‹ Mémoires sur l'industrie de la soie: muriersChapitre 13 sur 14 · Sauvageon · texte numérisé non relu

Sauvageon

kii.

kU.

kU.

Il résulte de ce tableau que les feuilles expérimentées n'ont pas été consommées par les vers dan^ une proportion égale. Voici l'ordre dans lequel les numéros se trouvent placés pour i kil. de cocons.

Feuille variée.

Hybride. . . .

Moretti. . . .

Multicaule. . .

Rose

Sauvageon. . .

Il me serait facile de prouver que ces résultats s'accordent très-bien avec ceux de mes deux premiers mémoires et que la consommation de la feuille a été en raison inverse de l'âge des arbres ; par conséquent , en raison directe de la dureté de la feuille. En d'autres termes , la feuille que les vers ont pu consommer en entier a fait moins de litière et a été employée en moindre quantité que la feuille dure dont ils ont dédaigné une bonne partie.

Mais cette expérience a besoin d'être répétée , par la raison que les feuilles ont été mouillées avant d^être pesées , et qu'on n'a pu apprécier exactement la proportion d'eau qu'on a ajoutée à chacune d'elles. Ma sœur a été entraînée à agir ainsi , par l'excessive chaleur et la sécheresse extraordinaire qui ont régné pendant toute l'éducation de 184a. Comme l'emploi de la feuille mouillée lui avait réussi précédemment au delà de toute espérance, elle a dû avoir recours à ce procédé. En effet , les races de vers élevées jusqu'à cette époque à la magnanerie de Poitiers, avec la feuille sèche 9 ont pris en i%f\ii un développement très-remarquable. Il sera rendu compte ailleurs de ces résultats.

Influence des variétés de mûrier sur le développement des vers.

Pour nqus assurer de l'influence que pourraient exercer sur le développement des vers les variétés de mûriers mises en expérience , on a eu soin de prendre le poids moyen des vers au moment de la montée. Cette appréciation a eu lieu en pesant exactement 5o vers pris au hasard sur la table au moment même de la montée. Voici les poids trouvés :

Fers nourris avec le multicaule.

Pesaro ; 170 grammes.

Dandolo 170

Aubenas. i5o

Giali i58

Poids moyen d'un ver. . . • 5,^5 gram.

F'ers nourris avec le moretti.

Pesaro 177 grammes.

Dandolo 174

Âubenas i5i

Giali i56

Poids moyen d'un ver. . . 5,5 1 gram.

Vers nourris avec Fhjrbride.

Dandolo 177 grammes.

Aubenas i5i

Poids moyen d'un ver. . . 5,45 gram.

Vers nourris ai^ec le rose.

Pesaro 181 grammes.

Dandolo 177

Âubenas i56

Giali. 1^2

Poids moyen d'un ver. . . 5,46 gram.

Vers nourris avec le sauvageon.

Pesaro 184 grammes.

Dandolo 177

Aubenas 161

Giali. i5o

Poids moyen d'un ver. . . 5, 60 gram.

Il résulte de ces tableaux que c'est le multicaule qui a formé les vers leis moins volurïnneux et le sauvageon les vers les plus gros. Les mûriers se trouveraient placés dans Tordre suivant , en mettiant en première ligne celui qui a produit le plus grimd développement des vers.

Poids des vers.

Sauvageon 5,6o

Rose. 5,46

Hybride 5,45

Moretti % . . . 5,3i

M ulticaule. •••••• 5^23

Ce résultat s'accorde , autant qu'on peut le désirer dans des expériences de ce genre , avec ceux de i84i- £n effet, voici les poids moyens des vers observés à cette époque :

Trois mues.

Bose 3,oo grammes*

Moretti 5,oo

Sauvageon 3,oo

Multicaule. .... a,5o

Sina.

Rose 4^46

Moretti 5,86

Sauvageon 5,56

Multicaule 3, 20

On voit que le sauvageon a seul changé de place; mais il serait peut-être facile de se rendre compte de cette prétendue anomalie. En .1841 la feuille de sauvageon a été donnée sèche aux vers à soie, et nous avons remarqué qu'elle acquérait prompte*-

ment de la dureté en perdant une forte proportion de son eau de végétation.

£n 184^ la feuille de sauvageon a été mouillée constamment, ce qui a dû rétablir en partie l'équilibre , quant au poids acquis par les vers ; mais les résultats que je vais développer plus loin prouveront que ce poids factice n'était pas de bon aloi; les vers nourris au sauvageon se sont montrés constamment moins vifs que les autres ; ils présentaient souvent du retard et leur montée a été moins bonne. Ils ont vécu davantage. (Voir le tableau ^ page 6.)

Influence des variétés de mûriers sur le poids des cocons.

Pour employer la méthode ordinaire , je vais donner le nombre moyen des cocons par5oo grammes ; ces nombres, comparés entre eux , nous permettront de juger quelle est la variété de mûriers qui a produit les cocons les plus lourds.

Multicaule.

Giali. . . .

a56 cocons.

Aubenas. .

Dandolo. .

Pesaro. . .

l^ombre moyen

aaydansSoo

grammes

MoretH.

Giali. • . •

AubenaA.. .

Dandolo.. •

Pesaro.. • •

Nombre moyen.

226,5 dans 5oo grammes.

Hybride.

Aubenas.. «

Dandolo.. .

Nombre moyen.

223,5 dans 5oo grammes.

Sauvcigeon.

Giali. . . .

Aabenas. .

Dandolo.. .

Pesaro. . .

Nombre moyen.

2 16,7 dans 5oo grammes.

Rose.

Giali. . . •

Aubenas. .

Dandolo. .

Pesaro.. . .

Nombre moyen,

2 1 5,2 dans 5oogramiifes.

Il résulte de ces tableaux que le poids moyen des cocons produits par chaque variété de mûriers a été ce qui suit :

Poids moyen des coœns.

*Rose«. . .

Sauvageon Hybride. .

Moretti. .

Multicaule.

2,52 grammes.

2,ao ^i^o

Dans les expériences de i84i j le poids des cocons avait été trouvé de :

Trou mues.

Rose

Moretti. . .

Sauvageon*.

Multicaule..

1,^5 grammes.

Rose.. . .

Moretti. .

Sauvageon.

Multicaule.

Sina.

1,98 grammes.

Il est évident que ces divers résultats concordent entre eux et prouvent que le mûrier rose est celui

dont la feuille donne les meilleurs cocons , tandis que le niulticaule donne les plus légers (i).

Il est, du reste , extrêmement probable que les différences eussent été aussi tranchées en 1843 qu'en 1841 , si la mouillure de la feuille n'avait pas rétabli entre les diverses espèces de feuilles une espèce d'équilibre.

Les feuilles de l'hybride ont montré encore ici une certaine supériorité ; mais je pense qu'il faut l'attribuer plutôt à la jeunesse des plants qu'à la nature même de la feuille : les hybrides sur lesquels on les a récoltées étaient plantés depuis deux ans seulement, et les expériences de 1841 ont prouvé l'influence considérable qu'exerce une feuille jeune et succulente*

Influence des variétés de mûriers sur la proportion de la soie.

Il ne suffisait pas d'avoir déterminé quelle était la variété de mûrier qui donnait les plus gros cocons; il fallait s'assurer de celle qui paraîtrait la plus favorable à la production de la soie. En conséquence, on a pris 100 grammes de chaque espèce

(1) On remarquera que Texpérience de 1841 n'avait pas porté sur les mêmes races que celle de 1842. C'est ce qui explique la différence dans les poids absolus des cocons ; mais le résultat n'en est que plus concluant , puisqu'il est le même sur des espèces différentes de vers.

de cocons récoltés ; on a séparé les chrysalides et pesé la coque soyeuse. Voici le résultat de ces essais :

Hybride.

Aubenas. • • « i4iOo pour loo de soie.

Dandolo. . . . i495ô

Moyenne. . tl^^tiB Multicaule.

Giali 149OO

Aubenas. • . . i5,5o

Dandolo i5,oo

Pesaro. ... I ^^f^o

Moyenne. • i^So Sauvageon*

Giali i4f5o

Aubenas. . . . 149O0

Dandolo. • • • i5,oo

Pesaro. .... i4,5o

Moyenne. • 149S0

Moretti.

Giali. . .

Aubenas.

Dandolo.

Pesaro. .

Moyenne

i5,oo

Rose.

Giali. . .

Aubenas.

Dandolo.

Pesaro. .

Moyenne

14)00 i5,oo 15,70 i5,6o

J'avoue que je ne comprends pas bien comment une variété de mûrier pourrait déterminer la formation d'une quantité de soie plus ou moins considérable. Je me suis expliqué à ce sujet dans mon deuxième mémoire; mais, enfin, voulant rester fidèle à notre système de tout dire , jai cru devoir rapporte!* les résultats ci-dessus détaillés. On pourrait en conclure, à la rigueur , que le mûrier hybride et le multicaule ont réduit , par l'u* sage exclusif de leurs feuilles , la proportion de soie élaborée par les vers , tandis que le moretti et surtout le rose auraient augmenté la sécrétion de cette matière.

^Sk

Mais il me paraît plus probable que les mûriers ont une tout autre action ^ qui consiste à aug* menter dans une certaine proportion le corps gras et les liquides des vers à soie, ce qui réduit ou augmente en apparence la proportion de la matière soyeuse relativement au poids de la chrysalide. Il est évident aussi que, dans certains cas, les vers peu vigoureux perdent beaucoup de soie avant de commencer leur cocon. C'est une nouvelle cause de réduction, mais on ne pourrait pas en conclure que la variété de mûrier a été peu favorable à la production de la matière soyeuse ; c'est évident, puisque la soie a été réellement produite; seulement elle ne se retrouve pas dans le cocon; elle a été répandue en pure perte.

Influence des variétés de mûriers sur les résultats de la filature.

Il est extrêmement difficile de s'assurer, par des essais de filature, des qdalités ou des défauts qui distinguent entre eux des cocons de la même race obtenus par des procédés différents. Quelques coups de balai de plus ou une purge im peu trop forte réduisent la proportion de soie; un peu plus de chaleur rend la filature plus facile ou occasionne des pertes; de Teau moins chaude qu'il ne convient fait casser le bout et oblige à rebattre une seconde fois \ un peu de retard apporté dans l'opération par une cause quelconque laisse aux

cocons le temps de débouillir ; puis il faut peser les cocons et les soies au même degré de dessic-^ cation 9 etc^, etc. Aussi je n'ai guère de confiance dans les résultats de cette espèce qui ont été publiés à diverses époques : k plus forte raison, ne peut-on aI)SQlument rien conclure d'épreuves faites y dans des lieux di£férents , par des fileuses ayant des habitudes tout opposées et se servant d'eau et d'appareils qui diffèrent essentiellement.

Nous avons eu tout récemment une preuve de cette vérité. Des çocpns qui avaient donné, dans notre filature et dans une autre , i3 p. o/o de soie n'en ont donné que 8,5 p. o/o dans un établisse-^ ment renommé ! Les mêmes cocons! Que l'on juge par là des perfectionnements dont quelques filatures sont encore susceptibles.

Quoi qu'il en soit, pous avons voulu soumettre à ce genre d'expérimentation les divers lots de cocons produits par les six éducations et les quatre races de vers. En conséquence, un kilog. de chaque espèce de cocons a été filé avec un soin, extrême dans la même eau , par la même per-* sonne et en prenant toutes les précautions ppssi-r blés. Voici les résultats obtenus :

lA.

Cocons obtenus avec le mûrier rose.

Giali. . . ,

i46 grammes de sole.

Âubenas.

Dandolo. .

ii8

Pesaro.. .

Soie. .

Multicaule.

Giali. . .

Aubenas. .

Dandolo. .

Pesaro. . ,

Soie. .

Moretti.

Giali. . .

Aubenas.

ii5

Dandolo. <

Pesaro. .

Soie.

Giali. . . Aubenas* Dandolo.

jPesaro. .

Soie. .

Sauvageon.

lOI

434 grammes.

Les mûriers se trouvent rangés dans les tableaux précédents^ en raison du produit en soie qu'ils ont donné (i). On voit que le mûrier rose occupe constamment la première place; c'est une chose vraiment remarquable.

Le multicaule occupe la seconde , tandis qu'il avait été relégué jusqu'à présent à la quatrième. Cet avantage s'il se maintenait, tiendrait probablement à la contexture du cocon , puisque le multicaule a donné des cocons moins riches en soie que ses trois rivaux.

Le moretti se tient encore ici dans un rang intermédiaire.

Quant au sauvageon, il a montré une infériorité marquée et à laquelle on devait s'attendre en recueillant les observations de la fileuse, pendant le tirage des cocons qu'il a produits. Ces cocons se sont montrés très-rebelles à la filature; ils quittaient sans cesse, exigeaient des battues répétées et ne se dépouillaient pas bien, c'est-à-dire laissaient les chrysalides couvertes encore d'une épaisse couche de soie.

Ces résullaîs se sont montrés constamment dans

(i) L'hybride n'ayant été essayé que sur deux races, je ne fais pas figurer ses produits dans cette comparaison. Il a donné avec le dandolo 147 grammes et avec Taubenas 1 19. La moyenne du dandolo est 1 15 ; l'hybride aurait dont l'avantage sur les autres mûriers avec cette race. La moyenne de l'aubenas est 119 grammes ; il y a égalité pour celle-ci.

les quatre races élevées au sauvageon, et la fileuse, qui ne connaissait pas l'origine des cocons qu elle avait reçus, les distinguait des autres aussitôt qu'elle avait commencé leur filature.

D'où peut provenir une différence aussi tranchée? Cela n'est pas facile k expliquer. Je m'occu* perai de cette question dans le travail que je prépare sur la soie en général; mais, pour le moment, le résultat pratique et industriel est évident et d'une grande importance : le mûrier sauvageon employé excluswement à la nourriture des vers à soie donné des cocons qui font un déchet considérable à la filature.

Pour rendre plus évidents les résultats de cette épreu vede filature J'ai rangé dans une autre série de tableaux les produits par races ^ au lieu de les présenter par variété de mûrier. En rffet, il était possible qu'un mûrier eût favorisé outre mesure certaines races de vers et que cette influence eût rendu inexactes les comparaisons basées sur les moyennes, calculées de cette façon.

Voici ces nouveaux tableaux ; on remarquera que les produits en soie y sont portés par ordre d'importance.

Racedandolo.

Au moretti. • . 1 34 grammes de soie.

Au rose 1 18

Au multicaule. . 112

Au sajavageon. . g6.^

— 2A — Race giali.

Au rose

Au moretti. . .

Au multicaule..

Au sauvageon..

Race de Pesaro.

Au rose

Au multicaule..

Au sauvageon..

IJO

Au moretti. • .

Race d'Aubenas.

Au multicaule..

Au rose

Au moretti. . .

ii5

Au sauvageon..

lOI

Voici maintenant ce qui résulte de l'examen de ce tableau.

Le mûrier rose a été, dans les quatre races, deux fois le premier et deux fois le deuxième, etc. Présentons cette manière d'envisager la question dans un nouveau tableau.

Le mûrier rose a été

Le mûrier multicaule a été. .

Le mûrier moretti a été.. . .

Le mûrier sauvageon a été. . 4 4^4

— 25 •- En additionnant œs chiffres par chaque variété de mûrier, nous trouverons que la place occupée >ar chacun d'eux est représentée par les chiffres suivants :

Mûrier rose 6

Mûrier mtiticaule. . 9

Mûrier mcretti. ... 10

Mûrier saivageon.. . i5 '

On peut en coiclure que le mûrier rose est évilemment celui qii a exercé l'influence la plus favorable sur leprduit en soie, et que le sauvageon, au contraire, a présenté sous ce rapport une infériorité marquée.

€)oitelutiioitti. '

Si l'on veut Ken prendre la peine maintenant de comparer ente eux les résultats des trois mémoires, ou des tois années d'épreuves sur les mûriers, on verra qie ces résultats s'accordent entre eux d'une manière urprenante et à laquelle on ne devait guère s'atmdre dan? des essais de cette nature :, aussi, nus croyons pouvoir considérer ces résultats comre très-réels, et comme devant exercer une haute nfluence sur le choix à faire dans les plantationsde mûriers.

Ces résultat, réduits à leur plus simple expression, sont lesuivants :

!• Les mûers rose et ovaUfolia doivent être

considérés comme ayant une supériorité très-marquée sur les autres variétés expérimentées quant à l'influence exercée sur les éducations des vers à soie.

En effet , le mûrier rose occuf^e le premier rang dans toutes les épreuves.

2*» Le mûrier moretti et le Hùrier sauvageon occupent, en général, les places Intermédiaires.

3** Néanmoins le sauvageon , présentant une grande infériorité quand on en yent à la filature des cocons, doit être relégué au dernier rang.

4^ Le mûrier multicaule s'et généralement montré inférieur aux trois autre; néanmoins il conserve une certaine supériorité dans quelques épreuves et notamment dans celUde filature. En conséquence, en tenant compte des propriétés économiques de cet arbre, dont ^ reproduction est si facile et la végétation si vipureuse, il me paraît convenable de le faire entre^ dans une certaine proportion, dans les plantations des localités où sa culture est possible. \

5** Les diverses variétés d'hybriies de multicaule ont donné de très-bons résultas et qui doivent encourager à les comprendre ussi dans les plantations ; mais il reste à savoir i ces variétés donneront, à sinHTace égale de terrain, |niéme quantité de feuille que les variétés greffée|roie et ot'alifolia. \

Nous poursuivrons encore ces reclf'ches, parce qu'elles nous paraissent offrir un g|nd intérêt.

D'ailleurs nos arbres croissent; nous acquérons, chaque année, de nouvelles variérés; nous aurons, par conséquent, des questions nouvelles à traiter ; celle-ci par exemple : Quelle est la variété qui donne le plus de feuille à surface égale de terrain?

Et cette autre : Quel est le prix de revient d'un quintal de feuille de chaque variété?

La solution de ces questions importe beaucoup à l'industrie de la soie dont les progrès ne sauraient être suspendus un seul instant , sous peine de nous voir succomber devant la concurrence étrangère* Nous ne manquerons pas à la tâche que nous nous sommes imposée.

Extrait des Mémoires de la Société royale et centrale d'agriculture. — Année 1843,

Imprimerie de M* y Bouchard-Huurd , rue de rÉperon, n* T.

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