‹ Mémoires sur la chevalière d'ÉonChapitre 72 sur 102 · BiblioUièque de Tonnerre · texte numérisé non relu

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SUR LA GUEVÀLltEE d'ÉON 313

pas Tâme, ni d'un moines ni d'un abbé, pour manger en ne faisant rien, tandis que tous mes compatriotes se battront pour leur pays, la pension que le feu roi a daigné m'accorder. Laissez-moi reprendre mon uniforme et mes armes, et je sacrifie au service de Tauguste petitfils de Louis XV et ma pension et ma vie. Âidez-moi, Monseigneur, à sortir de l'état léthargique oh Ton m'a plongée, qui a été Tunique cause de ma maladie, et qui afOige tous mes amis et mes protecteurs guerriers et politiques, notamment M. le maréchal de Broglie qui, à son départ de Paris, a eu la bonté de me promettre de m'employerde nouveau dans l'élat-major de son armée, aussitôt que j'aurais la permission du roi de porter les habits d'homme!

c Je vous supplie instamment, monseigneur, de m'obtenîr du roi, pendant la guerre seulement, ce droit dont j'ai joui toute ma vie ; droit dont j'ai su bien user pour le service de Sa Majesté, en politique et en guerre; qui m'a mérité le brevet de capitaine de dragons et des volontaires de Tarmée, depuis vingt et un ans ; qui m'a valu trois blessures à la guerre, et enfin la croix de Saint-Louis pour l'affaire à'Osterwich, en octobre 1762, oii je commandais en second.

tt Moi qui, dans ma jeunesse, n'ai jamais abusé de ce droit, je n'en abuserai certainement pas à présent, à Tâge de cinquante ans. Je ne m'en servirai que pendant le temps de cette nouvelle guerre, et à la paix je me soumettrai à reprendre mes habits de femme. Je donnerai en outre, par écrit, ma parole d'honneur à tous les ministres, de n'attaquer jamais personne que les ennemis de la France. Vous entendez ce que je veux dire. Je

me réserverai simplement le droit naturel, dont je me suis uniquement servi, de me défendre contre ceux qui pourraient m'attaquer.

« J'attends en tremblant votre réponse, et suis votre très-humble et respectueuse servante,

« La chevalière D'Éoif. »

Même et impitoyable refus.

Ne pouvant rien obtenir de ses geôliers^ il chercha à s'éloigner d'eux afin d'échapper à leurs yeux et de tromper leur vigilance.

Il avait encore à Londres une partie de ses effets, un mobilier considérable, ses papiers et sa bibliothèque» « consistante, dit-il, en huit mille volumes et deux cents manuscrits précieux, laissés par moi dans mon logement pour lequel je payais toujours un louis par semaine. y> Il demanda la permission de faire un dernier voyage en Angleterre pour vendre ou rapporter les divers objets qu'un plus long délaissement pouvait détériorer, et aller porter remède à ses divers intérêts en soufirance. Sa* requête fut rejetée, ainsi que nous l'apprend la lettre ci-dessous.

A M. DE VERGBNNES

R Versailles, 31 octobre 1778 *

« Monseigneur,

« J'ai reçu la réponse dont vous m'avez honorée hier, en me notifiant les intentions du roi par rapport

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