‹ Memoires sur la Bastille (volume 2)Chapitre 4 sur 69 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

mille instrumens de torture arrachaient des aveux, où le silence et les ténèbres cachaient des exécutions sanguinaires. Rien n'était moins vraisemblable , rien ne se trouva moins exact que ces calomnieuses assertions ; l'événement le prouva (i) : et cependant on y ajouta foi long-temps; déplorable sort, inévitable punition du pouvoir absolu, qui ne peut commettre un seul acte arbitraire sans qu'on l'accuse d'en exercer mille, et dont on a le droit de tout craindre puisqu'il peut tout oser !

Linguet osa tout dire, et ses Mémoires sur la Bastille n'ont pas peu contribué à la destruction de cette forteresse. Il les écrivait en 1782, sept ans seulement avant les premiers jours de la révo-

(1) L'un des registre» d'entrées trouvés à la Bastille , prouve que dans un espace de quarante-six ans on y reçut deux mille prisonniers ; ce serait moins de quarante-quatre par an. Sous Louis XV, à l'époque où le général Dumouriez y passa plusieurs mois , elle ne renferma pendant quelques jours que sept prisonniers , et n eu contint jamais plus de dix-neuf. Le jour même du i4 juillet, an moment où les portes des tours et des cachots furent enfoncées, le peuple , en n'y trouvant que sept détenus , resta frappé de surprise. On wvait répandu le bruit qu'une des salles du chAteau servait à donner la question : on verra, dans les notes de la page 399, ce qu'il fout en penser. Quant aux squelettes qui servirent, dans le temps, de sujet aux plus violentes déclamations , les uns , enlevés le jour même du combat, appartenaient au cabinet du chirurgien de la Bastille (voyez ci-après la note de la page 348); et les autres , découverts plus tard dans les fondations , usés par le temps , tombant de vétusté, y devaient être ensevelis depuis plusieurs siècles, ainsi que le constate un procès-verbal inséré dans le Moniteur du 3 mai 1 790, et signé par MM. Sabathier, Vicq-d'Azir et Fourcroy.

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