‹ Mémoires sur la ChineChapitre 127 sur 220 · TENTATION DE MA-MIN · texte numérisé non relu

TENTATION DE MA-MIN

Le troisième, brahmane aussi et élève du précédent, se nomme Illo-tsû-pi-tuiye» tsun-tmo ; sa légende est assez niaise. Il en est de même de la plupart des autres ; et bien que j'aie pris la peine de les recueillir, je les omettrai ici, me contentant de

noter seulement quelques traits dans lesquels l'esprit bouddhique est plus profondément empreint.

Le quatrième, Ma-mih tsun-tiuo (Açvaghôcha), figure dans la liste de Rëmusat, qui assure que ce Boddhisattva est le Pb-sa pris par des Chinois peu instruits pour la déesse de la porcelaine. Je dois dire que Ma-mih ne ressemble point à une déesse; que c'est Kwan-yin qui a pu être nommée la déesse de la porcelaine, et que ce nom lui a, sans aucun doute, été donné par quelque subrécargue ou quelque marchand de bric-à-brac européen; car il n'y a pas un Chinois, même musulman ou chrétien, qui soit assez ignorant des choses de son pays pour ne pas connaître Kwan-yin, la divinité la plus populaire de toute l'Asie.

Dans le royaume de Xwa-uiô, que je ne saurais définir d'une manière plus précise, Ma-mih, plongé dans la contemplation, fut tenté pendant sept jours par des démons, qui firent apparaître devant lui les formes les plus effrayantes et celles qui étaient le plus propres à séduire ses sens; son âme, séparée de la terre et planant dans le ciel, échappa à toutes les tentations. La gravure que je donne ici de la tentation de Mamin, d'après un tableau chinois souvent reproduit dans les albums bouddhiques et dans les temples, rappelle singulièrement par ses détails certaines tentations de saint Antoine. 11 ne serait pas impossible que l'auteur du tableau original, probablement peu ancien, se fût inspiré de gravures européennes importées en Chine par les missionnaires; il faut toutefois remarquer que le personnage de Ma-mih, dont le dessin est assez habile, et la reproduction de ce personnage au-dessus d'une nuée, sont, comme conception et exécution, purement bouddhiques et purement chinois. On représente souvent Ma-mih tenté par un dragon d'or.

KyeK-mo-lb'o-to tsun-tiuo, probablement Koumarada, était fils de brahmane et natif du royaume de Yué-ti. Ses voyages l'ayant conduit en face d'une grande idole, il lui demanda pourquoi lui qui était bon avait moins de succès que les méchants. L'idole répondit : « Ulan nho pao-yin » (Les bons et les méchants seront traités suivant leurs mérites). 11 embrassa alors la vie religieuse; les joncs qu'il arrachait autour de sa cabane devenaient des nénuphars : il est devenu Fo.

Lb-o-XbO-lbo-to tsun-tmô (Ragourata), après avoir visité cinq Bouddhas, remonta la rivière d'Or, et, suivi d'une foule considérable, se rendit auprès du saint Sen-kianan-ti (Senganandi) , qui vivait affranchi des besoins du corps et qui lui enseigna les voies de la sainteté. C'est le contraire de ce que rapporte Rémusat ; mais cela importe peu à l'histoire.

Ulôn-tsan tuian-ssô s'appelait Tiuen : on dit qu'il avait une voix très-forte et une corne sur la tête. Après une vie agitée, il fut ramené au bien par les conseils d'un ami, et devint un modèle de vertu et de sainteté.

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