‹ Memoires sur la Bastille (volume 2)Chapitre 19 sur 69 · SUR ÏA VIE DE LINGUET. XXXI · texte numérisé non relu

SUR ÏA VIE DE LINGUET. XXXI

est fondée la justice , des droits que réclame en tous temps l'humanité.

D'un sujet qui touche d'aussi près à la liberté politique et civile , Linguet passa presque aussitôt à l'examen d'une des plus intéressantes questions du droit des gens. Entre la Hollande et la Belgique, s'élevaient des débats férieux au sujet de la navigation d'un fleuve qui baigne l'une et l'autre contrée. Les Hollandais s'attribuaient un droit exclusif sur les eaux de son cours : Linguet les accusa , ce sont ses expressions , de vouloir mettre V Escaut à la Bastille. Joseph II , qui comptait alors les Pays- Bas au nombre de ses provinces , l'appela dans sa cour, et le combla de ses bienfaits. Pourquoi Linguet se montrat-il si peu reconnaissant ? C'est ici le trait le plus marquant et le moins honorable de l'inconstance de ses principes et de la mobilité de son caractère. Après avoir été tour à tour l'ami et le détracteur des philosophes ; après avoir écrit pour les jésuites et contre les moines (*), parlé de religion , et composé des écrits licencieux (**), insulté ou flatté les grands, il porta le délire de ses opinions démocratiques plus loin que n'était allée son admiration servile pour la tyrannie. Les troubles du Brabant manifestèrent ce nouveau changement survenu dans ses sentimens et ses opinions; il défendit les Brabançons contre Joseph II, avec plus de vivacité qu'il n'avait pris le parti de Joseph contre la Hollande (9). La révolution qui bientôt éclata parmi nous , ne le trouva pas

(*) Essai sur U monachisme.

(**) La Cacomonade, poème dédié au docteur Pangloss. Pour qui se rappellera la phis triste mésaventure du decteur, la d« dicace du poème en fera deviner le sujet.

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