‹ Mémoires sur la chevalière d'ÉonChapitre 53 sur 102 · Feaumarchais et êon tevtps · texte numérisé non relu

Feaumarchais et êon tevtps

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M. d'Éon a le caractère violent, mais je lui croit une kme honnête, et je lui rends assez de justice pour être persuadé quil est incapable de trahison.

< U est impossible que M. d'Êon prenne congé du roi d'Angleterre, la révélaiioii de son sexe ne peut plus le permettre; ce serait un ridicule pour les deux cours. L'attestation à substituer est délicate; cependant on peut raccorder, pourvu qu'il se contente des éloges que méritent son zèle, son intelligence et sa fidélité. Mais nous ne pouvons louer ni sa modération ni sa soumission, et, dans aucun cas, il ne doit être question des scènes qu'il a eues avec M. de Guerchy.

« Vous êtes éclairé et prudent, vous connaissez les hommes, et je ne suis pas inquiet que vous ne tiriez bon parti de M. d'Éon, s'il y a moyen. Si l'entreprise échoue dans vos mains, il faudra se tenir pour dit qu'elle ne peut plus réussir, et se résoudre à tout ce qui pourra en arriver. La première sensation pourrait être désagréable pour nous, mais les suites seraient affreuses pour H. d'Éon. C'est un rôle bien humiliant que celui d'un expatrié qui a le vernis de la trahison : le mépris est son partage.

« Je suis très-sensible, monsieur, aux éloges que

vous avez bien voulu me donner dans votre lettre à

M. de Sartînes ; j'aspire à les mériter, et je les reçois

comme un gage de votre estime, qui me flattera dans

tous les temps. Comptez, je vous prie, sur la mienne et

sur tous les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur

d'être très-sincèrement, monsieur, votre très-humble et

très-obéissant serviteur,

« De Vbrgennes. *

« Versailles, le 21 Juin 1775. »

Cette lettre prouve que le sexe féminin du chevalier est considéré comme un fait avéré» mais qu'on ne songe point encore à lui imposer le costume de femme. Il n'en fut point parlé dans les premières négociations, et les questions d'argent étant une fois réglées, — on verra comment, — les deux négociateurs se crurent complètement d'accord. Le chevalier d'Êon remit & Beaumarchais les clés du coffra de fer renfermant les papiers déposés chez le comte Ferrers, et Beaumarchais annonça aussitôt cet heureux résultat de sa diplomatie au comte de Vergennes :

< Monsieur le comte,

« J'ai toujours éprouvé que les secrets des gouvernements étaient plus aisés & pénétrer que ceux des particuliers. Ce qu'une nation a intérêt de faire, soyex toujours certain qu'elle le fera, si elle le peut, ou si son ministère n'est pas imbécile ou vendu; car les nations n'ont entre elles d'autre morale que la politique et d'autres lois que le droit naturel. Il n'en est pas ainsi des particuliers, dont les intérêts cachés, froissés et restreints en mille manières, doivent plutôt se deviner que s'apercevoir : d'où il suit qu'une commission ouverte est bien plus facile à remplir par un ambassadeur qu'une affaire sourde et mystérieuse par un agent secret ; et voilà mon éloge tout fait, c'est déjà quelque chose. 11 serait plus touchant dans une bouche impartiale ; mais faute d'un tiers qui puisse s'en charger, j'ai ajouté l'emploi de me louer à celui de bien besogner. H n'y a tout au plus ici qu'une demi-faute.

c Quoi qu'il en soit, monsieur le comte, je crois

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avoir au moins coupé une tète de Thydre anglaise. Je tiens à vos ordres le capitaine d'Éon, brave officier, grand politique et rempli par la têie de tout ce que les hommes ont de plus viril. Je porte au roi les clés d'un eoffire de fer bien scellé de mon cachet, bien déposé, et contenant tous les papiers qu'il importe au roi de ravoir. C'est ainsi que j'en usai envers le feu roi au sujet d'un autre expatrié dont on redoutait la plume ^ Au moins, pendant que je vais essayer de finir auprès de vous l'œuvre commencée auprès de d'Éon, le roi et vous serez bien certains que tout reste in statu quo en Angleterre, et qu'on ne peut abuser de rien contre nous, d'ici & la fin de la négociation, que je crois à peu près £nle.

« J'irais, dès ce moment, vous donner tous lés détails de mes soins et de mon travail, si je n'étais chargé que d'un seul objet; mais je suis à la fois chargé de quatre, et je me vois obligé de partir pour la Flandre avec milord Ferrers et dans son vaisseau. Il ne serait pas juste que le roi et M. de Sartines fussent moins contents de moi que le roi et M. de Vergennes.

« En politique il ne suffit pas de travailler, il faut réussir; ou bien l'on n'obtient pour salaire, au lieu de récompense, qu'un sourire amer, et l'on n'est qu'un pauvre homme. Je vais donc tâcher de réussir ; et je ne me reposerai plus que je ne vous aie instruit du véritable état des choses en Angleterre, lequel état devient plus important à bien connaître de jour en jour ; et sitôt que Je serai aussi tranquille sur les objets de M. daSartines

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