Ces mots ont été rayés par le chevalier d'Éon
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à sa naissance une entreprise qui, conduite à fin, eût pu modifier à jamais la face du monde. Si le prince de Conti était devenu roi de Pologne , la politique de Louis XV, cette politique étroite et toute de famille, qui mettait des intérêts de parenté au-dessus des intérêts nationaux, et sacrifiait au besoin les seconds aux premiers , se fut crue engagée d'honneur à soutenir la cause d'un fils de France , et à défendre le royaume pour la royauté. Au lieu d'une coupable indolence, ou d'une faiblesse plus coupable encore, on eût montré de la résolution et de la fermeté. La Pologne n'eût point été'envahie et partagée ; les membres aujourd'hui épars de son noble corps seraient encore unis peut-être; peutêtre la vieille nation serait debout, puissante et forte, et pèserait de son poids dans la balance de l'Europe... A quoi tiennent donc les destinées du monde et les révolutions des empires? Aux volontés intolérantes d'une Main tenon, répondra le siècle de Louis XIV,... aux caprices d'une Pompadour ou d'une Dubarry, dira le règne de Louis XV.
Rentré pour la troisième fois en Russie, le chevalier d'Ëon y demeura jusqu'en 1760.... Elisabeth voulut se l'attacher pour toujours, et en fit faire officiellement la demande à l'abbé de Bernis par le marquis de L'Hos* pital et le chancelier Michel de Woronzow. Louis XV et l'abbé de Bernis se montrèrent tous deux galants cette fois, et consentirent au désir de la tzarine. Mais le chevalier d'Éon refusa; il écrivit à M. Tercier, premier commis des affaires étrangères :
« Mon cher Monsieur,
« J'ai fait entendre toutes mes raisons à M. le mar^ quis de L'Hospital; je n'ai pas eu de peine. Je puis le dire, par l'amitié qu'il me porte, il me verrait le quitter avec chagrin, et en perdant son amitié je gagnerais intérieurement son mépris. Je lui ai donc déclaré, non par des vues politiques, mais avec toute la franchise et la vérité dont un Bourguignon est capable, que je ne quitterais jamais le service de la France pour celui de tous les empereurs et impératrices de l'univers ^ et qu'aucuns motifs n'étaient capables de me faire changer dans ma façon de penser : ni honneurs, ni richesses.
oc Je vous le dis. Monsieur, comme je le pense,, j'aime mieux ne posséder que de quoi vivre en France que d'avoir cent mille livres de rente à manger dans la crainte et l'esclavage. Regnare rwlOy dùm liber non sum mihi.
« Voilà, Monsieur, ma profession de foi. Je me per^ suade que M. l'abbé de Bernis et vous ne me voudrez pas de mal de ma façon de penser. Si j'avais un frère bâtard, je l'engagerais, je vous assure, à prendre cette place; pour moi, qui suis légitime, je suis bien aise d'aller mourir comme un chien fidèle sur mon fumier natal .
« Je suis avec respect, etc.
« Le chevalier d'ÉON. »
Et à Tabbé de Bernis : *
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c Monseigneur,
« En ayant l'honneur de vous remercier de
vos bonnes intentions et des vues que vous aviez sur moi, je vous supplie instamment de me faire la grâce de m'oublier toujours lorsqu'il s'agira d'une fortune qui éloigne et fasse quitter entièrement la France.
« Depuis que je suis à Saint-Pétersbourg, ma maxime est d'avoir toujours le dos tourné à la Sibérie, trop hewreux que je suis de Vavoir échappée. Tous mes désirs et mes deux yeux sont continuellement fixés sur ma pairie!... »
EXTRAIT DE LA RÉPONSJS DE MONSEIGNEUR LE CARDINAL DE BERNIS A M. d'eON
« A Versailles, ce l«r août 1758.
c Vous serez informé^ Monsieur, par M. le marquis de L'Hospital, que, loin d'être peiné du refus que vous faites de la place qu'on vous propose à la cour de IMissie, on donoe une entière approbation aux motifs qui vous portent à ne point l'accepter.
« Continuez, Monsieur, k servir Sa Majesté avec z^^ comme vous avez fait jusqu'à présent. Je me fierai» dans toiutes les occasions, un plaisir de fairie valoir auprès de Sa Majesté, vos services, votre travail et vo3 talonts^ v
Le chevalier d'Éon alla prendre congé de Woronzow. « Je suis fâché, lui dit ce ministre, de vous voir partir, quoique votre premier voyage ici, avec le chevalier
Douglass, ait coûté à ma souveraine plus de deux cent mille hommes et quinze millions de roubles! — J'en conviens, répondit le chevalier, mais Votre Excellence doit aussi avouer que sa souveraine et son ministre ont acquis une réputation et une gloire qui dureront autant que le monde. » Cette conversation sur l'origine et les suites de la guerre de sept ans est une preuve, dit le chevalier d'Éon, du désintéressement jusqu'alors inconnu avec lequel Elisabeth s'était alliée à la France. Arrivé à Versailles, le chevalier d'Éon fut reçu pompeusement par le duc de Choiseul, devenu ministre des affaires étrangères en remplacement de l'abbé de Bernis. Il avait apporté avec lui l'accession officielle d'Elisabeth au nouveau pacte du 30 décembre 1758, et à la convention maritime dans laquelle étaient entrées la Russie, la Suède et le Danemarck. C'était la quatrième et dernière négociation entreprise et terminée par lui. Louis XV lui donna une audience particulière et lui envoya un brevet de pension de 2,000 livres sur le trésor royal (24 décembre 1760). Tandis qu'il est ainsi favorisé des puissances de la terre, la justice du ciel l'atteint dans sa beauté. C'est comme un châtiment précurseur de ceux que lui réserve la Providence !... En apprenant le malheur arrivé à son secrétaire, le marquis de L'Hospital lui écrit la lettre suivante, oh Tépigramme se mêle, dès le début, aux marques les plus empressées de l'intérêt le plus tendre. Cette lettre est la première de celles oii il fait allusion à certaines faiblesses de notre héros.
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« Saint-Pétersbourg, 30 Janvier 1761.
« Je suis délivré, mon cher d'Éon, des plus mortelles inquiétudes, et je suis à présent tranquille sur votre vie.
« J'espère que Thumeur de la petite vérole vous aura débarrassé de toutes celles qui vous accablaient, et que la Terxa Gamba vous fera enfin connaître le plaisir et les faiblesses de l'amour, fût-il même conjugal !
« Les lettres du monument si effacées * m'obligent de partir pour les faire revivre, et je vole vers vous avec plaisir. J'irai cependant sans voyager de nuit; aussi mon vol ne finira qu'en mai, ne pouvant partir que le 1 5 ou 20 de février.
c Je pense toujours aussi constamment les mémet^ . choses que lorsque nous raisonnions ensemble à Pétersbourg. — Je n'entends pas dire encore que vous ayez eu une pension. Cependant M. le duc de Choiseul m'a rempli d'espoir par sa lettre. Je pourrais avoir de vos nouvelles à Vienne, et je prie M. de Sainte-Foy devons faire passer celle-ci. — La petite vérole exige beaucoup de soins pour la convalescence, ménagez-vous jusqu'à mon retour au printemps. Je me porte assez bien pour un sexagénaire. Adieu, mon cher d'Éon, je vous aimerai toujours.
« L'HOSPITAL
Le chevalier d'Éon guerroyait alors. Heureusement