EXTRAIT
du rapport du jury central de l'exposition des produits de r industrie française en l839.
MM. MILLET et ROBINET, à Poitiers (Vienne); Madame MILLET, à la Cataudière, près Châtellerault (Vienne).
De simples échanlillons, représenlant une produelion de ai Icîl. de soie, ont été envoyés par ces exposants; leur mérîle est incontestable : l'éclat du blanc le dispute aux soies des bergeries d'Annonay, et la filature nous ^ paru très- soignée-, cet essai est digne d'encouragenâLent.
MM. Millet et Robinet ont enlrepris de porter l'industrie séricicole dans le département de la Vienne; ils y ont établi une magnanerie modèle j ils ont cherché à répandre la connaissance des nouveaux procédés par des écrits pleins de faits et d'observations.
M. Robinet a, de plus, exposé un sérimètre ou instrument destiné à faire connaître la ténacité et Télasti-
cité de la soie.
Cesl une heureuse idée, mais son application ne pa-
( 3o) rait pa« remplir parfaitemenl le but que s'est proposé M. Robinet, s'il veut apprécier la duciilité de la ôoie en opérant sur un fil simple. La formation de la soie ne s'opère pas avec une régularité toujours constante 5 le brin diminue d^ force à mesure que le cocoa se dépouille, et, si le sérifliètre agit sur une loo'gueur de^fil où le jet d'un cocon ajouté se sera opéré , le fil cassera inévitablement^ et cependant il pourra se faire que la soie ne manque ni de nerf, ni d'élasticité.
Pour çykvier à cel inconvénient^ il conviendrait de donner plus de force au mécanisme du sérimètre^ et d'opérer sur une capiure de trame, d'organsin ou de grége , d'un nombre de tours convenu -, l'action Serait moins grande, sans doute,, mais l'appréciation serait beaucoup plus exacte.
Le jiUpy décerne la médaille de bron^ à MM. Robinet et Millet.
Nota. On a omis, dans l'eitrait des dëcisîotts du jiiry, inséré danâ les Atinates dèf la Société séricicùley les mentions honorables accordées pour les mathines ayant rappért à la fabrication bu à là prbdttction de la soie. Ci^pêndânl |f)lu8ielii^s ài'èmtreîs de la Sôciéré ont reçu des nàéntîoiis hoilot'àblëè jJoar celleé ^u'ilfc avaient cîxposéés^ M. Kôbitiét, pat exemple : et, toàlgt^éle peu d'importance relative de cette dîstînclibh , il a été très* flàtlé de là k*ecévôir, parce qu'il s'est trouvé là eh concûri'ence avec les homiûeé les plus distiilguës dahs l'industrie des soies.
A monsieur 1$ rapfkorvmr du jury têntral de fespoêidûn,
Monisienr,
Je viens de lire , dans le rapport du jury central de Texposilion des produits de Tinduslrie française en iSig^ l'article relatif aux objets que Mi Millet et moi avions soumis à son appréciation, La bienveillante impariialita avec laquelle v«us aver. jjugé les modestes essais de filature des éducateurs du Ceuire fait le plus grand honneur, monsieur, à votre caractère, et Je vous prie de recevoir mes bien vifs remevciments.
La note relative au sérimètre que j'avais exposé pour mon propre compte est accompagnée d'une observation à laquelle je vous demande la permission de répondre brièvement^ dans,rintérét de cet instrument^ qui me parait ausceptible de rendre quelques services.
Vous pensez que l'instrument eut été plus utilement appliqué à Tessai des trames ou organsins. Il me semble que c'est précisément dans les opérations qui ont pour but de convertir les grèges en trames ou organsins, que se font les déchets si préjudiciables aux fabricants. C'est au dévidage, au moulinage, a l'ouvraison en un mot, qu'on aperçoit les défauts d'une grége, et qu'on regrette ou qu'on se félicite de l'avoir acquise, Cest donc avant Vachat et à ïétat de grége que le fabricant doit essayer la soie. Voilà pour le moulinier et pour le fabricant qui achète en grége , et fait ouvrer à façon , à ses risques et périls.
Quant à celui qui cherche à se soustraire aux chances de rôùvràîsôn, èi qui se pfôcûrè dès irâmès êl dêé Of-
gansins toat prêts, rien n'empêche qu'il les soumette à l'épreuve du sérîmètre tel qu'il est. J'ai rapporté , dans mon mémoire, page too^ des essais pratiqués avec des fils de fer et*de laiton ; si l'instrument a suffi pour apprécier leur élasticité, à plus forte raisoù pourra-t-il être appliqué à l'essai des trames et organsins.
Quant à l'observation que la grége pourrait casser dans les parties où le brin d'un cocon nouveau aurait été ajouté au bout, je répoudrai par les réflexions qui suivent (page 75 de mon mémoire) la description du sérimètre. Il en résulte qu'on devra toujours faire plusieurs essais sur diverses parties du même fil ; que la comparaison de ces essais permettra d'apprécier l'égalité ou l'inégalité d'une soie, et j'en donne Un exemple frappant 9 enfin , que le chiffre moyen des essais donnera le degré réel d'élasticité et de force de la grége éprouvée. Qu'il me soit permis d'ajouter que je suis entièrement étranger à la fabrication et à la vente du sérimètre; je 'n'ai là qu'un intérêt d'auteur.
Monsieur, votre dévouement bien connu aux intérêts de la belle industrie des soies m'est un sûr garant que vous recevrez avec indulgence les observations qui précèdent, et que vous n'y verrez qu'une nouvelle preuve du désir que j'ai de lui rendre quelques services.
Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de ma haute considération et de mon respect.