‹ Mémoires sur la chevalière d'ÉonChapitre 50 sur 102 · RÉPONSE DU COMTE DE BROGLIS · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU COMTE DE BROGLIS

« Pari», le 17 juillet 1774 *.

« J'ai eu, monsieur, l'honneur de rendre compte à Sa Majesté que vous aviez, depuis longtemps, celui d'être admis à une correspondance secrète que le feu roi avait Jugé à propos d établir, et des circonstances particulières oii vous vous trouvez.

« Sa Majesté m'a ordonné de vous mander d'adresser, à l'avenir et jusqu'à nouvel ordre, à M. le comte de Vergennes la suite des rapports que vous me faites passer, en vous servant du chiffre que vous aviez avec moi. C'est aussi sous l'enveloppe et l'adresse de ce ministre que vous me ferez réponse à cette lettre. J'espère que vous apprendrez par lui incessamment ce

i. ArdiÎTes des affaires étrangère?.

qu'il aura plu au roi de décider sur votre traitement, et sur la conduite ultérieure que vous devez tenir. Tai cru pouvoir répondre d'avance à Sa Majesté de votre obéissance, et du désir que vous aurez toujours de vous rendre utile à son service, et de lui donner des preuves de la soumission la plus parfaite.

« Vous ne devez pas douter que je ne cherche, en cette occasion comme en toute autre, à vous témoigner les sentiments avec lesquels je suis, etc.,

« Le comte de Broglib. >

Au bas est écrit de la main de Louis XVI : Approuvé.

En apprenant que le chevalier d'Éon était détenteur de correspondances parliculières du feu roi sur des sujets assez graves pour que leur révélation pût amener une guerre entre la France et TAngleterre, — selon les paroles comminatoires du chevalier, qui avait intérêt à grossir Timportance de ces papiers, — Louis XVI et le comte de Vergennes crurent prudent de retirer ces documents des mains d'un agent qui, après avoir crié depuis si longtemps à l'ingratitude, pouvait bien finir par céder au désir de la vengeance. D'Éon ayant de nouveau sollicité la permission de rentrer en France, le comte de Vergennes lui envoya le marquis de Prunevaux, premier capitaine au 1" régiment de Bourgogne, chargé de s'entendre avec lui. Mais l'entente ne fut pas aussi facile qu'on Tavait cru.

Comprenant que s'il ne profitait pas de cette occasion, il aurait peu de chose à attendre du nouveau règne, d'Éon avait résolu de mettre à haut prix les papiers

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d'État dont il était détenteur, et qui étaient devenus sa seule garantie. 11 demanda donc :

1® Qu'il fût solennellement justifié des imputations calomnieuses dirigées contre lui par le duc de Praslin et le comte de Guerchy, et réintégré dans ses emplois et titres politiques, comme venait de l'être le fameux Lachalotais ;

2° Qu'on lui payât toutes les sommes, indemnités et avances qui lui étaient dues depuis vingt et un ans, et dont le total ne s'élevait pas à moins de 13,933 livres sterling ou 318,477 livres 16 sous.

Dans sa belle étude sur Beaumarchais et son temps, M. de Loménie, qui a pris la peine d'éplucher les détails de ce compte, le compare à un compte d'apothicaire, et pour justifier cette qualification, il en cite les articles suivants :

« En novembre 1757, le roi actuel de Pologne, étant envoyé extraordinaire de la république en Russie, fit remettre à M. d'Éon, secrétaire de l'ambassade de France, un billet renfermant un diamant estimé 6,000 livres, dans Tinlention que M. d'Éon l'instruirait d'une affaire fort intéressante qui se tramait alors à Saint- Pétersbourg. Celui-ci se fit un devoir de confier le billet et le diamant à M. le marquis de L'Hospital, ambassadeur , et de reporter ledit diamant au comte Poniatowski qui, de colère, le jeta dans le feu. M. de L'Hospital, touché de l'acte honnête de M. d'Éon, en écrivit au cardinal de Bernis, qui promit de lui faire accorder par le roi une gratification de pareille somme pour récompense de sa fidélité. Mais M. le cardinal de Bernis

ayant été déplacé et exilé, le sieur d'Ëon n'a jamais reçu cette gratification, qu'il se croit en droit de réclamer, ci 6,000 livres.

flc N'est ce pas, dit M. de Loménie, une bonne plaisanterie que cette histoire d'un diamant refusé en 1757 et qui reparait, à titre de créance , dans un mémoire de 1774? Passons à d'autres articles :

« M. le comte de Guerchy a détourné le roi d'Angle* terre de faire à M. d'Ëon le présent de mille pièces qu'il accorde aux ministres plénipotentiaires qui résident à sa cour , ci 24,000 livres.

« Plus, n'ayant pas été en état, depuis 1763 jusqu'en 1773, d'entretenir ses vignes en Bourgogne, M. d*Éon a non-seulement perdu 1,000 écus de revenu par an, mais encore toutes ses vignes, et croit pouvoir porter cette perte à la moitié de sa réalité, ci... 15,000 livres.

tt Plus, M. d'Éon, sans entrer dans l'état qu'il pourrait produire des dépenses immenses que lui a occasionnées son séjour à Londres depuis 1763 jusqu'à la présente année 1773, tant pour l'eutretien et la nourriture de feu son cousin et de lui, que pour les frais extraordinaires que les circonstances ont exigés, croit devoir se borner à réclamer ce qu'exige, à Londres, Tentretien d'un ménage simple et décent, dans lequel on se limite aux frais et aux domestiques nécessaires; ce qu'il évalue, en conséquence, à la modique somme de 450 louis, ou 10,000 livres tournois par an, ce qui fait, pour les dites années, ci 100,000 livres.

« Il est à noter, dit M. de Loménie, que, depuis 1766, d'Éon touche 12,000 livres de pension par an. Le valet du Joueur, dans Regnard, présente uu compte

de dettes actives qui ne vaut certainement pas celui-là. Tout le reste est de même force. »

C'est là un jugement sévère et même un peu injuste. Tout le reste du compte n'était pas de même force. Il y figurait des réclamations dont la justice ne pouvait être méconnue, et la preuve, c'est que la cour de France a fini par en reconnaître la plus grande partie.

Parmi ces réclamations, nous citerons une somme de 10,000 francs empruntés par d'Éon pour les frais de son premier voyage en Russie, et sur lesquels il payait les intérêts depuis 1756. M. Rouillé, alors ministre des affaires étrangères, lui avait promis le remboursement de ces avances. « Mais, dit le chevalier d'Éon, à mon retour en France, je ne trouvai plus ce ministre en place, et quand je renouvelai ma demande auprès de M. le cardinal de Remis et M. le duc de Choiseul, ils m'ont fait l'honneur de me dire Fun et l'autre : Il fallait vous faire payer dans le temps par mon prédécesseur. »

Il écrivait au duc de Praslin le 22 août 1763 : « Il y a bientôt dix ans que je suis politique, sans en être ni plus riche, ni plus fin. Plus je travaille avec zèle et courage, moins je deviens riche ; ma jeunesse se passe et il ne me reste plus qu'une mauvaise santé qui dépérit tous les jours, et plus de 20,000 livres de dettes. »

Si donc, dix ans plus tard, d'Éon a un peu enflé son compte, c'est qu'il connaissait de longue main les gens auxquels il avait affaire. Il savait quel fonds il pouvait faire sur leur justice et leur générosité !

H. de Loménie qui a entrepris de faire le procès de d'Éon dans l'intérêt de Reaumarchais son client, fait

une autre citation empruntée à une lettre adressée par lui au duc de Praslin, le 25 septembre 1763, et dans laquelle il fait de lui-même un portrait assez bizarre. Mais l'extrait donné par M. de Loménie n'est pas complet. Il est donc juste de le compléter et de dire que d'Éon répondait à une lettre du duc de Praslin qui lui reprochait d'avoir dépensé trop d'argent aux dépens de son cher comte de Guerchy, pendant qu il gérait la maison de cet ambassadeur à Londres.

t Je n'ai jamais été à la tête d'aucune maison, répond d'Éon, excepté de celle de mon père, et, un an après, elle est tombée en ruines. Si vous voulez me connaître, monsieur le duc, je vous dirai franchement que je ne suis bon que pour penser, imaginer, questionner, réfléchir, comparer, lire, écrire, ou pour courir du levant au couchant, du midi jusqu'au nord, et pour me battre dans la plaine ou sur les montagnes.

« Si j'eusse vécu du temps d'Alexandre ou de Don Quichotte, j'aurais été sûrement Parménion ou Sancho Pança. Si vous m'otez de là, je vous mangerais, sans faire aucune sottise, tous les revenus de la France en un an, et, après cela, je vous ferais un excellent traité sur l'écononiie. Si vous voulez en avoir la preuve, voyez tout ce que j'ai écrit dans mon Histoire des finances, sur la distribution économique des deniers publics dans un État, et voyez toute la prétendue dépense que j'ai faite dans la maison de M. le comte de Guerchy. Je pourrais cependant détîer les intendants et économes de trouver dans mes comptes une dépense inutile de 15 ou de 20 guinées sur le total. Si ce n'était pas à vous que

j'eusse l'honneur d'écrire, je me servirais du proverbe : Voilà bien du bruit pour une omelette au lard, t

Ainsi complétée et expliquée, la citation n'a plus le sens carnavalesque et cynique que lui donne M. de Loménie. C'est une simple boutade, comme il en échappe à tout homme qui écrit trop, ce qui était un peu le défaut de d'Éon. 11 était grand barbouilleur de papier en effet, et eu parlant de lui-même, il avait fait sa charge plutôt que son portrait. Comme tous les fanfarons de cette époque, il se calomniait un peu, croyant se vanter.

Nous croyons qu'il parlait de lui-même avec plus de vérité, lorsqu'un mois plus tard (le 25 septembre 1763) il écrivait au secrétaire du duc de Nivernais :

« Je ne demande de l'argent que parce que je n'en ai point, que l'on m'en doit à la cour et que j'en dois à la ville, et que je ne l'ai pas dépensé pour mon service. Je ne crois pas qu'il y ait quelqu'un assez hardi dans le monde pour dire que j'ai mangé mon argent à me divertir ou à faire des folies. Ma vie est assez connue, et Ton sait que j'ai toujours vécu, dans tous les pays, sans chevaux, sans cabriolet, sans chien, sans chat, sans perroquet et sans maîtresse... La seule dépense que l'on pourrait me reprocher est d'avoir acheté plus de livres que je n'en puis lire, et plus d'armes que je ne puis me servir. Mais quel est l'homme qui ne paie pas le tribut à la nature par quelque faible?... La fortune est pour moi une p.... à qui je donne cent coups de pieds dans le ventre, toutes les fois qu'elle se présente à ma porte avec un air malhonnête... Il ne me

faut pour toute fortune que deux ou trois bons livres et mon épée; avec cela je suis riche partout; je couche aussi bien à terre que dans un bon lit. J'estime ma vie si peu de chose, que je la donne au premier qui voudra ou qui pourra la prendre. »

Pour en revenir à ses comptes, il demanda, en sus de ses créances, que sa pension de 12,000 livres fût convertie en un contrat de rente viagère de même somme.

Le marquis de Prunevaux n'offrit , en compensation des pertes passées, qu'une augmentation de 1,000 écus à la pension de 12,000 livres, et rejeta tout à fait la demande d'une réintégration solennelle qui eût été la condamnation d'hommes jouissant encore d'une grande influence.

La négociation fut donc rompue. Elle fut reprise, ub peu plus tard, par un capitaine de grenadiers, M. de Pommereux. Mais tout ce qu'il put obtenir de d*ÉoD fut la réduction de ses prétentions pécuniaires i 256,000 livres.

Lassée de cette opiniâtreté, la cour de Versailles essaya de prendre d'Ëon par la famine, et, pour la seconde fois, ses pensions et traitements, si mal payés, lui furent totalement supprimés. En apprenant cette rupture, l'opposition anglaise crut, comme la cour de France, i l'importance capitale des papiers détenus par d Eon, et on lui en offrit des sommes considérables, s'il voulait les livrer. Il faut le dire à son honneur, il eut le patriotisme de résister à cette tentation. Cependant, comme il lui fallait vivre, il emprunta 5,000 livres sterling, soit

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une centaine de mille francs à l'un de ses amis et protecteurs dévoués, le lord comte Ferrers, en lui donnant une partie de ces papiers en dépôt, pour lui servir de garantie. Cet énorme prêt démontre combien le comte Ferrers croyait ces papiers intéressants. Cependant d*Éon avait eu soin d'excepter du dépôt les documents personnels au feu roi, qui étaient les plus précieux pour la cour de France et pour lui-même. Ces papiers renfermaient le plan de restauration des Stuart, celui de descente en Angleterre , et autres rêves constituant ce que d'Éon appelait le grand projet de Louis XV.

En même temps, ne conservant plus l'espoir de pouvoir reprendre du service sous un règne qui commençait si mal pour lui, d'Éon aborda résolument, vers cette époque, la question qu'il agitait depuis longtemps dans sa tête un peu affolée par tant de souffrances. A force d'entendre discuter sur son sexe dans la presse anglaise, il avait dû se demander, en souriant, ce qu'il adviendrait s'il était réellement une fille, au lieu d'être un homme. Cette question une fois posée devant son imagination, il avait dû l'envisager sous ses deux faces et les comparer l'une à l'autre.

Homme, sa carrière était à peu près finie comme militaire et comme diplomate; disgracié, il allait disparaître de la scène du monde et tomber dans Tobscurilé. Or, il avait horreur de l'ombre et du*silence. Dans une lettre de lui à un ami, citée encore par M. de Loménie, il disait : a Je suis une brebis que Guerchy a rendue enragée en voulant la précipiter dans le fleuve de l'oubli. » Cette terreur de Toubli se conçoit de la part d'un homme qui voyait l'Europe s'occuper de lui depuis

si longtemps. La notoriété une fois acquise a des ivresses auxquelles on renonce difficilement.

S'il y avait un mystère dans son existence, si l'on apprenait que le capitaine de dragons et Tex-ministre plénipotentiaire était une femme déguisée, loin de rentrer dans l'obscurité, il deviendrait le héros du jour et du siècle. Ses services prendraient des proportions extraordinaires. Le premier venu des capitaines était son égal, car la bravoure est la noblesse commune en France. De même, bien des négociateurs étaient à son niveau; mais s'il était femme, pour trouver son égale, il faudrait remonter aux Jeanne d'Arc, aux Jeanne Hachette. Ne vaut-il pas mieux avoir une grande renommée comme femme qu'une médiocre comme homme ? Ce changement d'apparence ne lui apporterait que des avantages sans aucun inconvénient, puisque, de son propre aveu, il n'avait jamais ressenti le besoin de l'amour. Une métamorphose attirerait sur lui l'intérêt de l'Europe entière, et lui ferait obtenir plus facilement satisfaction du gouvernement français, qui n'oserait plus refuser à une femme le prix du sang versé et des services rendus.

Telle doit avoir été la gradation des idées par lesquelles il a passé, et des perspectives dont sa cervelle s'est peu à peu grisée, pour se décider à jouer la comédie qui a marqué la seconde moitié de sa vie.

Il a cherché à donner le change à la postérité, en écrivant plus tard k Beaumarchais : « Je vous répondrai que ce n'est pas moi qui ai demandé cette mélamorphose S c'est le feu roi et M. le duc d'Aiguillon, c'est

1. Nous verrons que par métamorphose, il n'entendait parler que de sa prise de jupes, dont il avait espéré pouvoir être dispensé.

le jeune roi et le comte de Vergennes ; c'est vous-même, en vertu de vos pouvoirs; c'est la famille Guèrchy, qui tfembla au seul nom d'homme qui me reste encore par mon baptême. » Et revenant sur ce dernier point dansune seconde lettre datée du 7 janvier 1776, il dit à Beaumarchais : « Il ne me reste plus, monsieur, qu'une demande à vous faire, sur laquelle je prie le fils de M. le eomte de Guerchy de s'expliquer clairement et loyalement par votre canal, comme je vais le faire de mon côté. Je sais qu'il a été, avec madame sa mère et M. le duc de Nivernais, chez MM. les comtes de Maurepas et de Vergennes, pour faire sentir à ces ministres qu'il croyait qu'il était de son honneur de se couper la gorge avec moi; que ces deux ministres ont eu la bonté de calmer M"* de Guerchy, en disant qu'ils croyaient monsieur son fils trop homme de bien et d'honneur pour tirer l'épée contre une femme, et qu'elle se retira avec des remerciements, bien soulagée. Je vais à présent, monsieur, vous dire ma véritable et constante façon de penser à cet égard. J'ai toujours respecté la naissance, les qualités et les vertus de M""^ la comtesse de Guerchy. Son iSls était si jeune lors mes démêlés et procès avec son père que, loin de vouloir du mal à ce €her fils unique, je lui sauverais la vie s'il était en danger, et qu'il fût en mon pouvoir de le faire. Jamais je ne l'attaquerai, mais toujours je me défendrai quand il voudra former son attaque. Rien ne me parait plus jaste> suivant le droit de la nature, que le fils prenne à cœur la défense du père. Donc, pour le mettre fort à son aise à cet égard, s'il croît qu'il est de son honneur de défendre la méchanceté et les crimes du feu comte de

%\(i LA VÉRITÉ

Guercby, les armes h la main, je lui donne ma parole 4'tfonneur que, pour sa satisfaction particulière, j'aur«i rbonneur de me couper la gorge ou de me casser U tête avec lui, quand il voudra, et avec grand plaisir, pourvu qu'il vienne me trouver eo Angleterre, qui a été le thé&tre des scènes d'horreur que Ton a exercées à iQion égard, et où, pour une telle opération, le terraia est le plus propre de l'Europe j car vous sentez parfaitement que de me donner un appel en France ou ailleurs que d^ns mon Ile, ce serait une moquerie ou un piège, 4pnt Ip public et moi ne serions certainement pas U dupe. Je lui donne de plus ma parole d'honneur qu'alors je ne quitterai point mon uniforme, et je soutiendrai envers et contre tous que je suis un véritable dragon. Jamais je n'arborerai, par défaut de courage , la robe de mon sexe. J'ai fait mes preuves là-dessus, et suis toujours prêt à recommencer. J'attendrai donc par votre canal une réponse catégorique de sa part sur cet olyat si important pour moi. Toute ma vie j'ai été aussi chatouilleuse sur l'honneur militaire qu'une fille doit l'être sur la vertu de chasteté. »

Mais Beaumarchais avait déjà déclaré à d'Êon que cette histoire était un conte, et il lui reproche de l'avoir répandue par un paragraphe anonyme « qui annonce malhonnêtement et contre toute vérité, que M"* de Guerçbj s'est jetée aux pieds du roi, qui lui a tourné le dos. «

La clievalière d*Éon persista, néanmoins, dans sa version reproduite plus tard par M"''' Gampan, et qui semblait, en effet • l'explication la plus plausible de son travestissement. A cette explication que nous avions adoptée nous-même, M. de Loménie a fait les objections

Se& U CUBVAUÈU d'éon tll

Irte-seoséee qne voici : < Comment s'expliquer qu'utt roi, pour étouffer les suites d'une querelle , ne trouve pas de moyen plus simple, que de changer un des adversaires en femme» et qu'un officier de quarante-sept ans préfère renoncer à toute carrière virile et porter des jupes pendant tout le reste de sa vie, plutôt que de s'engager tout simplement à refuser, par ordre du roi, une provocation, ou plut^ que de restar dans la dls^ grâce et l'exil, en gardant sa liberté et son sexe* Con<» ment s'expliquer enfin, si le chevalier d'Éon n'est que la victime résignée des volontés de Louis XV, adoptées par Louis XYI, que lorsque ces deux rois sont morts, lorsque la monarchie française elle-même n'existe plus, lorsque d'Éon, retiré à Londres, n'a plus aucun intérêt d'argent ni de situation à subir le travestissement im** posé, comment s'expliquer qu'il persiste à le conserver jusqu'à sa mort ? »

C'est que l'initiative de cette comédie était venue de lui-même, comme nous en aurons la preuve tout à l'heure, et que, même après la chute de la monarchie, il n'a pas voulu se donner un démenti, ou rceonaatire qu'il s'était prêté h une mascarade par vanité ou par faiblesse.

Nous n'avons trouvé, ni dans les papiers de sa fanûlle, ni dans les archives des affaires étrangères, au-* cune preuve à l'appui de son assertion que Louis XV et le duc d* Aiguillon atVnt demandé sa métamorphose. Quant à Louis XVI et à M. de Vergennes, ils n'ont demandé, comme on le verra, la reprise de ses habits de femme qu'après la confession inattendue de son prétendu sexe, faite spontanément par d*Éon à Beaumarchais. Ce fut

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alors, pour a première fois» que M. de Vergennes suggéra à Beaumarchais l'idée de proposer à celle qui s'était reconnue pour femme d'en revêtir Thabillement, dans Yintérêt de sa propre tranquilUtéj parce que ses ennemis veillaient et lui pardonneraient difficilement tout ce qu'il avait dit d'eux. S*il portait une jupe, tout serait dit, « mais, ajoute M. de Vergennes, c'est une proposition que lui seul peut se faire. » Beaumarchais trouva Tidée trèsjuste, et ce fut ainsi qu'elle devint une condition de l'arrangement conclu avec d'Ëon, auquel la transaction imposa, en outre, un silence absolu sur ses querelles passées, pour qu'elles fussent à jamais ensevelies dans Tou-- Ui. Mais tout cela fut fait dans l'intérêt de d'Éon luimême, autant que dans celui des familles de Guerchy et de Praslin.

Ces points historiques ainsi établis, revenons à l'époque où d'Éon parait avoir pris une décision définitive sur sa métamorphose.

Le capitaine de grenadiers, de Pommereux, le second négociateur dépêché auprès de lui par M. de Vergennes, paraît avoir reçu ses premières confidences sur ce sujet. Charmé de l'aventure, et aussi intrépide que naïf, ce capitaine lui aurait proposé de Tépouser.

Vint ensuite Beaumarchais , dont Timmixtion dans cette affaire fut la conséquence fortuite d'autres missions non moins curieuses dont il avait été chargé, en Angleterre, par la cour de Versailles.

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