‹ Mémoires sur la ChineChapitre 112 sur 220 · AUTEL DEDIE A LAO-TSÔ , OU LAO-KÏUN · texte numérisé non relu

AUTEL DEDIE A LAO-TSÔ , OU LAO-KÏUN

Dans les tableaux, Lao-tsû est souvent représenté à cheval sur un bœuf.

bénir, et Lin-pao tient l'espèce de sceptre appelé JK-i. Ces deux divinités, de même que Yu-ti, ont habituellement la tète ceinte d'une auréole.

Yu-ti, ou Yu-xwah ta-ti, appelé quelquefois Yu-xwah mah-ti, est regardé comme le dieu de Confucius ou son protecteur céleste ; c'est le roi du cieLet le grand juge des

morts. D'après une de ses légendes exposée dans le Chinese Repository, il est fds d'une reine qui, ayant eu une vision de Lao-tso, se trouva enceinte de vingt mois. Le corps de Yu-ti était lumineux en naissant. Dès son enfance, il se signala par sa bienfaisance; devenu roi, il confia le gouvernement de l'État à ses ministres et se retira dans les montagnes de Ps-min pour y mener la vie d'anachorète. C'est de là qu'il fut enlevé au ciel, où il jouit d'une existence sans fin.

On dit qu'il a reparu trois mille deux cents fois sur la terre pour enseigner le peuple, soigner les malades, répandre la paix et le bonheur autour de lui. Son culte, qui est ancien , paraît n'avoir acquis beaucoup d'importance que depuis Tmin-tssh des Ssn, c'est-à-dire depuis le commencement du onzième siècle de notre ère. On le représente sur un trône surmonté d'un dais : il est richement vêtu et porte une coiffure d'un genre particulier; il tient un kwey vert; derrière lui, deux serviteurs, l'un mâle, nommé Kin-luh, et l'autre femelle, nommé Yu-nyu, qui personnifient peut-être des étoiles, tiennent des sortes de grands éventails appelés tuiô-yen, sur lesquels sont quelquefois figurés des espèces de trèfles. Près de Yu-ti se tiennent quatre personnages qualifiés de Tyen-ssô, ou docteurs célestes, comme les pontifes du Tao, et coiffés comme Yu-uio et Lin-pao. Il est défendu par deux guerriers appelés Linkwan ou Wan-lin kwan, et Wb-kyu; le premier est rouge, le second est noir. Il a de plus un courrier nommé Tyen-tsao , qu'on figure à cheval , tenant sur un kwey les pétitions que les mortels ont adressées à Yu-xwaîi ta-ti en les brûlant sur ses autels.

Le Sk iuen ki mentionne un personnage confondu quelquefois avec Yu-ti , mais moins connu, et dont je ne parlerai que parce que sa légende, que le Chinese Beposilonj a reproduite, présente un singulier amalgame de faits empruntés à d'autres légendes, ou du moins qui s'y retrouvent. Ce personnage, appelé Illyuen-tyen uian-ti, s'était incarné trois fois sous les trois empereurs : il revint sous Xwah-ti, miraculeusement conçu par une reine. A sept ans, il comprenait tous les livres. Ayant quitté ses parents, il embrassa la vie ascétique : Dieu lui apparut alors. On lui prête une taille énorme et une figure étrange. Il fut enlevé au ciel, où les cinq IHah-ti, envoyés par les trois purs, San tsin, vinrent le recevoir. Ayant eu à combattre le roi diabolique des neuf cieux , il le vainquit : le roi diabolique se métamorphosa en tortue et en dragon; mais Illyuen-tyen uiah-ti écrasa ce dragon. Il renferma ensuite les diables dans la caverne de Fon-ts. Il triompha aussi du roi des singes : ce trait indien complète sa légende.

Les cinq LUah-ti sont les tf fan dont j'ai parlé plus haut : on les a qualifiés de Illah-ti à une certaine époque et dans certains livres ; mais ces livres ne font point autorité. Les trois purs, San tsin, pourraient être Yuen-uiô, Lih-pao et Yu-ti; en général, cependant, on en fait trois êtres à part, à savoir : Yu-tsin, Illan-tsin et Tai-

tsin ; ils sont encore appelés Yuen-uiô tyen-tsun, Illyuen-myao tyen-tsun et Tai-iuan Lao-tmun , c'est-à-dire le principe antérieur honoré dans le ciel , l'être mystérieux honoré dans le ciel, et le très-haut Lao-tmun, ou Lao-kyun, c'est-à-dire Lao-lso.

Il y a d'autres trinités encore; il y a les trois Yuen : Illah-yuen, Tim>n-yuen et LUya-yuen; ou le principe d'en haut, c'est-à-dire céleste; le principe moyen, c'est-àdire terrestre, et le principe d'en bas, c'est-à-dire le principe des eaux. D'après le IHen-syen tbû-kyen, Illan-yuen est une divinité femelle qui entre en rapport avec Xo-tb-, ou la terre reine, femelle aussi, qui représente la terre, et il n'est pas question des deux autres Yuen.

Il y a une trinité représentative du ciel, de la terre et de l'homme, San tsay : on appelle collectivement les trois individus qui la forment San kwan ta-ti.

Il y en a une aussi représentative des trois religions ; elle se compose de Hlô-kya wen-fo, ou Bouddha; Tai-mah lao-tmun, ou Lao-tsô, et Ta-tiueh tmi-uieh, ou Confucius : leurs auréoles sont appelées Illen-kwan, et, par les bouddhistes, Fo-kwan.

Tai-yi, honoré aussi d'une auréole et coiffé comme Lih-pao, rappelle une théorie philosophique et cosmogonique dont j'ai parlé plus haut.

Parmi les divinités primitives, ou les génies primitifs , il faut citer les cinq montagnes, î> yo, qui portent les noms des cinq points, les trois empereurs céleste, terrestre et humain, et enfin les premiers habitants de la terre.

Pan-kb, qui avait devancé les trois empereurs, avait vécu dix-huit mille ans, croissant de six pieds par jour : il avait taillé les cieux ; des débris de son corps s'étaient formées les montagnes, les rivières, etc., mythe qui rappelle celui d'Ouranos; il avait écrit l'histoire du monde sur la carapace d'une tortue, que malheureusement on n'a pas retrouvée. La Chine a des épilogueurs comme la Grèce : les derniers Grecs disaient que les plus célèbres de leurs dieux n'étaient que d'anciens rois, et s'empressaient de signaler l'emplacement réel ou prétendu de leurs tombeaux. On a dit aussi en Chine que Pan-kw, après avoir eu dix-sept enfants, mourut à Tsin iuyen xokyen fo, dans le Tuii-li, et qu'on y montre encore son tombeau. Je ne sais si on le montre, mais l'expérience m'a convaincu qu'il n'est pas, en ce genre, de chose qu'on ne puisse montrer.

Xwah-lao enseigna aux hommes l'art de lier des radeaux : les uns allèrent vers l'orient, les autres vers l'occident, etc. ; la Chine, point de départ, resta le royaume du centre, Tuibh-kwo.

Yeb-tsao uiô construisit le premier des cabanes ; il disparut âgé seulement de trois cents ans, enlevé sans doute au ciel comme Romulus, le Mohdi et dom Sébastien de Portugal.

Sbi-jen uiô découvrit l'art d'allumer le feu et celui de cuire les aliments.

LE PA-RWA.

Syen-yuan iuo fit les premiers chariots ; de son temps vivait Kwan-mao lao-jen, qui disparut à l'âge de trois mille ans : c'est un des patrons de la longévité.

Tuib-ybû iuo est cité après Syen-yuan dans divers ouvrages.

Fb-mi, ou Fs-ini iuo, avait, dit-on, le corps d'un serpent/la tête d'un homme, des yeux ronds, deux cornes et deux dents de morse. Sa fable a été regardée cependant,

LE DRAl'EAU DES HUIT MIMEES.

par des gens qui se prétendaient graves, comme le commencement de la certitude historique. Sa femme s'appelait Nyu-wo; son instituteur, nommé Tsan-ki, inventa l'écriture (1) ; Fb-mi lui-même inventa les pa kwa, c'est-à-dire ces huit figures, composées chacune de trois traits simples ou doublés par rupture, qui donnent naissance a d'autres figures de quatre traits, etc. Leibniz y a vu des nombres écrits dans un système d'arithmétique binaire ; la Chine n'y a jamais vu que la représentation de

H) On attribue encore celte même invention à un certain Tsafi-chyé, qui vivait sous Xwaïï-ti.

quelques idées simples, telles que le nom des éléments ou de quelques objets communs, et ceux, des huit principaux airs de vent. La ligne pleine est van, la ligne brisée est vin ; deux lignes pleines sont tai yah, ou le van parfait; deux lignes brisées tai yin, ou le yin parfait. Le ciel est représenté par trois lignes pleines; la terre, par trois lignes brisées. Je donne ici, d'après un ouvrage chinois sur l'art de la guerre, «es huit figures entourant un tai ki, telles qu'elles sont placées sur le drapeau des huit armées, c'est-à-dire de l'armée réunie tout entière sous un seul chef. Le signe placé en haut marque le midi; celui placé en bas, le nord, etc. Du Halde a attribué à ces signes une valeur géographique et des positions respectives différentes. Je ne sais sur quoi il s'est basé pour le faire : le dessin ci-joint est extrait d'un ouvrage •chinois très-étendu, où il se trouve accompagné de l'explication que j'en donne ici, ■explication qui s'accorde entièrement avec celle que je trouve dans les commentaires du lllb-kih et d'autres anciens livres.

Ulon-nbh iuô, appelé aussi Yen-ti, cultiva le premier la terre.

K«h-son syuen-yuen travailla le premier les cinq métaux, fabriqua des outils, des armes, et jusqu'à des balances, remplaça les feuilles d'arbres et les peaux de bêtes par des vêtements tissés et cousus. On lui donne aussi le nom de Xwah-ti : il était ■assisté d'un secrétaire ou instituteur du nom de Ta-jao. C'est sous le règne de ce Xwah-ti qu'on commença à compter par cycles.

Le soleil, ou le génie du soleil, est adoré sous le nom de Tai-yah sin-tmun, et la lune, ou le génie de la lune, sous celui de Tai-yin sin-tmun : on appelle un autre génie solaire Jï-ksh, et un autre génie lunaire Yué-kbû. Le culte du soleil conduit habituellement à celui du feu, représentation terrestre de la puissance solaire. Ce culte est un de ceux que la raison peut le mieux s'expliquer. Le soleil, en effet, est, d'après le témoignage non rectifié de nos sens, le plus beau et le plus grand des astres : l'instinct et la science nous disent que c'est par lui que tout se meut et vit dans le monde; que c'est par lui que circulent l'air et les flots, menés de l'équateur aux pôles, ramenés des pôles vers l'équateur, l'eau soulevée en nuages et portée de l'Océan à ces cimes élevées d'où elle redescend en torrents et en fleuves. On ne doit donc pas être surpris de voir le culte du soleil, culte officiel, mais délaissé, moins important en Chine que dans d'autres contrées, s'y présenter cependant, comme chez les anciens, sous plusieurs formes. En outre des génies du soleil et de la lune, en effet, une divinité existe, qui porte et gouverne ces deux astres : Tao-mtî, ce qui signifie peut-être la mère des constellations appelées Tao, traverse le ciel sur un char rapide ; comme à plusieurs autres dieux ou déesses, on lui donne souvent trois yeux ; elle a huit bras; deux de ses mains sont jointes pour prier et bénir; les autres portent le soleil, la lune, un globe d'où s'échappe le feu, une bannière, une lance, un arc:

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