‹ Mémoires sur la ChineChapitre 121 sur 220 · AUTEL DÉDIÉ A LA TRINITÉ BOUDDHIQUE (SAN TSUN TA FO · texte numérisé non relu

AUTEL DÉDIÉ A LA TRINITÉ BOUDDHIQUE (SAN TSUN TA FO

Deux prêtres, tète nue, velus du manteau rouge rayé d'or, célèbrent l'office. Sur l'autel on remarque un brûle-parfums et des chandeliers. Devant l'autel, des coussins ou prie-Dieu. Les images de bouddha sont dorées et portent les saints stigmates sur le front, les mains et la poitrine : ce dernier stigmate s'appelle wan.

ici le peu que j'ai pu apprendre des notions religieuses des bouddhistes chinois. Ce peu sera peut-être tout ce qu'eux-mêmes ou du moins la grande majorité des gens de

leur espèce en connaissent, et l'explication que j'en donnerai, pour vraisemblable qu'elle me semble, ne les réunirait sans doute pas tous. Je marche ici dans les ténèbres, mais en des sentiers qu'une vraie lumière n'éclaira jamais, et qui ne valent, pas la peine d'être éclairés plus complètement.

Les notions que j'expose sont chinoises; elles peuvent n'avoir cours ni dans l'Indo- Chinc, ni à Ceylan, ni au Thibet, ni dans les couvents qui entourent Pékin, et que desservent des religieux à robe et chapeau jaunes soumis au pontife thibétain.

Les Chinois reconnaissent trois Bouddhas, ou du moins trois Bouddhas principaux, comme les tao-sso reconnaissent trois êtres purs. On les appelle les trois êtres précieux, San pao et aussi San tsun ta fo.

Le premier en date est celui dont le règne est passé, Kwo-tuiu fo; il est appelé O-mi-to fo.

Le second est celui dont le règne subsiste encore, JUyen-tsae fo : c'est Hlo-kya a-ni fo, ou celui que nous appelons Bouddha, le véritable et seul fondateur du bouddhisme. Comme présent partout et actuellement venu, on l'appelle encore J»-lay (en sanscrit, Tathagata).

Le troisième est celui dont le règne viendra, Tsyah-lai fo ; son nom est Mi-lo fo.

On consacre à cette trinité des autels particuliers : les trois Bouddhas y sont représentés sous les mêmes traits, dorés de même, et portant habituellement de même sur le ventre le signe d'heureux présage, appelé, je crois, en sanscrit, svastika, qui se lit en chinois wan, et paraît se confondre avec le signe wan, dix mille, dont la forme est toute différente.

On dit que Fo a trois corps (tiueh) ; mais je crois que cela doit s'entendre des trois puissances Fo, Fa et Sen (en sanscrit, Bouddha, Dharma et Sanga), qui paraissent représenter la connaissance, le verbe, le lien religieux. On peut penser, du reste, que les trois Bouddhas personnifient ces trois puissances auxquelles on paraît attribuer aussi le nom collectif de San-pao.

Les trois Bouddhas peuvent eux-mêmes être considérés comme des êtres collectifs, les saints actuels pouvant devenir Bouddhas en se confondant dans le Bouddha régnant : les Bouddhas du Thibet seraient alors des manifestations successives de HJo-kya a-ni fo.

Le bouddhisme est appelé Fo-kyao, Fo-môn, Fo-fa, etc., c'est-à-dire religion, porte et loi de Fo, etc. ; ses adeptes le nomment plus habituellement encore Ulo-kyao.

Les Chinois parlent surtout quatre livres, qu'ils appellent Ta-tiuen kin, Syao-tuien km, Kin-kan kin et Nyé-pan kin. Ce dernier est le livre saint dans lequel est développé le Nirvana; les deux premiers sont probablement les deux véhicules, Mahayana et Hinayana.

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