TITRES DIVINS
sieurs apparitions et incarnations successives, et à supposer, de plus, que des femmes saintes pouvaient se confondre dans Kwan-yin ou devenir Kwan-yin, comme des hommes saints deviennent Bouddha. Je ferai remarquer ici que les légendes des dieux et des saints chinois, loin d'être immorales comme celles des dieux grecs et romains, sont, au contraire, empreintes d'une morale assez pure : la bienfaisance, le sacrifice de soi-même, la vie ascétique, sont les principales marques de la divinité et de la sainteté aux yeux des Chinois.
Les personnages de la hiérarchie céleste reçoivent différents titres.
Celui de Illen ou Ulon, donné à Confucius et aux sages, comme à l'empereur, est le plus sérieux et le plus estimé : on peut le traduire par saint ou vénérable.
Celui de Pb-sa, ou Boddhisattva, appartient à certains personnages bouddhiques, comme celui de Son, ou saint, à des personnages moins importants : ce dernier titre est souvent donné aux religieux. Le titre de Tsb-sso paraît avoir la même valeur que celui de Pb-sa.
Dans la religion ou plutôt dans l'olympe du Tao, on distingue des IJJan-ti, ou des Ta-ti, oudesTi, c'est-à-dire des souverains, des seigneurs, des archanges; des Wan, c'est-à-dire des rois, des princes ou des anges. Saint Augustin, si je ne me trompe, a dit qu'il en était des dieux comme des bêtes, qui sont mâles et femelles : les Chinois ont des génies ou divinités mâles, des génies ou divinités femelles; les premiers sont appelés Illen, et les autres Nyan-nyafi. Ces génies président à des phénomènes naturels ou dispensent diverses faveurs. Ils sont célestes et bons; ils appartiennent au Yan. On leur oppose les diables, Kwey, qui sont terrestres et méchants et appartiennent au Yin. Cette façon de concevoir les Illen et les Kwey n'est pas celle des philosophes, mais c'est celle des temples et du peuple. Un proverbe voudrait que les Illen ne fussent rien de plus que les hommes : on leur adresse cependant des prières et on leur fait des sacrifices ou des offrandes. Les Kwey sont redoutés, mais on ne leur offre point de sacrifices ; on les combat plus qu'on ne les conjure ; leur rôle est trèsinfime, et si les faux dieux, au lieu d'être une création de l'esprit, sont des démons, j'oserai demander ce que peuvent être les faux diables.
Le litre de Syen est donné à un certain nombre de personnages célestes; les Chinois citent surtout les huit Syen, mais on pourrait en compter au moins une douzaine de plus sans sortir des régions bien connues de l'olympe. Tous les Syen paraissent avoir vécu sur la terre; l'existence de quelques-uns parait récente. Il y en a de mâles et de femelles. « Avancer en âge et ne pas mourir, disent les Chinois, c'est être Syen. » Ils disent encore qu'il y a cinq choses qui sont Syen : le ciel, les dieux, la terre, l'eau et l'âme humaine. On peut, dès lors, considérer le mot Syen comme signifiant immortel, impérissable.
Les principaux dieux ne reçoivent aucun des titres qui précèdent : ces titres seraient au-dessous de leur dignité ; à plus forte raison ne saurait-on les employer, comme on l'a proposé pour le mot Illen, à la définition du dieu suprême. Plusieurs génies qui président à des phénomènes naturels portent seulement le nom de ces phénomènes, qu'ils personnifient entièrement.
Quelques astres sont, sous leur propre nom, l'objet d'un culte; d'autres ont pour gardiens des hommes ou des femmes célèbres, des héros, d'anciens empereurs : la même pratique avait cours chez les Grecs.
Quelques titres peuvent être indifféremment attribués, tantôt isolément, tantôt ensemble, à une même divinité. Tyen-xo, ou la reine du ciel, peut être qualifiée de Nyan-nyaïi ; mais on n'oserait qualifier ainsi Kwan-yin, qui est Ps-sa; le dieu de la guerre, Kwaîi fb'-tsô, est appelé quelquefois IUen-uien kwan fs-tsô px-sa, ou le saint génie Kwan fs-tsô boddhisattva : étrange accumulation de titres incompatibles les uns avec les autres, autant qu'avec le personnage auquel la dévotion les applique.
D'après l'ouvrage intitulé Illen syen twn-kyen , qui donne avec un certain développement les légendes des génies et des saints, lllyuen-myuen mah-jen, c'est-à-dire l'éternel, immatériel, suprême, donna par son souffle naissance à cinq êtres qualifiés de Xwa-men et de 75 fan, c'est-à-dire les cinq points, parce qu'ils gouvernent : Iilseituiin-tso le nord, Xwah-lao le centre, Tuien-tsin-tsô le sud, Mb-kbh l'est, et Kinnib- l'ouest. Ils régnent aussi sur les cinq éléments, les cinq planètes, etc.
Mb-kbh, appelé aussi Tbh wah-ksh, était mâle : c'est le roi des Illen ou génies; Kin-ms, appelée aussi Si wah-nib, était femelle : c'est la reine des Nyah-nyan. Mkkbîï et Kin-ms peuplèrent le monde, non point à l'aide du procédé dont l'idée se présenterait le plus naturellement à l'esprit, mais par une opération de haute alchimie : ils tirèrent d'un mélange chauffé dans un fourneau deux enfants dont l'un, Yin-ôrl, était mâle, et l'autre, Tsa-nyu, était femelle. Ce nouveau couple donna le jour à deux individus de chaque sexe; la seconde génération en produisit le double; la troisième, cinquante-six, etc. Pour les philosophes, ces enfants sont des monades.
Illyuen-uiyuen uian-jen est figuré dans le Illen syen tbh-kyen; je ne l'ai, toutefois, jamais rencontré dans les temples, ni sur les tableaux de l'olympe. Le haut de ces tableaux est occupé presque toujours par Yu-ti; quelquefois, cependant, on y voit deux personnages plus importants que lui : ce sont Yuan-mô, qui paraît être le chef nominal de toutes les sectes chinoises et est parfois confondu avec HJyuen-iuyuen mah-jen , et Lih-pao , que beaucoup regardent comme le plus grand des dieux. On considère assez généralement Lao-tsô comme une incarnation de Lih-pao. Yuan uiô et Lih-pao portent au sommet de la tête une petite couronne de forme particulière ; ils sont assis sur des trônes fermés par une bande semi-circulaire, au milieu de