SUR LÀ VIE DE LINGUET. «IX
que Linguet surpassait VArélin (*). De la Suisse, il vint en Angleterre , où parurent pour la première fois ses Annales ; le succès en fut prodigieux. Littérature , beaux-arts , politique , administration , tout fut de sou ressort : sa censure libre et vindicative n'épargna, comme on peut croire , ni les gens de robe , ni les gens de lettres, ni les gens puissans.
Nul ne se tint plus offensé de ses observations critiques, que M. le duc de Duras, académicien, premier gentilhomme de la chambre , et maréchal de France. Dans une cause où. l'honneur était intéressé, il avait gagné un procès au parlement de Rennes : Linguet casse l'arrêt dans ses Annales (8). Le maréchal se plaint ; Linguet aggrave l'offense dans une lettre , restée secrète , il est vrai, mais dont le seul début annonce, il faut en convenir, plus d'arrogance que de véritable fierté. La cause du maréchal outragé devint celle de tous les grands seigneurs. Linguet arrive à Paris , au milieu de l'exaspération des esprits. L'Académie lui avait ravi son journal , et le parlement son état : la cour lui ravit sa liberté. Au sommet de cette progression de rigueurs toujours croissantes, il est triste de rencontrer le gouvernement et la Bastille.
Entré dans cette prison royale, le 27 septembre 1780 , Linguet n'en sortit que vingt mois après. Quand on songe à ces vengeances du pouvoir, à cette captivité sans formes légales , à ces peines sans condamnation ,
(*) Les ministres les plus vivement attaque's dans cet écrit étaient M. de Vergenoes et M. de Maurepas. Linguet a grand soin d'expliquer, dans les Mémoires qu'on va lire, pages 10 et 29, quels motifs il avait, en revenant en France, de se conûer à leur générosité.