‹ Mémoires sur la chevalière d'ÉonChapitre 79 sur 102 · AU PEUPLE AMÉRICAIN TOUT ENTIER · texte numérisé non relu

AU PEUPLE AMÉRICAIN TOUT ENTIER

« Américains, je vous ai servis avec un zèle infatigable, je n'en ai reçu dans ma vie qu'amertume pour récompense et je meurs votre créancier. Souffrez donc qu'en mourant je vous lègue ma fille à doter avec ce que vous me devez. Peut-être qu'après moi, car d'autres injustices dont ie ne puis plus me défendre, il ne lui restera rien an mondfe, et peut-être la Providence a-t-elle voulu lui ménager, par vos retards d'acquittement, une ressource après ma mort contre une infortune complète. Adoptez -la comme un digne enfant de l'État. Sa mère aussi malheureuse et ma veuve, sa mère vous la conduira. Qu'elle soit regardée chez vous comme la fille d'un citoyen ! Hais si, après ces derniers efforts, si, après tout ce qui vient d'être dit, contre toute apparence possible, je pouvais craindre encore que vous rejetiez ma demande; si je pouvais craindre qu'à moi ou à mes héritiers vous refusiez des arbitres, désespéré, ruiné, tant en Europe que par vous, et votre pays étant le seul où je puisse sans honte tendre la main aux habitants, que me resterait-il à faire, sinon à supplier le Ciel de me rendre encore un moment de santé qui me

{)ermlt le voyage d'Amérigue? Arrivé au milieu de vous, a tête et le corps affaiblis, hors d'état de soutenir mes droits, faudrait-il donc alors que, mes preuves à la main, je me fisse porter sur une escabelle à l'entrée de vos assemblées nationales, et que, tendant à tous le bonnet df la liberté, dont aucun homme plus que moi n'a contribué à vous orner le chef, je vous criasse : Américains, faite» l'aumône à votre ami, dont les services accumulés n'ont eu que cette récompense. Date obolum Belisario,

Pierre-Augustin, Caron de Beaumarchais.

D^auprès Hambourg, ce 10 avril 1705.

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