‹ Mémoires sur la ChineChapitre 105 sur 220 · COSMOGONIE · texte numérisé non relu

COSMOGONIE

de nos jours; et, d'autre part, par le bouddhisme, traîné peut-être à la remorque de la philosophie chinoise.

L'union du yah et du yin s'appelle Tai-ki, c'est-à-dire ce qui est vaste, mais fini. Si l'on conçoit le Li uni au Tai-ki, ou dans le Tai-ki, on a l'unité trine, à laquelle l'historien Sso-ma tsyen dit que les anciens rois offraient des sacrifices. On peut admettre aussi que le Li et le Tmi sont indépendants du Tai-ki. On peut opposer au Tai-ki, conçu comme la matière dans le chaos, le Wb'-ki, c'est-à-dire ce qui n'est pas fini, l'infini, l'immatériel, ou regarder le Ww-ki et le Tai-ki comme une même chose. Si tout ce que je dis là n'est pas clair, ce n'est pas à moi qu'on peut s'en prendre. Si je développais plus longuement ces doctrines, ou si l'on en poursuivait l'étude, on les verrait devenir de plus en plus incompréhensibles ; elles sont comme une caverne où l'obscurité croit à mesure qu'on avance, et comme il n'y a point de trésor au fond de la caverne, il est préférable de s'arrêter sur le seuil.

Je dois cependant exposer en quelques mois la doctrine des deux principes yaîï et yin, doctrine qui parait fort ancienne.

Le yah est le principe mâle, le yin le principe femelle; le yah est le soleil, le yin la lune : l'un préside à l'année depuis le solstice d'hiver jusquà-celui d'été, l'autre pendant les six mois suivants. Le yah est le bon principe, c'est le principe des présages heureux ; le yin est le mauvais principe, le principe des présages malheureux : alternativement, les générations, les lieux de la terre, les êtres de la nature, les mois, les jours, sont soumis au yah ou au yin. C'est à l'équinoxe de printemps alors que le yah est dans toute sa force, que la végétation reprend ; c'est à l'équinoxe d'automne, quand le yin est tout-puissant, qu'on doit exécuter à mort les criminels. Du nombre de yah et de yin de divers degrés fournis par l'année, la saison, le mois, le jour de la naissance, le nom, etc., on déduit l'horoscope de chaque individu. La superstition des jours heureux et malheureux est, en Europe, aussi ancienne au moins qu'Hésiode. Le yah et le yin, rapprochés sur un même cercle et se pénétrant l'un l'autre, forment le Tai-ki, dont la figure se retrouve partout en Chine (1).

Les cinq éléments (2), les cinq points cardinaux, les cinq couleurs, etc., les quatre saisons et les deux principes, sont associés de la façon suivante, le sud étant placé en haut, ou, comme disent les Chinois, en avant, et le nord en bas, ou en arrière du tableau :

M) Pour la tracer, un cercle étant dessiné, on suppose dans le sens vertical un diamètre, et, par le milieu de chacun des deux rayons dont il se compose, on décrit deux demi-circonférences, l'une en haut, l'autre en bas ; le cercle est ainsi divisé en deux parties égales qui se débordent l'une l'autre.

(2) La théorie des cinq éléments chinois est très-inférieure à celle des quatre éléments des Grecs, qui représentaient les produits de la combustion, c'est-à-dire les résultats d'une analyse imparfaite.

Page 1