‹ Memoires sur la Bastille (volume 2)Chapitre 63 sur 69 · ET RÉFLEXIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

ET RÉFLEXIONS DIVERSES

POUR TENIR LIEU DE NOTES (i).

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Z?e la Bastille.

iVu/ic de jadis leviorihus.

Jov.

Si quelqu'un était tenté de taxer d'exagération ce que j'en ai déjà dit, je le prie de lire la Bastille dévoilée , ouvrage composé d'après des pièces originales, et dont je ne présenterai que les principaux résultats. 1

Tels sont les motifs ou prétextes d'emprisonnement, trouvés sur les registres et dans les autres papiers, la date en marge : « Il a l'esprit dérangé. C'est un fou mélancolique. Il prétend être le prophète ÉnocL, etc. »

Mais voici qui devient plus sérieux : « Ont été

(i) On n'a point mis de renvois aux pages , parce que les différens articles qui terminent ce volume peuvent être lus séparément .

ANECDOTES. / 3g7

renfermés ( toujours avec la date ) les nommés Richard , pour recherche de trésors ; François Davant, pour fait de quiétisme ; Marîe-Jeanne Le Lièvre, pour être tombée d'épilepsie au milieu de Ja rue ; Roland, parce qu'il voulait se donner au diable, etc. »

Quant à Jacques Mercier , il avait été mis aux fers pour un fait très-grave : cet impie avait débité une estampe représentant le pape lardé d'une douzaine de jésuites (i).

L'abbé Dourdan éprouva le même sort, et il le méritait bien , puisqu'il s'était permis de dire , et cela dans la chaire de vérité, que le roi était bon , mais que les ministres n'étaient que des f.... gueux.

Voici un incident très-simple , très-naturel , et qui cependant embarrassa fort le conseil de la Bastille; conseil tyraiinique , et par conséquent d'une défiance pusillanime* - ..

On avait trouvé , dans les papiers d'un pauvre prisonnier nommé Prot, une lettre de la veuve

(i) Voici , d'après les registres cTéerous , le texte même de la note que Dusauix indique trop sommairement.

« Jacques Mercier , fils d'un maître peintre , accusé d'avoir dé- » bité une estampe représentant le pape lardé d'une douzaine de » jésuites, et une autre représentant M. l'archevêque jetant à » Pâris , diacre , une pierre sur laquelle était écrit Vintimille ; et » M. Hérault , armé de la crosse de cet archevêque, qui comman- » dait cette lapidation. »

A côté de la note qu'on vient de lire , se trouvait la suivante :

« Thomas Mutel , graveur , pour avoir gravé des estampes » contre les jésuites et la constitution ; entre autres une, représen- » tant une danse de diables qui tiennent M. l'archevêque par la

5g8 ANECDOTKS.

Boivin, qui finissait par ces mots : « Je vous prie de m'envoyer ce que vous savez bien; on attend après, »

Messieurs du conseil crurent avoir trouvé dans ces paroles mystérieuses , la clef d'un secret important. Ce que vous savez bien,., on attend après ; que de choses là dedans pour des inquisiteurs ! . Après bien des perquisitions, on sut enfin que ce n'était qu un petit pot de graisse provenant de la cuisine du sieur Richeville , où le nommé Prot , son domestique, lavait pris pour en gratifier la dame Boivin, sa voisine et son ancienne amie. Faute , hélas ! bien pardonnable , si l'enfer savait pardonner (i).

. On sait que la Bastille, et toutes les autres Bastilles subalternes, étaient les sauvegardes des

» main, et le font danser autour d'un feu dans lequel on brûle les » Nouvelles ecclésiastiques. Plusieurs diables Boufflent dans le» » oreilles de cet archevêque. » Bastille dévoilée,- ire livr. , p. 82.

Les causes de détentions semblables abondent sur les registres de la Bastille. Nous avons déjà cité beaucoup de notes empruntées à ces registres ; nous sommes loin d'avoir épuisé le nombre de celles qui peuvent exciter la curiosité. Opinions religieuses, affaires politiques, intrigues amoureuses , outrages aux mœurs „ crimes pontre l'Etat , telles sont les causes qui conduisaient une foule de prisonniers à Ta Bastille , sans compter les abus de pouvoir et les vengeances particulières. Ces causes se trouvent consignées dans les notes. Nous avons rassemblé les plus remarquables sous la lettre (I) , et nous pouvons ajouter que cet extrait ne sera pas la pièce la moins piquante offerte aux lecteurs des Mémoires, ,

( Note des nouu\ édti. )

(1} fgnoscenda quidem, tarent si ignoscere mânes. Vmc. IX

ANECDOTES. $gg

grands criminels, des voleurs , des assassins , des empoisonneurs de qualité , et que les débiteurs accrédités avaient le privilège d'y faire renfermer leurs créanciers. D ailleurs , nul respect pour le sexe , pour l'âge ou pour la parenté : on y a vu une fille de sept ans à côté d'un vieillard de cent onze , et uu gouverneur acharné contre son beau-frère.

Il est avéré que l'on y a donné la question ordinaire et extraordinaire (i). Les cadavres découverts depuis peu , témoignent assez que l'on y exécutait secrètement; mais attendons que la démolition en

(1) Qu'on ait anciennement donné la question à la Bastille, c'est ce dont il est peu permis de douter d'après le passage des Mémoires de La Porte , dont nous avons parlé plus haut. Mais cet odieux moyen d'arracher des aveux à la douleur plutôt qu'à la conscience, avait depuis long-temps cessé d'y être mis en usage malgré les bruits populaires répandus à l'époque du 1 4 juillet. Les auteurs de la Bastille dévoilée ont eux-mêmes pris soin de réfuter des opinions faussement accréditées alors. « Plusieurs personnes ont pu être, » disent-ils , induites en erreur , en voyant à la Bastille, dans la » tour dite du Trésor, une chambre qui avait deux planchers , et îj qu'on disait être la chambre de la question. Ce fait est de tonte » fausseté. Cette chambre, oh l'on avait pratiqué deux très-grandes » ouvertures donnant sur le fossé, servait de dépôt pour des pa- » piers intéressans. Il y avait de même un autre dépôt dans les » tours de la Chapelle , que l'on appelait le Filon , et oh l'on met- » tait tous les ouvrages saisis jusqu'à ce qu'on les eût ou brûlés ou » vendus après les avoir déchirés. Cette espèce de vente se faisait » tous les cinq ou six ans. Cette chambre, dite de la question , ser- » vait aussi aux interrogatoires; le commissaire Chenon y a in- » terrogé plusieurs prisonniers. Il est encore une autre erreur dont » nous devons informer le public. L'on a trouvé entre les tours » de la Comté et du Trésor une imprimerie. Plusieurs personnes

soit achevée ; attendons qu'où y ait ramassé assez d'ossemens pour en taire un corps de preuves.

Pour traiter à fond ce sujet, attendons, je le répète , que les représentans de la municipalité aient eu le temps de faire exploiter l'affreuse et virulente mine dont ils ont l'inspection.

Et nos pères ont enduré cette sourde tyrannie !

Mais nous et nos neveux ne l'oublions jamais.

De la démolition de la Bastille (i).

Les ministres ont manqué de prévoyance ; ils ont oublié de manger les os. Le comte de Mirabeau.

Au commencement de mai 1790, j'allais avec M. Souberbielle (2) pour voir où en était la dé-

3* croyaient et avaient même répandu qu'elle était destinée au ser- » vice intérieur de la Bastille. Ce fait est absolument faux; cette » imprimerie avait été saisie , déposée au château , et jamais on n'en » a fait le moindre usage. » Bastille dévoilée ; 2e livr. , page 5g.

{Nu te des nouv. édit. )

(1) Deux jours après la prise de la Bastille , l'assemblée des électeurs en ordonna la démolition. « Le comité , dit le procès-verbal , » a arrêté que la Bastille serait démolie par tous les districts en- » semble , sons l'inspection cependant du district de Saint-Louis- » de~la-Culture. L'ordre de la démolition a été sur-le-champ pro- » clamé par les trompettes de la Ville dans la cour de l'hôtel, et » dans tous les carrefours de Paris, au nom de M. le marquis de » La Fayette , commandant général , etc. ( Note des nouv. édit. )

(2) Chirurgien major des volontaires de la Bastille *. O.

* M. Souberbielle , qui vit encore , est chirurgien de bienfaisance dans un des arrondissemens de Paris. ( JVotc des nouv. édit. )

AÏŒCDOTBS. ' ^OI

molition de la Bastille. Ce château royal était rasd jusqu'aux cachots.

On nous indiqua une terre grise extraite de latrines sèches que Ton avait vidées , et Ton nous y fit remarquer une grande quantité d 'ossemens , la plupart brisés ou en dissolution; niais, en cherchant , nous y trouvâmes un tibia assez bien conservé.... Des ossemens humains dans des latrines !

Delà , nous marchâmes vers le bastion dont la surface convexe ne présentait auparavant que des jasmins, des roses et des arbustes; c'était la promenade du gouverneur, qui lavait volée aux prisonniers. Quand on songe que sous les fleurs et les bosquets étaient cachés les antres de la mort!

La démolition de ce bastion était déjà assez avancée pour que nous pussions distinguer, à travers les larges entailles que Ton y avait faites , de longs corridors , des escaliers dont les voûtes inclinées circulaient, montaient et descendaient dans cette horrible ruche de cachots, dont personne n'avait encore soupçonné l'existence.

Le district de Saint-Louis-de-la-Culture vient de la constater d'une manière authentique , et c est pourquoi nous en allons citer le procès-verbal (i).

« Nous sommes descendus à travers les démolitions, où nous avons trouvé un escalier doublé en pierre de liais, dont chaque branche était large

(1) Lu dans l'assemblée des représentait de la Commune de Paris , à la séance du i4 mai 1790. D<

4o2 ANECDOTES,

d'environ quatre pieds ; mais ces branches étaient rompues en plusieurs endroits et répondaient à différens caveaux.

» Au bas de cet escalier , nous avons d'abord remarqué un cadavre autour duquel des ouvriers travaillaient à la fouille , qui s'opérait avec beaucoup de précaution. La tête de ce cadavre , plus élevée que le reste du corps , qui était un peu incliné, portait sur le massif de cet escalier , au bas de la dernière marche.

• » Le tout était environné d'une légère bâtisse en pierres de différens morceaux , d'environ deux pouces d'épaisseur sur une largeur d'à peu près neuf pouces , et posées de champ.

» À en juger par les ossemens, ce cadavre paraissait être celui d'un homme de cinq pieds huit pouces de hauteur. Nous aperçûmes des traces de chaux, et nous ne fûmes pas surpris que les chairs et les cartilages fussent consommés. Les os étaient assez bien conservés. On voyait encore des cheveux au-dessus de la tempe gauche. Les dents trèssaines , et solidement fixées dans leurs alvéoles , indiquaient un homme de trente à quarante ans, et pourraient faire croire que ce cadavre n'était pas fort ancien ; mais nous ne donnons cette présomption que comme une simple conjecture.

» Sous le flanc droit, à la chute des reins , s'est trouvé un boulet de canon du poids de cinquantesix livres, enveloppé d'une croûte fort épaisse, formée sans doute par l'humidité des corps am-

ANECDOTES. 4o3

bîans. II est à croire que ce boulet ne s est point trouvé la fortuitement , et qu'il y a été mis pour indiquer la personne qui a fini ses jours , de quelque manière que ce soit, dans ces affreux cachots. Peut-être que la suite des travaux ou d'autres indices nous révéleront ce mystère.

» Tous ces ossemens ont été transportés sur une planche dans un caveau , où il y avait déjà un autre cadavre découvert le vendredi-saint, et qui parait être de même date à peu près que celui dont il *^ s agit. Il reposait sur les marches du même escalier , la tête en bas.

» Ce second cadavre était tourné en sens contraire à l'autre. 11 était éloigné du premier environ d'un pied et demi , mais un peu plus élevé. Des pierres en forme de cercueil ne l'entouraient pas comme le premier; mais il était adossé au mur du caveau , du côté du couchant, et placé sur le flanc droit.

» Les ossemens n'en étaient pas bien conservés, à cause des éboulemens et de la pluie qui a suspendu le travail. Les dents étaient encore entières et fermes dans leurs alvéoles. On pourrait croire que ce cadavre est antérieur au premier; et, à en juger par les ossemens, il n'annonce guère qu'une taille d'environ cinq pieds trois pouces, etc. , etc.»

La lecture de ce procès-verbal fit une vive impression sur toute l'assemblée; et M. l'abbé Fauchet\ notre président, y répondit en ces termes :

« Le procès^verbal , Messieurs , que vous remettez

4o4 ANECDOTES.

dans les archives de la Commune constate que les cadavres appartiennent au despotisme, et que c'est lui qui les avait scellés dans les murs de ces cachots, qu'il croyait éternellement impénétrables à la lumière. Le jour de la révélation est arrivé ; les os se sont levés a la voix de la liberté française; ils déposent contre les siècles de l'oppression et de la mort, prophétisent la régénération de la nature humaine, et la vie des nations, etc., etc. »

Ces cadavres furent inhumés peu de temps après; • et voici ce qu'en dit la Chronique de Paris (1) : « Les corps trouvés dans l'un des cachots dépendans delà Bastille, ont été, le premier juin 1790, déposés dans le cimetière Saint-Paul. La cérémonie funèbre a été accompagnée de toute* la pompe pdssible : le cercueil était porté par douze ouvriers employés à la démolition de cette forteresse; ceux qui avaient déterré les cadavres tenaient le poêle , armés de leurs outils , doù pendaient des écriteaux portant ces mots : Tremblez , ennemis du bien public ! Sur le cercueil étaient la chaîne et le boulet trouvés près de l'une de ces victimes. Le président, le corps des citoyens du district de la Culture et le bataillon du même district ont assisté à ces funérailles. »

Quidquid sub terra est in apricum pivferet œtas; Defodiet condetque nitentia.

Horat. epist. L. 1, epist. 6, v. a4.

(1) Année 1790, n° îôg.

ANECDOTE*. ^o5

§ ni.

Récit de la conduite de M. Thuriot de la Rosière pendant sa députât ion à la Bastille.

On jugera si cet important récit me'ritait d'être conservé. Il fut publié peu de temps après la prise de la Bastille, et jette, si je ne me trompe , un grand jour sur cet événement. Pour moi, je suis persuadé que l'apparition de M. Thuriot de la Rosière dans l'intérieur de cette forteresse, que ses harangues aux soldats, que sa fermeté auprès du gouverneur, y disposèrent les esprits à la prompte capitulation que nous avons obtenue. Si la résistance n'y a pas été telle qu'elle pouvait l'être, il est vraisemblable que nous en avons l'obligation à ce brave électeur , et que , par conséquent , un grand nombre de ses concitoyens lui doivent aujourd'hui et la vie et les palmes qui les attendent.

Récit (i).

« Le mardi, 14 juillet 1789, sur le midi, on vient annoncer au district de Saint-Louis-de-la-

(1 ) Rapprochez des détails que contient ce récit, les faits rapportés dans la Déclaration des assiégés (F) , pièce dont nous recommandons de nouveau la lecture comme une de celles qui peuvent contribuer le plus à la connaissance de la vérité, et prouver le mieux l'impartialité dont nous nous sommes imposé la loi.

(JVo/e des nom'. 4dU.)

4û6 ANECDOTES.

Culture que la direction des canons placés sur les tours de la Bastille jette l'alarme dans toute la capitale.

» On assure en même temps que le siège eja est décidé, et qu'il ne tardera pas à être commencé.

» M. Thuriot de la Rosière , l'un des membres du comité de ce district, et qui en était le premier électeur, député depuis à l'assemblée des représentans de la Commune , se lève et observe qu'un grand nombre de citoyens peuvent être les victimes d'une pareille entreprise. Il demande qu'il soit fait sur-le-champ une députation au gouverneur pour le sommer de faire changer la direction des canons et de se rendre sans délai.

i» Son avis parut sage et prudent.

» On l'invite à se charger lui-même de cette commission. Il l'accepte, et part accompagné de deux soldats citoyens.

» Le peuple commençait à se rassembler autour de la Bastille ; mais le passage était encore libre. Parvenu avec ses deux fusiliers jusqu'au pont-levis, il les engage à ne pas quitter ce poste; il frappe, il entre.

» Un invalide l'ayant conduit auprès du gouverneur , il y trouva M. Belon , officier de l'Arquebuse , lequel , après avoir rempli sa mission , se retira.

» Ce fut alors qu'il somma M. de Launay de faire changer la direction descanons et de se rendre. >i La réponse fut équivoque; mais elle ne le re-

a pas , et il voulut passer dans la seconde cour; ^\x'il n'obtint qu'avec beaucoup de peine. > Cependant le grand pont-levis qui communiait a cette cour était levé; mais le petit pont ne Lait pas. 11 le traverse avec le gouverneur, et la ille de fer s'ouvre devant eux.

» Trois canons, dirigés contre les assiégeans , aient prêts à balayer la cour. Environ trente-six Hits Suisses étaient sous les armes et attendaient attaque : joignez-y douze ou treize invalides ommandés par quatre officiers , deux canonniers t les officiers de l 'état-major,

» Quoique seul dans cette dernière et formilable enceinte, M. de la Rosière les somme tous de changer la direction des canons et de se rendre : cette sommation, il la fait au nom de Thonnlur, au nom d'un peuple souverain.

» Le gouverneur engage tous les officiers , tous les soldats, à jurer qu'ils ne tireraient pas les premiers, et il le jure lui-même.

» Cela ne suffisait pas à M. de la Rosière : il veut monter sur les tours , y visiter les canons, se promettant bien qu'après en être descendu il trouvera la garnison prêle à remplir ses devoirs de citoyen.

» Le gouverneur résiste ; les officiers le pressent; il se rend et suit M. de la Rosière. .

» Parvenus au sommet de la tour qui domine VArseual, ils découvrent un peuple immense accourant de toutes parts, et le faubourg Saint-Antoine qui s'avançait en masse.

4o8 ANECDOTES.

» Le gouverneur en pâlit. Saisissant M. de la Rosière par le bras : Que faites-vous, Monsieur ? Vous abusez d'un titre sacré pour me trahir! — Et vous, Monsieur, si vous continuez sur le même ton, je vous déclare que l'un de nous va bientôt tomber dans ce fossé. » De Launay se tut.

» Alors la sentinelle qui était avec eux sur cette même tour vint leur dire que Ton se préparait à attaquer le gouvernement, qu'il n'y avait point de temps à perdre; et il conjura M. de la Rosière de se montrer. Ce député s'avance sur le rebord, et de nombreux applaudissemens partent du jardin de l'Arsenal.

» Ensuite il jette un coup-d'œil sur les canons : on les avait retirés des embrasures , et ils en étaient environ à quatre pieds; mais on les avait laissés en direction , et il remarqua qu'on les avait mas-

ques.

» Descendu de la tour avec le gouverneur, il le presse de nouveau , lui et ses soldats , d'obéir à la nécessité : « Mieux encore , leur dit-il , obéissez aux ordres de la patrie , dont je suis l'organe. »

» Les soldats cédaient; mais leur chef, éperdu de ce qu'il venait de voir et d'entendre , tantôt les retenait , et tantôt hésitait. M. de la Rosière , pour ne pas perdre un temps si précieux, prit le parti de se retirer , d'abord vers son district , ensuite à l'Hotel-de-Ville.

» Quelques soldats citoyens , ignorant sa mission ou le prenant pour un traître , le suivirent la hache

haute et toujours prêts à le frapper : il aurait été massacré par les nôtres sans MM. Aubin Bonnemer (1), les deux frères Fossard et vingt autres soldats citoyens* »

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