‹ Mémoires sur la chevalière d'ÉonChapitre 19 sur 102 · Noos ne mtods à qui ces termes font allasioii · texte numérisé non relu

Noos ne mtods à qui ces termes font allasioii

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tion de cette lettre, pour vous rendre auprès de votre digne protecteur, qui aura pour vous des bontés de père, et vous sera un appui plus fort que ne pourraient Fêtre mille jambes. — Tout à vous. »

Le chevalier d'Éon n'était point encore entièrement rétabli; mais il dut l'être aussitôt Tinvitation reçue : sa jambe guérie par ordre supérieur, il reprit le chemin de Saint-Pétersbourg. En apprenant son retour, Bestucheff eut comme un pressentiment de l'avenir. Il dé^ Clara au marquis de L'Hospital f^ que le jetme iÉon était m sujet dangereux et qu'il lie reverrait point personnelkment avec plaisir, parce quHlle savait capable de trouMer f empire. »

L'ambassadeur français ne l'en appela que plus vite*

Quelques mois après l'arrivée du chevalier d'Éon, le 24 février 1758, Bestucheff, que ses succès d'un instant ont aveuglé, et à qui la confiance* a fi9iit perdre toute prudence, est arrêté en plein conseil par ordre de la tza- • rine. Ses papiers sont visités, et l'on y trouve une correspondance secrète avec Frédéric de Prusse, dans laquelle sont compromis les généraux russes Apraxin et Totleben. Ceux-ci sont arrêtés aussitôt à la tête de leur armée, et envoyés, avec le chancelier, au fond de la Sibérie, d'où Bestucheff ne reviendra que sous le règne de Catherine II. Il recouvrera sa liberté, mais non sa toute-puissance ! . . .

Ainsi finît Bestucheff-Riumin, l'un des bras les plus nerveux qui aient tenu et dirigé les rênes de la Russie. Son pouvoir, agrandi et fortifié par le temps, s'était tellement implanté au sol moscovite et s'y enfonçait par tant de racines, qu'il paraissait inattaquable. C'était le

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chêne séculaire attaché à la terre qu'il domiae de son ombrage. Le doigt d'un enfant et le soufQe d'une fenune renversèrent celui sur qui tant d'orages avaient passé sans lui faire seulement courber la tête !

Le monde retentit de la chute de Bestucheflf. La nouvelle en fut rédigée en bulletins officiels et transmise en ces termes à tous les agents diplomatiques :

Note pour Son Excellence M. le marquis de L'Hospital, ambassadeur de France près la cour de Russie.

< Il y a déjà quelque temps que l'impératrice a eu des raisons de se défier du chancelier BestuchefiT-Riumin; mais, entraînée par sa grandeur d'âme et son penchant naturel pour la clémence, elle s'est contentée jusqu'à présent d'épier ses démarches.

« Enfin Sa Majesté a vu avec regret que ce n'a pas été sans fondement qu'elle avait soupçonné la fidélité de cet homme S vu qu'on a découvert quantité de crimes, d'intrigues, de machinations et d'autres actions noires, qui ne tendaient pas à moins qu'à léser Sa Majesté.

« Plus il a oublié Dieu, son devoir, son serment de fidélité, et les grâces et bontés dont Sa Majesté btnpériale Ta comblé, non qu'il les eût méritées j mais uniquement par un eifet de sa clémence et de sa générosité, plus elle se voit réduite à la nécessité d'étouffer pour un instant les mouvements de sa grandeur d'âme natu-

1. De cet homme! Ils appelaient ainsi celui devant lequel iU avaioDt tremblé pendant Tingt ans I

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relie, et, lassée d'une patience poussée à bout, de recourir enfin à la justice.

« Pour cet effet, Timpératrice a ordonné de faire arrêter ledit Bestucheff-Riumin, ci-devant son chancelier, de le dépouiller de toutes ses charges et dignités, et de faire une perquisition de sa conduite et de celle de ses complices.

« Â Saint-Péterebourg, le 15-26 fémer 1758. »

Ces diverses notes étaient les billets de faire part annonçant aux rois de la terre le décès d'un géant, et il n*y manquait rien à la grandeur du défunt, pas même le coup de pied de l'envie.

Michel de Woronzow, le vice-chancelier, recueillit l'héritage de cette vaste déchéance, A dater de ce jour, la coalition réunie sous les drapeaux du traité de Versailles n'eut plus à vaincre que les flottes de l'Angleterre et les armées du roi de Prusse.

C'était troj) de plus de moitié!

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