CONFESSION DE TREYSSAC DE VERGY
Quelques mois s'étaient écoulés, dit le chevalier d'Eon^
S78 NÉGES l06TIltGATra»
depBk ma coodainTiatioa provisoire, lorsqu'un tnstiB je vie paraître chez moi Treyssac de Vergy, que ie n'avais paa r^H MnCré depuis la soène de mon c&inet. Il se présenta à moi avec assurance, et me dit : « Monsieur, vous éevez 6tre étoMié de ma visite, • — Je Tétais en effet. — « Mais qmtt^ le motif vous en sera connu, j'espère qu'il m'aura reooMjuii dans votre cœur une partie de Veslirae que notre dermère entrevue m'a fait trop légitimement perdre. » Intéressé «h taut que surpris par ce début qui avait quelque chose de tfaèitral, et était empreint d*un air de franchise remarquable, dont
i*e ne pus m'cmpôcher d'^re frappé, je le priai de s'asseoir et ui déclarai fr âdement, mais poliment, que Tétais çrèt à reotendre. — ^ « Je suis un bien grand misérable, reprit^il incsotinent, et vous allez bien me mépriser pour tout ce que je vus vous dire, monsieur, si vous ne tenez pas compte des remorés et du courageux repentir qui me font parler ; si mes der» nières actions enûn ne rachètent pas les premières dans Totre esprit! >
Après cet exorde, qui excita de plus en plus mon impatîeoee et ma curiosité, il continua :
« D'abord je dois vous prouver, monsieur, ainsi que jVa avais pris l'engagement autrefois, que je suis véritablement homme de bonne maison. Voilà mes papiers de famille et bob diplôme d'avocat au Parlement de Bordeaux. Voilà aussi les papiers qui établissent que je suis bien gendre de M^ la baronne de Fagan^ épouse, en secondes noces, de M. LeUmn^wt^ ancien picmier commis du bureau de la guerre à Versailles. Tels sont mes titres ; quant à mes biens, je ne vous dirai pas où ils sont : je n'en ai plus. J'ai dissipé mon patrimoine e( mangé la dot de ma femme qui m'a fait c..., et s'est séparée de moi, ou moi d'elle, peu importe. Voilà la vérité tout entière sur mes antécédens et ma moralité ; vous voyez que je ne vm flatte pas!...
c N ayant plus d'argent, je me suis fait homme de lettres et ai vécu pendant longtemps en tirant la Fortune et Apollon par la queue. Mais un beau jour, cette queue m'est restée en main, et Je suis tombé, s ms ressources aucunes, sur le pavé. C'est alors que ma mauvaise étoile et le besoin m'ont fait entrer, sans le savoir, dans le complot dont vous êtes victime, et qui s'ourdissait contre vous à Versailles dès ce temps-là, c'est-èd ire avant le départ du comte de Guerchy... »
Ici, je m'approchai de mon homme, et je Técoutai plus attentivement.
« Une brochure en deux volumes, ayant pour titre let V$ë§e$^ que je fis imprimer vers la tin de 1762, et qui souleva contre moi les trois quarts des sots et des femmes galantes de Paris, m'avait lié avec le comte d'Argental. Je n'avais d'autrbs certitudes sur son caractère que la parole du coonaiseeur âfa
PIÈCES fïïSnPICATIVBS S7t
$d, qni avait démoetrë dans de beaux vers, ^u'en fait de caractère, kdit comte n'en avait pas. Cette vérité, adopté© dans le grand monde, me persuadant que cette liaison me serait pins défavorable qu'avantageuse, je m'étais prêté avec asaei ie froideur à ses avances. Je m'étais même éloigné de lui avec tous les procédés nécessaires, lorsque mes amis, sachant Tintimité du comte avec M* le duc de Praslin, me conseillèrent de me rapprocher de loi. « On vous dispense d'avoir de Tes- « prit avec lui, me dirent-ils, ce serait un luxo inutile. Ëoou-^ c tez-1e seulement sans bâiller, si vous pouvez. Riez, mais « toujours hors de propos ; ne finissez pas en éloges sur ce « qu'il aime; surtout trouvez du dernier pitoyable Denys le « Tffrtm et les Contes moraux; ceci est indispensable si vous « voulez réussir. Que Sainte-Foy soit votre modèle enfin; c'est « par ce seul moyen qu'il est parvenu. » Je suivis cet avis ; et comme un pauvre diable qui ee noie s'accroche à tout, je m'accrochai au comte d'ArgeniaL Je le priai de demander pour moi au ministre, son ami, un consulat ou un secrétariat d'ambassade. Il me promit d'en parler effectivement, et me flatta de l'espoir du plus heureux succès. Par excès de précaution, je fis agir auprès de lui M"* la marquise de Villeroi qui, dans le premier feu de son ardeur, me recommanda à son amitié dans les termes les plus forts et les plus chauds. Quelques jours avant le voyage de Compiègne, je rencontrai le comte aux Tuileries. Il vint à moi et me dit qu'il avait parlé en ma faveur à M. de Guerchy, nouvel ambassadeur de France en Angleterre; que la cour était mécontente du secrétaire d'ambassade, M. d'Eon, et que j'obtiendrais sa place; mais qu'il ne faudrait la mériter, et savoir l'acheter, au bemn, par mon oonrage et par un dévouement aveugle aux ordres du comte de Gner^ et^. J'entrevis dès lors, aux phrases ambiguës de mon proteoleur, et plus tard à celles du futur ambassadeur auquel il me présenta, qu'il se tramait quelque machination dans laquelle j'allais être partie ; je ne cachai même pas à M, à^Argental les répugnances que ce soupçon m'inspirait; mais le vieux courtisan flatta mon ambition. Puis la faim, dit-on, fait sortir le loup du bois, et j'avais faim I J'engageai donc ma docilité, sans oon naître précisément la portée de mon engagement, et fus envoyé à Londres quelcjues semaines avant l'ambassadeur. Oh vouiait se servir de moi pour vous perdre, comme on espérait perdre par vous MM. de BrogIie,car c'était là le double plan de vos ennemis. Ce tut dans ce but qu'on fit de moi successivement un instrument de scandale, un ferrailleur et an pamphlétaire. On avait spéculé sur ma misère pour m'i m poser ces différents rôles, que j'eus la faiblesse de remplir pendant quelque temps, et sous lesquels ma conscience a plutôt encore plié que mon courage. Croyez-le. Le jour où po ssé contre vous pour la première fois, dans les salons et par la main secrète de l'ambassadeur, je vous dis : M, d'Eon, vous ne savez pas le $arl qui vous attend en France! ces mots étaient pour vcus un
avertissement que m'arrachait le remords. Une parole d'encouragement et de conciliation de votre part, et je voas dévoilais le comptot d'iniquités tramé contre vous. Mais M. le comte de Keiserliu entra et ma bouche se ferma. JVtais sous la dépendance du comte de Guerchy, dont j'attendais mes moyens aexiètence; je me tus, pour ne pas perdre mon pain. A vingtcinq ans l'estomac est une des parties intégrantes de la conscience. 11 a voix délihérative à son tribunal interne, et lorsqu'à son cri aigu se joint le cri rauque et creux des entrai lles^ leurs voix uni- s sont presque toujours prépondérantes... »
Je ne pus m'empècher de rire à^ cette théorie explicative des jugements prononcés par notre' for intérieur. Il en rit comme moi, puis reprit : « Mais les exigences de l'ambassadeur s'étaient siccrues avec ma complaisance et vos triomphes. Après avoir tout employé inutilement contre vous, tout JQ9qu'au poison (car vous avez été empoisonné par l'opium, monsieur, je l'ai su de l'ambassadeur lui-même et vous l'apprends) on m'a proposé de vous tendre un guet-apens ; on m'a proposé de vous assassiner ! On choisir, pour me faire cette inf&me proposition, le moment où, ayant épuisé toutes mes avances et n'ayant encore rien reçu de l'ambassadeur, j'avais le plus grand besoin d'argent. J'avais souscrit à mon bôtellier, pour mon logement et ma nourriture depuis mon arrivée à Lionares, des reconnaissances que j'espérais acquitter avec mes appointements en espérance. Ces billets étaient échus, et faute de paiement immédiat, je courais risque d'être emprisonné. Le comte de Guercby le savait, et me tendit une bourse d'une main, mais un poignard de l'autre. J'ai repoussé la bourse et le poignard, car je suis un mauvais sujet, un misérable môme, si vous voulez, mais je ne suis pas un assassin !... Peu de jours après, je fus arrêté et incircêré pour dettes. En vain je réclamai les secours de celui qui m'avait fait quitter la France par son ordre et attaché à son service. Il ne me répondit point; prières et menaces furent inutiles. Il a rejeté les unes parce que, croyant s^emparer à coup sûr de votre personne, aa moyen des exempts de M. de Sartines, je ne pouvais plus lui être utile. Il a dédaigné les autres parce que j'étais prisonnier, et que je ne pouvais plus lui nuire. Mais si j'avais perdu la liberté d'aller et de parler, il rae restait celle d'écrire ; j'en usai. Ayant appris le procèH qui vous était fait, procès intenté à l'innocpnt par le coupable, je rédigeai, dans ma prison, une lettre aux Français pour servir à votre jusliûcation. L'imprimeur, Haber-Korn in Grafion streety l'imprimait en secret, quand un prisonnier me trahit. Mon manuscrit a été enlevé des presses de l'imprimeur, en vertu d'un ordre signé parM.iVior- (011, le procurtur général, et par milord Jfafu/i^, cbef de justice et votre juge dans le procès Guercby. Bientôt le geôlier Fargusson vint m'annoncer qu'en vertu d'un warrant^ ou ordre spécial, j'allais être transféré à Newgate^ prison des voleurs et des meurtriers ; mais mes cris de désespoir furent entimdus de
mes parents et amis. Grâce à leurs secours, ma liberté fut rachetée, et le premier usage que j'en ai voulu faire a été pour vous. Le comte de Guerchy a rompu les engai^ements d'noiv neur qui le liaient à moi, il m'a dégagé des miens. Son excellence a osé vous traduire en justice; usez, monsieur, de mes révélations comme bon vous semblera pour votre défense ; je me mets à votre disposition. J'avouerai mes fautes et dévoilerai votre innocence à Londres, à Paris, à Versailles, à toute la terre, s'il le faut *. Heureux si je puis réparer, par un peu de bien, une partie du mal que je vous ui fait!... »
« Etes-vous prêt, monsieur, lui dis-je, avec le saisissement inexprimable que m'avait causé celte révélation, étes-vous
Srét à affirmer et signer tout ce que vous venez de m'apprenre?
— Je suis prêt à l'affirmer devant Dieu et les hommes, à le signer de ma main et à le sceller de mon sang!
— C'est bien. Monsieur de Vergy, souvenez-vous des dernières paroles que je vous a^lressai le 27 octobre 1763. « Si « vous me prouvez que vous êtes un honnête bomxie, je serai « le meilleur de vos amis. » Vous venez de me donner cette preuve, je vous tiens dèâ à orésent ma parole. •
Et je lui pris la main. Le pauvre jeune homme avait les larmes aux ^eux,
« Ma famille me rappelle à Paris, me dit-il ; je n'ai point de moyens d'existence à Londres, mais j'y vivrai comme je pourrai et demeurerai auprès de vous jusqu'au jour de votre procès.
— Soit, vous partagerez mon pain ! »
Aussi bien n'avain-je rien de plus que du pain à lui offrir en ce moment. J'étais moi-même dans le plus grand besoin!...
1. n raconta, en effet, toute cette histoire dans ane Lettre à M, le 4ue de Choiuul^ qui fut imprimée et rendue publique en norembre 1764.
SSS KiCBS rasnricjiTim
LE CHEVALIER D*ÉON AU LORD BfANSFIELD, CHEF DE LA JUSTICE A LONDRES
« Loadrcs» le H Joia ITCè.
« Milord,
« Si mes premiers malheurs vous sont connus par le hroit public, je me vois forcé de vous exposer ceux qui me menacent. La justice, qui voit avec plaisir ea balance entre vœ mains équitables, me conduit elle-même sous vos yeux, poor j exposer un projet qui me met autant en péril que la liberté qui fait la base du gouvernement anglais.
« En contestation avec l'ambassadeur qm m^a succédé, je m'applaudissais en pensant que la justice d'un peuple libre et éclairé devait prononcer entre nous. J'en attendais l'oracle avec respect et confiance : ma partie adverse n'est sans doute pas dans les mêmes dispositions ; car, d'après la voix publique,
1e sais qu'on tente de me faire enlever par force ou par adresse. )éjà Londres fourmille d'officiers et d'espions de la police de Paris, ayant un capitaine. soudoyé à leurtête, mais dont le bat et le pian sont découverts. Ils entretiennent, $iUf U p$fU de Westmimtêr ei cêim de Lmàren, un bateau et six nHaaurs, afia que, s'ils parviennent à se saisir de ma personne, ils puissent ^en servir pour me conduire à Gravesend, où un petit vaisseau, monté d'une vingtaine d'bonynes armés, est prêt à faire voile pour la France à leur premier signal.
<« Il est inutile de vous exposer combien ce projet est atten* tatoire à la liberté nationale ; mais ce que je crois devoir soumettre à vos lumières, et cequevou^s concevrez facilement, c'est à quelles extrémités cela m'expose. Je ne contracte aucune dette, j évite tout inconvénient gui puisse, même involontairement, mettre la loi contro moi. Si donc cette loi paraissait s'armer contre ma liberté, je devrais nécessairement supposer que ce ne serait qu'un faux prétexte, pris par la haine de mes ennemis, pour me remettre à leur discrétion. Dans ce cas, milord, oserais-ie vous demander, à vous l'organe de ces lois qoi ne sont que l'interprétation des lois primitives et naturelles.
Meraisrje vous demander si la défense Biécepsaire ne me met> trait pas dans le cas de repousser la force par la force? Votre cœur, j'ose Le croire, voit avec frayeur cette extrémité; mais votre é<|uité, d'accord avec la nature, me pardonne déjà Jes malheurs qui peuvent en résulter. Telle est ma situation, milord ; c'est ce qui m'oblige à la mettre sous vos yeux, dans l'espérance que votre équité voudra bien m'ouvrir quelque avis que je puisse suivre, et qui soit également conforme et aux besoins de ma sûreté et aux loia d'un pays que j'aime autant que je l"i dois.
m J'ai l'honneur d'être, etc.
♦ « Le chevalier d'Éon. »
Pareil avis, en forme de consultation, fut transmis au lord Bute et à William Pitt (lord Chatam) ce grand homme, père d'un grand fils, dont la réponse autographe est tout entière en français.
LETTRE DE WILLIAM PITT AU CHEVALIER d'ÉON
« Stayes, ce 23 Juin 1764-
« Monsieur,
« Je reçus hier l'honneur de votre lettre, m'apprenant le risque où vous croyez être exposé, contre la liberté anglaise, d'être enlevé par des ofliciers de la connètablie de Paris, actuellement à Londres pour cet effet, et d'être conduit par force en France. Comme un attentat de celte nature porterait directement atteïote au droit territorial, il se voit que c'est une matière qui intéresserait bien plus immédiatement la dignité du souverain et l'autorité du gouvernement de tout paye, que les libertés particulières de la nation .-inglaise. Au reste, monsieur, quoique ce soit assurément me rendre justice que da m'attribuer les sentiments que l'humanité dicte en une occasion pareille, je me persuade néanmoins que, vu l'extrême délicatesse des circonstances, vous voudrez bien trouver boa que je me borne à plaindre une situation sur laquelle il ne
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m'est pas possible d'offrir des avis, que vous me témoignex désirer d'une manière très-flatteuse pour moi... Egalement incapable d*ôtre insensible aux malheurs d'un homme de service et de talents si distingués, ou de paraître m'éloigaer de ce que je dois à la personne de monsieur Tambassadear de France, et de cette vénération dont je fais profession pour l'auguste monarque qu'il représente, je me flatte que vous ne désapprouverez pas cette façon de penser, et que vous n'en serez pas moins assuré des sentiments de considération avec lesquels j'ai l'honneur d'ôtre, monsiear,
« Votre très-humble et très-obéissant ^rviteur, « William Pitt. ■
LE CHETVALIER d'ÉON AU CAPFTAINE DE POMMARD
4 Londres, le 5 Juillet 17§4.
« Monsieur,
« J'ai reçu la lettre que vous m'avez tait l'honnear de m'écrire le 30 juin, et j'y aur.iis répondu sur-le-champ sans les différents embarras où je me trouve, tant par mon procès que par l'arrivée d'une troupe d'exempts et d'espions de Paris et Me la banlieue, qui ont fait une descente en Angleterre, sur un bateau plat ou un plut bateau. Malheureusement pour eux, j'ai éventé le projet dès leur arrivée, et vous avez dû voir de quelle façon les papiers publics ont pris ma défense. De mon côté, j'ai mis mes espions en campagne; je sors tous les jours, comme à mon ordinaire, mais avec les sûretés qa'un capitaine de dragons doit prendre en temps de guerre. Je ne puis trop me louer du zèle, de l'intelligence et de la bonne volonté que notre ami Eeda et Lavigne m ont témoignés en cette occasion. Ils ont reconnu les deux chefs, et les ont tellement suivis partout, qu'à la fin i!s ont été interloçiués ; la peur les a pris, et ils se sont évadés depuis plusieurs jours, ou du moins ils ne paraissent plus. Taodfis qu'ils étaient à Londres, j'ai
affecté de passer au milieu d'eux ; s'ils eussent fait le moindre geste pour me toucher seulement, ils auraient été mis en pièce par ma troupe et moi. Nous faisons tous les jours la petite guerre, et la nuit des détachements et des reconnaissances, soit à Eenela, soit à Pbaksal ;• je suis alors toujours à la tête, pour encourager ma petite troupe, qui n'a déjà que trop d'ardeur. Je désirerais que vous fussiez ici ; comme un capitaine d'un grand courage et d'une grande expérience, cela vous amuserait un peu. Dans ce pays, les coups de force sont peu à craindre ; je suis plus en garde contre les ruses et les subtilités des gens que je ne connais pas, et des faux amis encore plus dangereux, c M. de Guercby, le i>auyre cher homme, attend que son
Srocès soit jugé par les iurês pour partir et ne plus revenir. In ne m'a fait signifier les griefs qu'à la fin de juin, pour y répondre le 9 juillet, fin de la session du terme. J'ai fait ce qu'on appelle ici un affidavU^ c'est-à-dire une demande pour que mon procès soit remis à l'autre terme, pour faire revenir quatre témoins absents que M. de Guercby a soustraits à ma défense, en les faisant retourner en France, soit par la force, soit par la crainte. Ma demande, foute légitime qu'elle était, m'a été refusée au grand étonnement de tout l'audfitoire, et au grand scandale de tous les avocats, qui ont été, à cette occasion, révoltés contre le chef de Justice. Gomme il n'est pas possible à mes avocats, qui, quoique des plus habiles, ne saveut pas lire le français, de lire en huit jours un livre de six cents pages in-quarto, pour pouvoir répondre à tous les griefs, j'ai pris le parti de ne point répondre du tout le 9, et de me laisser condamner par défaut. Mes avocats ont trouvé le parti mAle, cou-* rageux, et l'ont fort approuvé ; ainsi je le suiviai. Mon adversaire, accoutumé aux fausses victoires, s'en retournera glorieux, comme un baudet, d'avoir triomphé à Westminster, sans avoir vu l'ennemi ; et à la Saint-Michel prochaine je recommencerai mon procès tout de nouveau. D ici à ce temps, j'aurai celui de travailler à une ample et magnifique défense contre la cabale de la cour, etc.
. « Je finis, mon cher ami, parce que j'aurais trop de choses à vous dire,
• d'Eon. »