PAR MM. MILLET ET ROBINET, ET MADAME MILLET
Cest la cinquième fois que nous rendons compte des éducations de vers à soie que nous faisons, chaque année, dans le département de la Vienne. Il semble que ce sujet devrait s'épuiser et ne plus fournir que des redites ou des lieux communs ; mais plus nous étudions la belle industrie de la soie, plus nous nous attachons à scruter ses immenses détails, et plus aussi nous sen« tons Futilité, la nécessité même de nouvelles observations, de nouvelles recherches, et notre courage se retrempe dans l'intérêt, sans cesse renaissant, qu'elles nous offrent.
D'ailleurs, la position que nous avons prise a fait converger vers nous une multitude de renseignements et de questions^ a fait naître une correspondance éten-
due^ a établi, entre nous et presque tous les hommes éclairés qui étudient la même question ^ des rapports constanis qui multiplient, à Tinfini, les questions à résoudre, les recherches à faire, les expériences à tenter. Nous espérons pouvoir donner encore, pendant quelques années, un certain intérêt à nos travaux.
Résultat des éducations de i84i.
Nous avons fait, en i84i , à la Catodière, une éducation normale quia produit 197 kil. 5oo gr. de cocons de la plus belle qualité.
On a employé 20 kilog. de feuilles pour produire 1 kilog. de cocons. La dépense a été très-peu considérable.
La magnanerie modèle départementale de Poitiers a produit 166 kilog. de cocons, d'une part, et 23 kilog. 200 grammes de Tautre; total, 189 kilog. 200 gr. de cocons. On a employé, pour la première quantité , 21 kilog. de feuilles pour i de cocons.
Ces deux résultats, peu favorables quant à la consommation de la feuille, tiennent à des causes tout à fait dépendantes de notre volonté, et qui cesseront d'agir quand nous voudrons; mais tant que nous élèverons à Poiiiers, par exemple, vingt races de vers à soie 5 tant que nous ferons cueillir de la feuille, pour la Catodière, à cinq lieues de la magnanerie , il est évident que nous en ferons une grande consommation. Nous donnons ces chiffres parce que nous sommes dans Tusage de tout dire. Dans peu nous arriverons, comme tous les bons éducateurs, à une consommation moyenne de feuilles 5
- (3) nous disons moyenne, parce que certains chiffres séduisants n'ont été obtenus qu'à l'aide d'une cueillette qui a dû être extrêmement coûteuse, par les soins minutieux avec lesquels elle a été faite (i).
Quant aux dépenses de nos éducations, nous nous en sommes parfaitement rendu compte ^ mais leur publication n'aura d'intérêt qu'autant que nos magnaneries seront arrivées à un développement convenable. Ce développement est subordonné à celui des mûriers. Kous espérons- pouvoir élever, à Poitiers, en 1842, les vers de 200 à sSo grammes d'œufs. Nous publierons les résultats économiques de cette première éducation industrielle^ Du reste, ceux des éducations précédentes, pour n'être pas insérés dans les journaux , n'en sont pas moins à la disposition de tous ceux qui auraient intérêt à les connaître, puisqu'ils sont tout au long sur le registre officiel de la magnanerie départementale; chacun peut le consulter.
Indépendamment des deux éducations dont nous venons de parler, il en a été fait une troisième, commencée le i5 août et terminée le 22 septembre, et sept autres destinées à résoudre la question de savoir : quelle influence exerce sur les vers et les cocons la feuille de mûrier prise à différentes épçquesde son développement. Il a été rendu compte de ces huit éducations expérimentales dans lé deuxième mémoire de M. Ro-
(i) Dans l'éducation de M. Robert , habik éducateur des Basses- Alpes, &i kilog. de feuilles ont donné 1 kilog. de cocons. M. Robert ajoute : Ce chiffre^ (celui des cocons) est presque le triple de celui qui a été donné par les meilleures éducations du pays en i84i.
binel sur le mûrier; nous en diron» quelques mots plus
loin.
liaces de vers élevées e/i 1 84 c .
Nos éducations ont porté sur vingt races différentes de vers à soie. En i84o nous avions reçu trenle-quairc variétés d'œufs; nous en avions réservé dix-sept, qui nous ont paru mériter d'être étudiées, soit par leurs qualités, soii par leur origine et les espérances qu'elles donnent^ il nous en a été envoyé trois nouvelles. Voici quelles sont ces vingt races :
1*» Espagnole! d'Aubenas (Ardèche).
a* Race de Fossqmbrone (Éiats romains).
3° Race de Pesaro (M).
4'» Trevoltini.
5* Race de Syrie , blanche.
6* Bianchi , race blanche de Varèse (Lombardie), ^° Giali , race nankin {Id,).
8° Sina.
9° Race Dandolo (Monle-Brianca; Lombardie). ïo° Trois-mues nankins (M. Loiseleur-Deslongch.). 1 1° Trois mues blancs (7rf.)ia« Race tigrée (Chine).
1 3« Race jaune de soufre (M. Loiseleur-Deslongch .). 1 4° Race de Vigevano (Piémont).
i5° Race de Nice (/J.).
i6° Race croisée de M. Aubert (Neuilly).
170 Race de Turin, nankins.
18° Race de Loudun (Vienne).
190 RaceCora, i" croisement (/d.).
ao*» RaceCora, ^« croisement (W,).
En attendanl un travail étendu sur les races de vers à soie, pour lequel Tun de nous a réuni des matériaux considérables, nous croyons devoir donner immédialement quelques faits qui sont de nature à intéresser les praticiens.
Nous avons fait connaître , dans d'autres publications, les procédés jpar lesquels nous apprécions la valeur des cocons^ on voudra bien les consulter (i).
Espagnolet d^Aubeuas, nankio.
Cette race nous a paru excellente. Les cocons con« tiennent i4 pour loo de soie. i6 kiL q5o gr. de cocons pesés au moment du décoconage ont donné a k. 260 g. de soie ou i3,3 pour 100, ou i kil. pour 7,5. Ce produit est un des plus beaux qu'on ait jamais obtenus, et nous aurions pu craindre d'avoir commis quelque erreur si les résultats suivants ne nous avaient démontré que cette race n'était pas la seule qui piit les fournir.
II y a cinq cents de ces cocons au kilogramme.
Kace de Fossombrone.
Elle a beaucoup d'analogie avec celle de Pesaro^ et parait tenir le milieu entre les espagnolets et les milanais. Elle est moins riche en soie, 1^,5 pour loo; mais^ comme le fil est ramassé sous un très-petit volume, ou en a très-peu perdu à la filature ; les cocons étaient sati nés. 8 kil. 920 gr. ont donné 920 gr. de soie ou 11, 5 pour 100 , ou I kil. pour 8,6 de cocons.
(1) Mémoire sur ia filature, par M. Robinet. — Notices sur les éducations faites dans le département de la f^ienne, i83g-i84o.
(6) Il faut 5a5dece8 cocons pour i kilog.
Race de Pesaro.
Bien que les cocons de cette race aient été satinés deux années de suite, nous Tavons conservée en raison de sa richesse et de son beau produit. Les cocons contiennent i5 pour loo de soie. t22 kilog. de cocons ont donné i kil. 800 gr. de soie. Cest la^S pour 100 ou 1 kiL pour 7,8 de cocons.
Il faut 43o de ces cocons pour peser un kilog.
Trevoltini.
Nous n'avons pas été plus heureux en i84i ^ que dans les années précédentes, pour obtenir plusieurs cclosions des œufs de trevoltini. Ils ont résisté à toutes les épreuves. Madame la comtesse de Villeneuve, qui s'occupe, dans son curieux château de Chenonceau (Indre-et'Loîre), de l'industrie de la soie , avec un zèle q^u'on ne saurait trop louer, avait eu la bonté de nous envoyer des œufs de trevoltini de sa première éducation; il n'en a éclos qu'un très-petit nombre de vers, de telle sorte qu'il nous a été impossible de faire une seconde éducation avec cette race.
M. Duruflé, éducateur distingué de Menton (principauté de Monaco) , qui a réalisé chez lui les prairies de multicaule , nous avait adressé un petit lot de trevoltini dont il nous garantissait le succès. Ces œufs étant éclos trop tôt , nous n'avons pu suivre aous-mémes l'éducation des vers qu'ils ont donnés^ nous nous'Cn occuperons plus tard. Du reste, il parait résulter de tous les renseignements que nous avons pu recueillir, que les
(7) irevoliini nouvellement importes ne diffèrent pas de ceux dont Berihezen s'est servi, en 1790, pour faire ses éducations multiples à Paris.
Race de Loudun.
Nous n'avons pas été moins satisfaits en i84i , que dans les années précédentes, de la race que le hasard nous a fait découvrir dans la petite ville de Loudun. Lies cocons contiennent toujours 18 pour 100 de soie, ao kil. de cocons ont donné i kil. 970 gr. de soie ou 10 pour 100 (à quelques grammes près). C'est i kil. pour 10 de cocons. Ils en auraient donné bien davantage, s'ils araient pu être filés par nos meilleures ouvrières ', mais elles ne pouvaient pas (out faire. Il a fallu les confier à de jeunes fileuses qui n'ont pas encore toute Texpérience nécest«aire.
Il entre 480 de ces cocons dans i kilogramme.
Race Cora.
C'est le nom que nous avons donné à une race provenant d'un croisement dont madame Cora Millet a eu la première idée. Voyant la richesse extraordinaire des Loudun et contrariée de ne pas obtenir en soie tout le produit qu'ils semblaient annoncer, madame Millet a pensé qu'il serait peut-être avantageux de croiser celte race avec celle des Turin, qui possède toutes les qualités désirables^ quant à la forme des cocons , au volume et au tirage facile. En conséquence, elle a opéré un double croisement des mâles de Turin avec les femelles Loudun et des* mâles Loudun avec les femelles de Turin.
Il est résulté de ce mélange une race extrêmement remarquable et qui a fait Tadmiration de tous les connaisseurs. Les cocons ont une très-bonne forme, qui lient le milieu entre celles des Loudun et des Turin. Ils ne sont pas pointus. Ils contiennent, comme les Loudun, i9poui' loode soie.
Bien que confiés à nos fileuses les plus novices, ils ont donné i3 kil. 820 gr. de soie pour i3i kil. 5oo gr. de cocons pesés au moment du décoconage. Cest bien 10, 5 pour 100, ou i kil. pourp^S de cocons (i).
Pésirant nous assurer plus exactement du produit que pourrait donner celte espèce de cocons, dans des mains habiles, nous en avons fait filer i kil. par une de nos meilleures fileuses. Il a donné i3o grammes de soie ou i3 pour 100^ c'est i kil. pour 7,7 de cocons.
Ce résultat n*a rien qui doive nous étonner^ et nous pouvons même espérer de le dépasser encore lorsque madame Millet aura perfectionné sa race par le choix des cocons pour graine. D'ailleurs, Texpérience de filature que nous venons de citer a été faite le i5 octobre; les cocons étaient bien secs. Pour qu'il n'y eût auctine erreur, on les a comptés. Nous savions qu'au moment du déramage il fallait 475 de ces cocons pour i kil.
Nous pensons que ces faits sont de nature à fixer l'attention des praticiens. Cette manière d'envisager et d'étudier les races a peut-être quelque nouveauté^ ce qui n'en aura pas moins sera l'étude approfondie des
(1) Ayant eu à filer, cette année, les produits de la magnanerie royale de Neuilly et de seize autres éducateurs , nous ayons dû les faire tirer par nos plus -habiles ouvrières et donner nos propres récoltes à nos r'Ièves-fileuses.
(9) «oies qu'elles produisent. Ce travail esi irès-ayancë et paraîtra dans quelques mois.
OEufs.
Ponte des œufs sur papier.
Nous avons eu connaissance Tannée dernière, par un des rapports si remarquables que fait, chaque annéc^ •M. de Voisins-Lavernière , à la Société d'encouragé- .ment de Lavanr, des procédés imaginés par cet habile éducateur pour s'assurer du poids exact des œufs de vers à soie^ sans les détacher.
Ce procédé, très-simple , se réduit à faire pondre les . femelles sur des feuilles de papier ployées en double , de telle sorte qu'il n^y ait des œufs déposés que sur une moitié de la feuille.
Quand on veut connaître le poids des œufs, il suffit de séparer les deux parties semblables de la feuille de papier et de les placer dans les plateaux d'une balance. La feuille vide fait la tare de la feuille pleine, et les poids employés représentent exactement la quantité d'œufs déposés sur le papier.
On peut, à volonté, fractionner cette quantité, en coupant ensemble les deux moitiés de la feuille superposées. On a, à chaque division, la tare toute faite de la portion de feuille couverte d'œufs.
Nous ne saurions trop louer cet ingénieux procédé , qui permet de laisser les œufs sur les papiers et d'en déterminer cependant le poids avec toute Pexacti^ lude nécessaire pour la vente et même pour les essais; nous avons cru devoir le reproduire ici pour les per-
" . («o) sonnes qui n'ont pas eu connaissance du rapport de M. de Voisins-Lavernière.
Gonservatioxi des œufs.
Le problème de la conservation des œufs au delà de répoque à laquelle ils éclosent naturellement n'était pas entièrement résolu pour nous Tannée dernière. Nos expériences de i84i nous font espérer que nous avons atteint le but complètement. Cet objet offre assez d'intérêt pour que nous le traitions avec quelque détail.
Nous avions à déternainer i° le nombre de degrés de chaleur nécessaire pour produire Téclosion spontanée des œufs, c'est-à-dire des œuEs exposés à l'air libre et sans le secours d'un moyen artificiel quelconque^
2o La température à laquelle se maintient une cave un peu profonde, et les effets du séjour des œufs dans cette cave -,
3"* La température d'une glacière et les effets de la conservation des œufs dans cette condition ;
4" La température des puits et l'influence probable de cette température.
Nous nous sommes occupés de ces diverses questions.
Éclosiou spontanée des œufs.
Nos expériences àê l'année dernière prouvent que ce n^estqu'à partir du i5 février environ, que commence dans les çeufs le travail d'organisation dans le centre de la France. On peut également admettre que l'éclosion naturelle aurait lieu, année commune, le i«* juin. Ce sont donc les degrés de chaleur qui ont agi dans cet
Cl' )
espace de temps qu'il faut additionner, pour connaître la quantité de chaleur naturelle qui suffit aU développement du ver. Voici le tableau que nous avons dressé pour arriver à cette détermination ; il est extrait d'un tableau météorologique comprenant trois observations ihermométriques par joqr, faites à partir du 6 ipars i84i au 28 mars 1842 (thermomètre centigrade) (i).
Tableau de la température atmosphérique^ du i b février auZi triai.
DATES
NOMBRE
de
jours.
TEMPÉRATURE
moyeu ne.
NOMBRE
de degrés
de
cbaleur.
Du 16 au a 8 férrier.
Du i" au i5 mars..
Du 16 au 3i mars. .
Du i*"' au i5 ayril. .
Du 16 au 3i avril . .
Du 1" au 3i mai. ..
i4 jours.
5,59 deg.
8,46 — 5,ai îo,po -^ 12, 4a — i6,63 —
77 Jeg.
ia6 —
i5o — 6ia —
ig6 jours.
11 34 deg.
Il faut donc 1 134 degrés répartis entre cent six journées, pour amener Téclosion des vers à l'air libre et sans le secours d'aucun moyen artificiel.
(i; Quel que soit le procédé que l'on emploie pour évaluer les quantités relatives de chaleur qui ont existé dans l'atmosphère, dans un temps donné, ces quantités sont toujours proportionnelles aux degrés
CoDservatioii des œufs dans une cave.
La cave qui a servi à ces expériences est creusée dans le rocher sur lequel la ville de Poitiers est assise^ elle est à 6 mètres au-dessous du sol. Il sera généralement facile de trouver une cave de cette profondeur dans son voisinage lorsqu'on n'en aura pas une chez soi. Voici la température centigrade observée dans cette cave à différentes époques de Tannée. Nous avons aussi mis en regard la température ambiante.
tbermométriques. En conséquence , on peut procéder tout simple ment ainsi qu*il suit : on détermine la température moyenne d'uo certain nombre de jonrs , et on multiplie cette température par le nombre de jours. Dans le tableau , la température moyenne des quatorze derniers joura de février ayant été 5,5o degrés , on a muUiplié 5,5o par i4 et Ton a obtenu 77, qui représente la chaleur émise pendant ces quatorze jours. On pourrait aussi additionner les températures moyennes de chaque jour, ou, enfin , additionner les trois observations thermométriques de chaque jour.
Température de la cave.
BXTBaiBUB.
SBSSSSS
OBssaa
EXTBBIBCB.U
DATES