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CULTE IMPÉRIAL

inclinaisons n'était plus grande et celle des prosternations plus faible chez les musulmans, qui s'inclinent deux fois, s'agenouillent une fois et se prosternent deux fois.

Les quatre ordres de sacrifices (tso-sso) et d'offrandes, ou les trois ordres ta. tares et syao, consistent, pour le premier, en veaux gardés pendant quatre-vingt-dix jours: pour les deuxième et troisième, en taureaux et bœufs gardés trente jours; pour le quatrième, en porcs et moutons gardés dix jours. Les animaux sont apportés après avoir été tués. J'ignore ce qu'on fait de leur chair, qualifiée de tso f» jao.

On présente d'autres offrandes, et surtout des pièces de soie.

Le culte impérial se perd dans la nuit des temps. Continué de siècle en siècle et d'année en année, comme une fête d'un caractère plus officiel que religieux, comme une innocente cérémonie, l'esprit public s'y est assez habitué pour que la naïveté des premiers âges n'éveille plus les sourires de l'incrédulité; mais il avait fallu cette naïveté première pour fonder un tel culte, comme il faut aujourd'hui pour le maintenir le témoignage des siècles qu'il a traversés.

Ce fut donc une étrange idée que celle de la Convention, qui. en même temps que la France prenait les mesures décimales des Chinois, voulut lui imposer un pastiche de la religion du ciel et de la terre ; ce fut une farce vraiment triste, et dans laquelle l'esprit humain joua un singulier rôle : il y eut au printemps la fête de la jeunesse, en été celle de l'agriculture, en automne celle des vieillards. Robespierre devint pontife, tout comme le fils du ciel : en ce temps comme toujours, quand le pouvoir parlait, ses salariés lui faisaient écho; tant que le culte artificiel dura, ce culte eut donc des dévots. La loi contraignit un instant le public à s'y associer par la fermeture des boutiques; mais le peuple de Rabelais n'y entra pas davantage, et le culte de Robespierre fut enterré sous les éclats de rire, comme une mascarade de carnaval.

On peut considérer le culte du Tao comme embrassant tous les cultes secondaires de la religion de l'État dite des lettrés et du bouddhisme : je confondrai donc en un même chapitre les objets de ces divers cultes, sans décrire, donc, les vingt-quatre cultes on autels (tan) de la religion de l'État; je noterai seulement ici les cultes officiels du dieu des lettrés, Wen-tman ti-tuiun : du dieu de la guerre, Kwah fs-tso, et du dieu Tmeïï-xwaiï, qui préside à l'administration de la Chine et a des temples dans chaque chef-lieu de fc et de myen. Confucius, bien que le Tao ne lui soit pas fermé, doit être traité à part : sa gloire se refuse aux simagrées d'une superstition vulgaire. On voit rarement son image dans les temples; elle n'apparaît que dans des tableaux : on ne saurait dire qu'elle y tient la place d'honneur, mais elle en occupe d'ordinaire le milieu, et c'est sur elle que les regards se portent le plus.

Je ne parlerai ici ni de la vie, ni des ouvrages, très-connus presque tous, traduits et faciles à aborder, de Confucius: j'aurai occasion d'en dire ailleurs quelques mots. Je

ne parlerai pas davantage de son école. Traitant seulement de son culte, je dirai que ce culte embrasse aussi les principaux disciples du grand philosophe, et je le décrirai brièvement.

Confucius a, dit-on, en Chine, environ seize cents temples; ce serait un peu plus d'un temple par tan-trae» ou iuyen (1), ou, comme disent les missionnaires, par sous-préfecture. Le principal de ces temples est dans le Illan-lsn, au lieu même où s'élève le tombeau de Confucius (2), c'est-à-dire dans le myen de Tmu-fs, qui dépend de Yen-tiueb' ftr. Ce temple, qualifié, comme les autres temples dédiés à Confucius, de ttui-men myao, ou temple du très-saint (ou très-sage), et aussi de 8-kin po-iuô, est desservi en ce moment par quarante-quatre individus, descendant tous de Confucius et entretenus aux frais de l'Etat, qui leur reconnaît un rang officiel; les trois principaux jouissent du troisième rang de la hiérarchie chinoise. J'ai entendu dire que les descendants de Mencius ou d'autres philosophes pouvaient être admis au service de ce temple ; mais il n'y en a pas de trace dans l'annuaire, qui donne à tous les employés ou officiers du temple le nom de famille de Ksh, qui rappelle leur descendance de KbTi fb-tso ou Confucius.

Kbii tujeb-xwan, descendant du philosophe à la soixante et onzième génération, a recueilli et publié sous Kyen Ibh, sous le titre d'Annales du très-saint, une histoire de son ancêtre et de sa famille. Sa piété filiale va jusqu'à dire que Confucius est l'égal du ciel (yu tyen wey i); il fait commencer sa généalogie à Kyé, frère de l'empereur Yao, et jusqu'à Kbh uib-leah, père du philosophe, compte soixante-deux générations de sages, d'hommes d'État et de héros. Cette généalogie, comme bien d'autres, est mensongère et inadmissible; mais il n'en demeure pas moins probable que la famille de Confucius, qui semble avoir en son temps été un gentilhomme, qui sans doute savait, ce que tant de gens aujourd'hui titrés ne savent pas, le nom de son grandpère, est la plus ancienne du monde. Avant la révolution, il fallait, parmi nous, pour être homme de qualité, c'est-à-dire pour montrer qu'on était noble sans le concours des rois, remonter seulement à l'année 1400 : il y eut à peine neuf cents familles qui purent le faire, et la faveur en aida sans doute quelques-unes. La plupart des maisons saxonnes ou normandes se sont fondues en Angleterre, et se survivent seulement par des substitutions : la noblesse romaine s'évanouissait de même; l'Italie a encore des patriciens qui disent en venir : cette gloire, assurément, mérite qu'on la revendique. Il

(1) Il y a cent quarante-sept des uns et treize cent trois des autres; mais il y a de plus quelques tin qui peut-être ont aussi des temples de Confucius.

(2) Le tombeau de Confucius est un immense tumulus. Dans le nord de la Chine, comme dans l'Asie centrale, on ne connaît guère que cette forme de sépulture; le rang du mort détermine la dimension de son tumulus.

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