BiblioUiëque de Tonnerre
SUR LA CHEVALIÈRE d'ÉON 315
à la permission que je désirais obtenir de retourner en Angleterre. Je n'ai point d'autres volontés que celles du roi et les vôtres. En obéissant, je me contenterai de vous observer que, pour avoir 'été docile à l'invitation que vous m'avez faite de revenir en France, je me trouve par ce retour, par ma métamorphose, par une longue maladie, par cette guerre, par la mort presque subite de milord Ferrers*, par le non-paiement de ce qui me reste légitimement dû, je me trouve, dis-je, ruinée dans ma santé, ma petite fortune, mes effets et ma bibliothèque, cette maîtresse si chère à ma bourse et à mon cœur I Je croyais que cela pouvait demander un moment de considération de la part d'un ministre éclairé et équitable comme Test M. le comte de Vergennes, qui m'avait promis de me rendre heureuse à mon retour en France ; qui m'avait promis de me laisser aUer où je voudrais^ suivant sa lettre du 12 juillet 1777, et suivant la promesse de Louis XV, tout écrite de sa main, du !•' avril 1766, et lequel ministre sait que je ne suis ni heureuse, ni libre, dans les circonstances où je me trouve.
« ie n'ignore pas que vous pouvez me dire que la guerre présente change les circonstances. A cela je répondrai : « Que je ne vais pas en Angleterre pour y intriguer, mais uniquement pour mes affaires personnelles; que je suis si connue du roi et delà reine d'Angleterre, de ses minisires, de milord Bute, son favori, et du public breton, qu'ils me croient sur ma simple
1. Nous n'avons point trouvé dans les papiers du chevalier d'Éon de détails sur la mort du bon et brave marin qui fut si longtemps son ami dévoué.
316 LA VÉRITÉ SUE LÀ CHEVALIÈRK d'ÉON
déposition, tandis que les ministres anglais et autres ont bien de la peine à y gagner confiance avec toute k pompe de la majesté. J'ai par écrit Tassurance que je serai bien reçue à Londres, et j'aurai celU du roi d'Angleterre lui-même quand je voudrai ; mais je n'en ferai jamais usage qu'avec celle du roi et la vôtre. Je connais trop bien les lois anglaises et françaises pour ne pas savoir que je puis aller à Londres quand je voudrai, et que je n'y vais pas, uniquement par ce que je veux obéir au roi mon maître et à son ministre.
tt Je suis et serai toujours, avec un respectueux attachement,
€ Monseigneur, « Votre très-humWe servante,
« La chevalière d'ÉoN. »
Les ministres ne furent point touchés de cette humble soumis^on, de cette résignation passive^ L'heure de l'expiation était venue!
1. Cette volonté docile et courbée devant celle de ses maîtres, te rtdressa cependant dans un posl-scriptum^ au seul nom de Beaumarchais»
« Quant à M. de Beaumarchais, dit-il, qui a subtilisé et tronapé milord Ferrers en ne payant point les billets qu'il avait promis de retirer, et en ne s* acquittant pas davantage avec moi des paiements en garaaiif desquels il m'avaii donné sa parole, j'ai le plus souverain mépris poor lui, pour ses protecteurs, ses fkuteurs, adhérents et sectateurs; et on temps viendra que Je communiquerai audit Caron, per argumênjum mi hominem^ ma façon de penser en fait de bonne foi et d*honneur. Voili, monseigneur, comme pense et doit penser un ancien ooofldtDt de Louis XV, un anciea capitaine de draf^ons, on ancien chevalier de Saiot- Louis, un ancien censeur royal, un ancien ministre plénipotentiaire de France, un anciea gentilhomme bourguignon, et une nouvelle ( de ma trempe ! »