LOEUVRE
gardes dont il n'avait plus besoin; et les représentai de la nation, mêlés aux électeurs, le proclament tout d'une voix monarque légitime , regénérateur de la nation française.
11 se livrait à nous, s'abandonnait à tout le monde. On lui baisait les mains , on baisait jusqua la trace de ses pas : de temps en temps se redoublaient les transports d'amour et de reconnaissance. Le peuple, en dehors, répondait à nos acclamations: il voulut voir le roi , et le roi se montra.
« Je requiers , dit M. de Corny , que ce jour mémorable soit consacré par le vœu d'une slatue érigée à Louis XVI, régénérateur de la liberté nationale, restaurateur de la prospérité publique et père du peuple français.
L'érection de la statue du roi, sur l'emplacement de la Bastille, fut votée tout d'une voix.
Sa Majesté demanda que les détails de cette séance auguste , et bien différente de toutes ces
SÉANCES ROYALES , de tOUS Ces LITS DE JUSTICE , dont
on avait si long-temps abusé , fussent incessamment livrés à l'impression.
Le Samedi 18.
11 est remarquable que , parmi les partisans même de la révolution, on n'ait pas plus insisté sur ce qui paraît en avoir confirmé le succès. Quand les circonstances où nos deux premiers chefs ac-
DES SKPT JOURS. 3^3
tuets furent désignés et continués seront mieux éciaircies, on jugera peut-être que la prudence et la sagesse concoururent également à ce double choix ; car ce n'est point par hasard qu'ils ont été nommés : le public les connaissait, lesdésirait. Certes nous avions besoin, dans dç pareilles conjonctures, de ces deux hommes purs et expérimentés , aussi imposans par les mœurs que par les ressources de leur esprit et la dignité de leur caractère.
MM. Bailly et La Fayette , désignés trois jours auparavant aux redoutables fonctions qu'ils ont exercées avec tant de courage, d'intelligence et de succès , furent agréés par le roi ; l'un en qualité de maire , l'autre de commandant général. Mais ils nous témoignèrent qu'ils désiraient d'être légalement élus par les districts. Ces égards et ce respect pour les nouvelles lois, obtinrent les applaudisse-*mens qu'ils méritaient ; et ils furent bientôt nommés à l'unanimité.
Quant aux électeurs, qui avaient été enchaînés jour et nuit à des fonctions périlleuses, qui avaient été volontairement esclaves de leurs devoirs pour que les autres devinssent libres ; satisfaits d'avoir provoqué dans Paris la révolution, d'en avoir couru les risques, soutenu le fardeau; d'avoir, de leur propre mouvement et au milieu de la dissolution de tous les pouvoirs , empêché les grands excès de Tanarchie, et retenu l'État au bord du précipice ; satisfaits d'avoir, dans ces temps orageux, établ des formes provisoires dont l'heureuse influence se
3^4 l'oeuvre des sept jours.
fait sentir encore , et suffisamment récompensés de leur patriotisme par le témoignage de leur conscience , les électeurs déclarèrent que leurs fonctions précaires n'ayant été prolongées que pour le salut de la patrie , il était temps de leur donner des successeurs plus authentiques.
La patrie en gémit ; mais elle les regarda et les regarde encore comme ses sauveurs et ses libérateurs.
DISCOURS HISTORIQUE (i).
Magna iUïc imago lœlorum trisûumque.
Tait.
Pères de la Patrie,
Nous avons l'honneur de présenter à cette auguste Assemblée, sous les auspices de la Commune de Paris, sous les fortunés auspices d'un maire et d'un commandant-général aussi chéris que révérés, les braves citoyens qui ont le plus contribué à la
(i)Le 6 février 1790, l'Assemblée constituante admit dans son sein une députation composée de plusieurs des électeurs rassemblés à l'Hôtel-de-Ville dans la journée du i4 juillet, et d'une partie des soldats et des citoyens qui avaient concouru à la prise de la Bastille. Dusaulx , membre de la députation , lut , par extraits , dans cette séance, le discours suivant. Le journal qu'il a -intitulé V(B uvre des sept Jours , ne fut écrit que pour servir d'introduction à ce morceau. Quoique avec des formes et des divisions oratoires , c'est une véritable composition historique. Quelques-uns des événemens qu'il n'a fait qu'indiquer dans ce qui précède reparaissent ici , mais accompagnes d'un grand nombre de faits nouveaux
SaG * - là prisé *
prise delà Bastille : expédition très-décisive, maisr diversement envisagée, selon que Ton hait ou que l'on regrette la tyrannie.
Quel moment , et pour eux et pour nous ! Quel triomphe pour Tes Hulin, les Elie , les Tournay, pour tant d autres dont les noms seront bientôt inscrits par la reconnaissance sur des listes autlientiques (i) !
Elles sont enfin tombées, ces vieilles tours dont l'aspect sinistre consternait jusqu'à l'innocence : mais comment, et par quel miracle ? c'est le sujet de ce discours.
mais racontes avec des particularités plus Intéressantes ou plus terribles , mais représentés sous des couleurs plus sombres ou plus animées. Dusaulx a décrit l'enthousiasme du patriotisme , ou la cruauté des fureurs populaires ; il a peint des combats ou des meurtres, des héros , des assassins ou des victimes , avec une véri té naïve qui est d'un prix inestimable aux yeux de l'histoire , et quelquefois aussi avec une vigueur de pinceau qui honore les sentimens et le talent de l'écrivain. *
4 ( Note des nouv. èdit. )
(i)M. Hulin * , ancien officier au service dé Genève pendant la révolution , partit de la place de Grève avec du canon , avec un grand nombre de grenadiers et de soldats citoyens , qui l'avaient choisi pour les commander : il entra l'un des premiers dans la place.
M. Élie, ancien officier au régiment de la Reine , essuya le pre- . mier et dernier feu -, se montra partout. f
M. Tournay , ancien militaire , força , la hache à la main , le premier pont , et fit, pendant le reste de l'action , des prodiges de valeur.
* Aujourd'hui comte et Ueutenant-grnJral. (/Vote des noui'. edit. )
DE LA, BASTILLE. Hnj
Plusieurs d'entre nous, Messieurs, ont vu , entre deux soleils, soit dans l'intérieur de l'Hôtel-de- Ville , soit au pied de cette forteresse qui foudroyait les assiégeans , ont vu l'exposition , le nœud et le dénoûment de cette grande tragédie. Comme témoins , et même comme acteurs , qu'il nous soit permis d'en tracer les scènes principales; après quoi nous verrons sommairement quelle en est déjà l'influence, et ce que l'on en doit attendre.
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