‹ Mémoires sur la chevalière d'ÉonChapitre 80 sur 102 · INSTRUCTIONS DU CHEVALIER DOUOLASS ALLANT EN RUSSIE · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS DU CHEVALIER DOUOLASS ALLANT EN RUSSIE

l"]aml755.

La situation de TEurope en général, les troubles qui se sont élevés Tannée dernière en Pologne, ceux que Ton craint d'y voir reoattre, la part que la cour de Pétersbourg y a prise, l'apparence qu'elle va conclure dans peu un traité de subsides avec TAngleterre par le ministère du chevalier Williams, nommé ambassadeur de Sa Majesté britannique aunrès de l'empereur de Russie, tout demande que l'on donne la plus grande attention aux démarches et à la situation de cette cour.

Depuis lon^mps Sa Majesté if*y entretient plus d'ambassadeur, de ministre, ni môme de consul; par conséquent on en ignore presque entièrement Tétat, d'autant plus que le caractère delà nation et le despotisme jaloUx et soupçonneux du ministère ne permettent pas les correspondances usitées dans d'autres pays.

On a pensé que pour avoir des notions^ sur lesquelles on pût compter, de ce qui se. passe en Russie, il convenait d'y envoyer, sans aucune qualité apparente ni secrète, un» personne capable de bien examiner par elle-même cette cour, et d'en venir rendre compte ensuite. Un Français ne pouvait être propre à cette commission. Malgré l amitié que Von suppote toujours que l'impératrice de Russie a pour Sa Majesté^ et fon penchant pour la nation française, un sujet du roi serait

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certainement trop observé en Russie par le ministère poor qu'il y pût ôlre util^, de quelque prétexte qu*il se servtt poor cacher le motif de son voyage.

Par celte raison on a jeté les yeux sur le Sr... qui, étant sujet du roi de la Grande-Bretagne, ne pourra donner aucun soupçon.

Les bons témoignages que Ton a rendus de son intelligence et de son zèle font eiap^T f u'il s'acquittera dm «eite commission avec succès.

On propose de le faire partir d^îci de la manière la plus indifférente, comme un gentilhomme qui voyage uniquement pour sa santé et pour son amusement. C'est un usage suivi par beaucoup de ses compatriotes, par conséquent on n'y fera point d'attention. Il ne faut poîat qu'il parai>se avoir aucune relation avec les ministres de Sa Maje4é, ni en France, ni dans ses voyages, ne devant en voir aucun dans les différents endroits où il en pourrait trouver. Il peut partir avec un simple passeport.

Pour éviter les questions quV)H pourrait lui faire dans les grandes cours d'Allemagne, par la curiosité qu'il pourrait exciter, il paraît convenable qu'il enti'e en Allemagne par It Souabe, d'où il passera en bohème, sous prétexte d*y voir, pour son instruction, les différentes min^s de ce royaume. Les oomvaîseaiKes qu'il a lie la tmiaéralogie peaveai servir de prétexte à ce voyage.

De Bohème il ira en Saxe, où il se rendra par la même raison aux mines de Friberg.,

Après y avoir satifait sa curiosité, il passera à Dantâck, mi par la Silésie, Varsovie et Thorn, soit par la Poméraaie bmiMebourgeoise, en allant à Francfort sur l'Oder, et de là à Dantzick par la route qui lui conviendra le mieux.

Il séjournera dans cette ville pendant plusieurs joars poor Mtoher d'approfondir la cause des d<^mélés oui subsistent de^ puds quelques années entre le magistrat et la bourgeoisie, et pénétrer, s'il eetpossiblei les causes de ces dissensions, ce qai les fomente, et si elles sont soutenues par quelque puissaaoe étrangère.

De là, il continuera sa route par la Prusse, la Curlande, oè il séjournera aussi, sous prétexte de se reposer, mais dans la vue de savoir en qoel état est ce duché, ce que pense la ne- Messe curlandaise de Te^il et de la déposition du doc de Curlande, et des vues du ministère russe pour cemfier ettk wrincipauté. Il sMnformera aussi de la manière d'en administrer les fevtnus et la justice, et du nombre de troupes qae la Russie y entrelient.

De Gurlanie, il passera en Livonie et suivra la grasde nMte jusqu'à Pétersbourjr. S n pr mier soin, en y arrivant, sera 4e répandre, «ans afPe station, la cause de son voyage, qui a'eril que de p»re curiosité; il <^erchera à ee r>ire des motLom^ Sanœs qui puissent l'entretenir de ce qu'il dtoire saroir, 11 ae

nÊCBS JUSTfPICATIVBfe WH

peut apporter trop de circonspection à la manière dont il fera ses recherches ; il ne doit marquer d'affection pour aucune nation plus que pour les autres. Quoique la cause qui Ta fait sortir d'Angleterre paraisse devoir Tempècher de faire connaissance avt c le chevalier Williams, cependant si, comme îl rassure, il n*en est point connu, il pourra le Voir comme iodt Anglais doit voir le ministre d'Angleterre.

Il s'informera , aussi secrètement qu'il sera po?sible, àt saccès des négociations de ce ministre pour les troupes è fournir à l'Angleterre;

Du nonnbre de troupes que la Russie entretient actuellement, de l'état de sa flotte et de ses vaisseaux et galères;

De ses finances, de son commerce, de Ta disposition de là nation pour le ministère présent; Du degré de crédit du comte de Bestucheff ; De celui du comte de Woronzow; des favoris de Timpératrice, tant pour ses affaires que pour ses plaisirs; de Vm^ fluence qu'ils peuvent avoir sur les ministres; de l'union ou de la jalousie qui règne entre les ministres, et de leur conduite vis-à-vis des favoris; du sort du prince Yvan, ci-devant tzar, et du prince de Brunswick, son père ;

De l'affection de la nation pour le grand-duc de Russie^ surtout depuis qu'il a un Gis; si le prince Yvan a quelques partisans secrets, et si l'Angleterre les soutient;

Du désir que les Russes ont de vivre en paix, et de leur éloignement pour la guerre, surtout en Allemagne;

Des vues de la Russie sur la Pologne, pour le présent et pour les cas à venir ; De ses projets sur la Suède ;

De l'impression qu'aura faite la mort du sultan Mahmoud, et de Favénement d'Osman au trône ; de ses ménagements pour la Porte ;

Des causes qui ont fait rappeler d'Ukraine le comte Rasomowski, hetman des Cosaques;

De ce qu'on pense de la fidélité de ces peuples, et 4e la manière dont ils sont traités par la cour de Pôiersbourg;

Des sentiments de l'impératrice pour la France, et de ceux que son ministère lui inspire vraisemblablement pour l'empêcher de rétablir la correspondance avec Sa Majesté ; Des factions qui peuvent diviser la cour; Des sujets , tant hommes que femmes , en qui l'Impératrice peut avoir confiance ;

De ses sentiments et de ceux de bbb minivtveB foar les cours de Vienne et de Londres ;

Enfin de tout ce qui peut intéresser le service eu la curiosité de Sa Majesté.

Il rassemblera toutes ces connaissances autant q«e le pays, peu communicatif, lui permettra de le faire.

n prendra des notes sur tous ces objets, qui sorvirottt à former un mémoire qu'il ne fera et n'enverra en France qu^vi^rts

être sorti des Etats de Russie, ou dans le cas que le miDistre de Suède à Pétersbourg, à qui on fera écrire de se charger de ses paquets pour les envoyer par un courrier à Stockolm, en dépêchât en Suède. 11 ne risquera jamais rien par la poste or^ diuaire que Tu vis de son arrivée et les progrès qu'il pourra faire dans la recherche des différents articles détaillés cidessus; et, pour le faire, il se servira d'un tangage allégorique et très-court dont on conviendra avec lui, et des aoresses qu'on lui indiquera.

Lorsqu'il croira avoir rempli à peu près tous les objets [u'on vient de dire, il en informera afin qu'en lui donne orire de revenir en France, ou par la même route, ou par la Suède, sous le môme prétexte d'y voir des mines, atin de continuer à cacher le sujet de son voyage en paraissant toujours avoir en vue le même objet.

Grest de la manière dont il remplira une commisîon si im-

Sortauteet si délicate, qu'il peut espérer que Sa M>ijesté, dans 'autres occasions, usera de ses talents et de son zôte, et par conséquent les gi&ces qui lui marquent la satisfaction qu'elle aura de ses services.

MANIÈRE ALLÉGORIQUE d'ÉGRIRE GONVBNUE AVEC M. LE CHEVALIER DOUGLASS ALLANT EN RUSSIE

l«'Jainl755.

Le fond du langage allégorique sera des achats de fourrures.

Le renard noir signifiera le chevalier Williams ; s il réussit, e renarl uoir sera cher, parce qu'on a donné d'Angleterre commission ri'en acheter.

Ces mots l'hermine est en vogue, sîgnifieront que le partirussien domine, et que par conséiiuent les étrangers n'ont pas de crédit. Si au «ontraire le parti autrichien, à la tète duouel est M. de Bi stucheff, est prépondérant, on écrira que le mf cerner a aussi son prix.

Oq fle servira de cette phrase, les sobolei ou martres zibelines diminuent de prix, pour marquer la dimiDution du crédit de M. de BestuchelT; ou, elles $otU toujours au même prix, pour indiquer qu'il est toujours dans la même faveur. Les peaux de petits gris signifieront les troupes à la solde d'Angleterre. Pour l'entendre, on augmentera toujours de deux tiers en sus le nombre des peaux à envoyer, pour signifier le nombre des troupes, de sorte que dix peaux signifieront trente mille hommes, et vingt soixante ou soixante- dix.

M*... n'écrira point qu'il enverra les fourrures, mais il marquera seulement qu il les apportera en revenant.

En passant à Dantzick, M*... enverra un de ses domestiques à Grandeutz, petite ville de la Prusse polonaise, y mettre à la poste une lettre dans laquelle il donnera avis de ce qu'il aura [)u découvrir à Dantzick des dissensions entre le magistrat et la bourgeoisie. Cette lettre portera l'adresse de M*..., etc.

Ces lettres seront en btyle de lettres de change, et selon le plus ou moins de succès dans les recherches, ce qui fera allonger ou diminuer le séjour; on marquera que l'on a besoin de remises ou que l'on n'en a pas besoin.

Si l'on ne peut rien faire. M*:., marquera que l'air est tout à fait contraire à sa santé, et que l'on demande des remises pour pouvoir passer ailleurs.

Si M*... ne doit point passer en Suède, on lui répondra que, puisque sa santé souffre, on croit que le meilleur pour lui est de revenir en droiture.

Si au contraire on juge qu'il doive y aller, on le lui insinuera par forme de conseil.

Si l'on pense qu'il doive revenir, on lui marquera que l'on a trouvé ici un manchon, que par conséquent, on le prie de n'en point acheter.

Tout ceci, écrit en petits caractères et en abrégé, sera mis par M*... dans une tabatière d'écaillé à double fond^ ce qui ne pourra donner aucun soupçon.

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