‹ Mémoires sur la ChineChapitre 108 sur 220 · CULTE IMPÉRIAL · texte numérisé non relu

CULTE IMPÉRIAL

d'autorité, à cinq Ti, ou cinq seigneurs, dont les noms diffèrent dans les deux livres, et qui paraissent personnifier les cinq points et les cinq éléments. On a dit cependant, depuis, que la religion des trois premières dynasties, c'est-à-dire des Ulya, des LU an et des Tuie« . embrassait seulement le ciel et la terre ; que les Tsin , qui succédèrent aux Taie», introduisirent le culte de quatre Ti, culte qui appartenait à leur petite nation, et que les Xan y ajoutèrent le cinquième Ti, auquel était attribuée la couleur noire; que plus tard on reconnut six ciels ou six noms du ciel, et que le nombre des grands sacrifices varia de deux à neuf.

Les Tao-ssô ont toujours eu une tendance marquée à personnifier la Divinité et à en multiplier les personnifications : ils onl imaginé trente-trois ciels, et ont mis dans le trente-troisième Yu-xwan ta-ti ; mais au-dessus de ce dieu ils ont encore placé trois seigneurs, Ti, ou même trois LUan-ti, ou peut-être un LUan-ti et deux Ti. Ces inventions ont paru impies et déraisonnables aux philosophes : l'empereur ssîi Xweits«n avait proclamé la divinité de Yu-xwan uian-ti; il mourut captif des Tartares, et ses malheurs furent regardés comme un châtiment du ciel. « Il y a très-certainement un souverain seigneur, dit Turs-uii, car le ciel, très-fort et très-rapide, roule naturellement sans cesse... Mais ce n'est point ce que les Tao-sso disent, qu'il y a trois seigneurs très-purs, qui ont tels et tels habits et qui sont assis de telle et telle manière. »

La dynastie des Min abolit le culte de Tai-yi, celui des cinq seigneurs et celui des six ciels. On avait le plus habituellement sacrifié aux deux solstices, soit en même temps à la terre et au ciel, soit au ciel au solstice d'hiver, et à la terre au solstice d'été. Le sacrifice du solstice d'été a paru moins important que l'autre, et je crois qu'il est tombé en désuétude.

Les objets principaux du culte impérial sont le ciel, la terre, les aïeux (tyen, ti, tai); on peut y ajouter le soleil, la lune, les étoiles, les patrons de la dynastie et de l'empire : tous ces êtres célestes reçoivent des sacrifices ou offrandes de premier ordre (on distingue quatre ordres de sacrifices ou offrandes).

D'après une note de Medhursl, la dynastie actuelle accomplit la cérémonie du solstice d'hiver sur un autel rond, placé sur une plate-forme élevée de trois étages (1). Le sommet de l'autel est réservé à la tablette de LUan-ti ; les tablettes des ancêtres de l'empereur sont placées à droite et à gauche; celles des esprits qui président aux phénomènes de la nature, reléguées au second étage, ne sont honorées que par des

(I) Les lieux élevés onl été partout le Ihéùlre du premier culte : les autels ont été placés quelquefois, comme au Mexique, au-dessus de massifs en maçonnerie, quelquefois au-dessus d'échafaudages assez élevés; les prières et les sacrifices se sont généralement accomplis à ciel ouvert; quelquefois le toit des temples a été ouvert, afin que le culte pût monter jusqu'au dieu.

acrilices ou offrandes du second ordre. L'empereur, tandis que l'encens brûle, évoque l'esprit du Seigneur; il offre lui-même l'encens, s'agenouille trois fois, se prosterne neuf fois, en fait autant devant les tablettes de ses ancêtres; enfin il présente successivement à IHan-ti et à ses ancêtres les offrandes sacrées.

On n'admet aux cérémonies du culte impérial ni les prêtres des diverses sectes, ni les femmes; on admet ces dernières, cependant, aux sacrifices offerts à la divinité qui préside à la culture de la soie. Ceux qui prennent part aux cérémonies s'y préparent par la retraite dans un lieu pur, l'emploi de vêtements purs, l'ablution, un jeûne de trois jours : pendant ces trois jours, ils ne doivent ni juger des criminels, ni s'occuper des malades, ni être en deuil, ni fréquenter les fêtes, ni entendre la musique, ni cohabiter avec des femmes, ni user de boissons fermentées, ni manger des oignons, de l'ail, des poireaux.

Des prohibitions analogues et ces purifications se retrouvent dans les cultes de l'antiquité grecque et romaine et dans la plupart des autres. C'est une maxime constante de l'humanité qu'il faut être pur pour s'approcher des dieux. Les rapports sexuels, le contact des cadavres, sont généralement regardés comme des souillures dont il faut se purifier ; quelques peuples y ajoutent le contact des animaux carnivores ou de ceux qui se repaissent d'ordures. La purification, qui lave souvent aussi des crimes, est une cérémonie purement symbolique. On a découvert, de nos jours, que les ablutions, la circoncision, etc., étaient des institutions hygiéniques : on n'a pas montré, toutefois, que les chrétiens fussent, en Orient, soumis à plus de maladies que les musulmans; et il est permis de douter que l'hygiène ou la propreté puissent retirer quelque profit des ablutions de sable pratiquées dans le désert , des aspersions de sang en usage chez les anciens, des lotions d'urine de bœuf recommandées par Zoroaslre à celui qui a touché un cadavre, ou des frictions avec la bouse de vache, qui constituent la purification par excellence aux yeux des Indous.

Suivant que l'empereur rend son culte au ciel, à la terre, au soleil ou à la lune, il est vêtu de bleu, de jaune, de rouge ou de blanc : les autels du ciel sont ronds, ceux de la terre carrés ; les tableaux sur lesquels sont inscrites les prières sont, suivant le culte , de la même couleur que le vêtement impérial ; les caractères qui les couvrent sont rouges pour les cultes du ciel et du soleil, noirs pour les autres.

On appelle kyao les sacrifices offerts au ciel , et tt> ceux offerts à la terre ; les autres, qui ont pour objet le dieu lare de l'empire Ts-ti, le dieu des récoltes, ou les cinq puissances, sont offerts par les ministres ou les magistrats.

La succession des inclinaisons du corps (pae, ou tum-kjm), des agenouillements (kwcy), des redressements (min) et des prosternations (ko, ou ko-uiao, ou ko-to), constituerait exactement ce que les musulmans appellent le rikal, si la proportion des

Page 1