‹ Mémoires sur la chevalière d'ÉonChapitre 71 sur 102 · BiblioUiëque de Tonnerre · texte numérisé non relu

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SUR LA CHEVALIÈRE d'ÉON 311

percluse de la moitié de mon corps, avec des douleurs cruelles de rhumatisme goutteux que je n'avais jamais éprouvées auparavant. Cette maladie m'est survenue parle défaut de Texercice du cheval, des armes, de la chasse et de la promenade, auxquels j'étais si accoutumée, et que je ne peux plus prendre sous mon nouveau vêtement, à moins de faire courir tout Paris et tout Versailles après moi.

c De plus, je ne suis pas assez riche pour sufSre aux dépenses qu'entratne nécessairement mon nouveau genre de vie. Dans l'état actuel où je suis, il ïjae faut des domestiques, une voiture, des robes et des chiffons sans fin pour sortir ; au lieu que dans mon ancienne vie militaire, un seul uniforme, un seul cheval et un seul domestique me suffisaient.

« Je prends donc la liberté, monseigneur, de vous supplier en grâce d'intercéder pour moi auprès du roi et de ses ministres, et de vçnir au secours de ma bourse et de ma santé également compromises. Si vous ne pouvez pas, monseigneur, déterminer M. le comte de Maurepas à me laisser la liberté constante de reprendre les habits d'homme, obtenez-moi au moins celle de les porter tous les jours ouvriers de la semaine, pour que je puisse reprendre les exercices qui sont salutaires et indispensables à mon existence. Que je ne sois obligée de porter mes habits de fille que les fêtes et dimanches! Monseigneur, obtenez-moi cela, et je vous bénirai.

« La chevalière d'Éon. »

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Cette seconde demande fiit rejetée comme la première.

Cependant le cabinet de Versailles venait de prendre ouvertement parti pour les États-Unis d'Amérique, el de signer avec Benjamin Franklin, leur envoyé, mi traité d'alliance et de commerce. La guerre était déclarée entre la France et TAngleterre. A cette nouvelle, le chevalier d'Éon se leva de son lit de douleur. Il se flatta de Tidée qu'il pouvait être encore utile à sa patrie, et espéra qu'en échange des services que son bras pourrait rendre, on consentirait enfin à le délivrer des liens qui Tendialnaimt. H écrivit donc pour la troisième fois.

A M. DE SAtTINES

« VarsaiUe^ 4 aoCkl 177S \

« Monseigneur,

« Pardonnez-moi si je prends la liberté de vous importuner encore. Mais je vous dirai qu'après tout ce que j'ai fait depuis trente ans, en guerre et en paix, je suis honteuse et malade de chagrin de me trouver en jupes au moment où l'on va entrer en guerre, et dans ud temps oîi je puis servir mon roi et ma patrie avec le zèle, le courage et Texpérience que Dieu et mon travafl m'ont donnés.

« Je peux bien, par obéissance aux ordres du roi et de ses ministres, rester en jupes en temps de paix; mais en temps de guerre, cela m'est impossible. Je n'ai

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