Celte membrane est noire; elle a environ un millimètre de longueur.

La chrysalide pamît de plus en plus. Les organes extérieurs du papillon $e montrent distinctement :

(70) la tête, les antennes, les ailes, les pattes; ik sont formés par une matière homogène, j aunâtre, trans* parente, liquide, contenue dans une membrane excessivement fine. Les stigmates subsistent et sont ouverts.

Enfin, grâce aux efforts répétés de la chrysalide, Fenveloppe de la chenille se trouve bientôt rejetée tout entière à l'extrémité postérieure, et ramassée sous la forme d'une membrane plissée; il ne faut, pour cela, que cinq à six minutes : c'est ce qui explique la difficulté de saisir le moment précis du phénomène. Il dure un peu plus longtemps quand l'animal est exposé à l'air froid. A mesure que la peau descend, on aperçoit sur la chrysalide de nouveaux poils.

La chrysalide est alors presque blanche ^ quelques parties seulement sont légèrement colorées en jaune rougeâtre ; mais die change promptement de^ couleur et devient d'un rouge brun. Si on la plonge toute fraîche dans l' esprit-dé-vin , les parties qui doivent servir à la formation des antennes etdes^ailes, et affectent déjà leurs formes, se détachent partiellement et flottent dans le liquide; ce qui prouve que plus tard elles se seraient soudées au corps de la chrysalide , sans doute à la faveur du liquide lubrifiant dont j'ai déjà parlé.

Eu effet, quand le papillon abandonne l'enveloppe de la chrysalide, cette çnveloppe se présente sous la forme d'une membrane brune , très-mince^ unique, dont toutes les parties sont réunies.

Bien que j'aie pris soin plusieurs fois de plonger des chrysalides dans l'alcool, lorsque le dépouillement était à peine commencé , il s'est le plus sou* vent achevé dans ce liquidjs. Cependant j'ai pu conserver des sujets saisis aux différentes périodes du ph^omène.

Il me reste à voir le papillon sortir de l'enveloppe de la chrysalide; ce sera pour la saison prochaine.

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