XXVIII NOTICE
Ce scandale fut la cause ou le prétexte d'un des événemens les plus importons de sa vie. Les succès du jeune avocat enflaient sa vanité; ses traits moqueurs ou dédaigneux avaient à la fois "blessé le parquet et le barreau (5). Tous deux se liguèrent contre lui; Ton demanda sa radiation du tableau. Linguet pouvait conjurer l'orage. La modération eût ramené des esprits prévenus , adouci des amours-propres irrités; mais la violence de ses mémoires , mais l'éclat de ses emportemens , ne laissèrent plus d'accès à la conciliation. M. l'avocat-général Séguier, qui d'abord l'avait protégé, l'abandonna; M. de Barentin , qui remplissait alors les mêmes fonctions, parla contre lui : sa radiation fut prononcée par l'Ordre et confirmée par un arrêt du parlement.
Les privilèges de l'Ordre étaient utiles sans doute s'ils maintenaient sa discipline ; ils sont regrettables s'ils assuraient son indépendance (6) : malheureusement les avocats, en s'établissant les juges de leur confrère, semblèrent se déclarer ses ennemis; on eut lieu de penser qu'ils vengeaient moins leurs statuts que leur amourpropre; leur délibération, justifiée même par les derniers excès de Linguet , appuyée de l'autorité des magistrats , parut encore inspirée par la jalousie, et dictée par le ressentiment^).
Quant à Linguet, son audace s'accrut alors avec les persécutions qu'il éprouvait. Il fit un journal littéraire ; l'Académie française, blessée du ton railleur de ses critiques, en demanda la suppression. Bientôt, des frontières de laSuisse.il lança, contre les ministres en faveur, un pamphlet satirique, où les vouant au mépris, les immolant à sa haine, il traça leurs portraits avec une licence de pinceau qui fit dire à Voltaire lui-même,