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CHAPELLES DES MORTS

Le premier intercesseur auquel on puisse s'adresser en faveur des morts est Tuienxwan. C'est à sa pagode que les morts sont d'abord portés. On y brûle des pétitions qu'on lui adresse en faveur de ces morts, afin qu'il les recommande à Yu-xwah ta-ti. De celte pagode, les morts sont habituellement conduits dans celle de Ton-yo ta-ti : on y présente d'abord le cercueil à l'idole principale, placée dans la partie la plus reculée du temple. A droite et à gauche de cette chapelle, des deux côtés de la cour qui y conduit, se trouvent dix autres chapelles plus petites qui représentent les dix enfers et possèdent chacune la figure d'un des dix princes infernaux.

Pendant dix jours, le cercueil que nous venons de voir présenté à l'idole principale passera par toutes les chapelles en ne s'arrêtant qu'un jour dans chacune d'elles. Ce n'est qu'après ces différentes stations que commencent les cérémonies funéraires dont nous parlerons plus tard. Pour le moment, il vaut mieux nous transporter dans l'enfer, où le mort a déjà, d'ailleurs, pénétré depuis quelque temps.

Le gouvernement suprême des enfers, comme le dernier jugement de tous les morts, appartient à Yu-xwan ta-ti, qui habite un lieu nommé Lin-syao pao-tyen.

Outre Yu-xwan ta-ti, nous trouvons encore plusieurs dieux dans l'enfer des Chinois. C'est d'abord le demi-dieu Lrâ-yo ta-ti : il est assis sur un trône ; deux serviteurs placés derrière lui portent des bannières marquées d'une étoile. 11 a quatre assistants et un certain nombre de pan-kwan, qu'il est permis de regarder comme les employés administratifs de l'enfer; ils compulsent et mettent en ordre les notes des morts.

Après lui vient Ti-tsah wan, appelé, sur son oriflamme (fan), seigneur de la religion des enfers.

Fon-ts ta-ti apparaît ensuite. Il a deux bannières marquées de son signe, deux kya-tsyah chargés de l'informer de ce qui se passe, un employé administratif, sorte de chef du personnel des morts, et un diable inférieur armé de ce que l'on appelle la lance diabolique, qui n'est autre chose qu'un trident. Fon-t« ta-ti est, d'après les taossô, le roi de Fofi-ts tmen, la ville infernale, ou l'enfer des tao-ssô dont j'ai parlé plus haut. En général, il règne une certaine indécision sur l'étendue des attributions ainsi que sur les honneurs et préséances des dieux.

Tsao-tiuun , par exemple, qui est un personnage consacré par la religion du Tao , en même temps qu'il est le dieu de la cuisine, dispute à l'employé de Fon-t« ta-ti la surveillance et l'inscription des actions des hommes. On assure qu'il habite la terre; que les vivants sont interrogés par lui pendant leur sommeil; enfin, que le vingt-troisième jour du douzième mois de chaque année il quitte la terre, sur laquelle il ne revient que le trentième jour du même mois, et va rendre ses comptes à Yu-xwah ta-ti.

Les dieux ou demi-dieux dont je viens de parler constituent avec Tmen-xvvah, cité plus haut, le gouvernement supérieur des enfers. Chacun des dix enfers principaux a, de plus, son prince ou son roi (wan). Celui qui gouverne la première région infernale s'appelle Tsin-kwan : il est assis derrière une table sur laquelle on lit les deux caractères Kbîï, Kwo (le bien et le mal). Un guerrier à tête de bœuf se tient à sa gauche; il a, de plus, un écrivain et un disciple. C'est devant lui que les morts franchissent le pont difficile et dangereux appelé Nae-xo kyao : les méchants trébuchent et tombent dans un fossé plein de serpents et d'autres animaux venimeux.

La seconde région est administrée par Tstf-kian, assisté, comme tous ceux qui vont le suivre, d'un secrétaire; il a, de plus, à son service un diable à tête de cheval. Sa région s'appelle Xan-pin ti-yu (enfer de la froide glace), parce que les damnés y sont plongés dans la glace.

Le roi du troisième enfer, Sbh-ti, est également servi par un diable à tête de cheval. La région qui lui est confiée s'appelle Pso-t» ti-yu (enfer du déchirement des entrailles).

La quatrième région infernale, caractérisée par un bassin de sang pourri (en chinois, luie-s-tmes), dans lequel sont plongés les damnés, appartient à WV-kwan. Il est assisté d'un personnage nommé Ti-fan, qui est vêtu de blanc, porte sur la tête un immense bonnet conique également blanc, écarquille les yeux et tire la langue; ce qui rend inévitable un rapprochement entre lui et le personnage comique de Pierrot.

Le cinquième enfer est gouverné par Yen-loo, servi par un diable à tête de bœuf. Il ne porte pas, comme les autres princes infernaux, un bonnet de prince, quoiqu'il ait le même titre qu'eux, mais bien un chapeau qui ressemble aux coiffures usitées dans les universités anglaises. Sa région s'appelle Tao-tsyah-uian, ou encore Tsyentao-man , à cause des sabres dont le sol est hérissé de toutes parts , et sur lesquels les diables font courir ou précipitent les damnés. C'est là que se rencontre la tour appelée Wan-myan tay, sur laquelle montent les morts bons ou méchants, et du haut de laquelle ils peuvent voir ce qui se passe chez eux. L'inventeur de cet enfer suppose assez légèrement, ce me semble, que tout se passe bien chez les bons et que tout va mal chez les méchants.

Le sixième enfer est gouverné par Pyen-tiuah, assisté d'un diable que les Chinois disent très-cruel : cet enfer s'appelle Nhan-tuian ti-yu, parce que c'est là que le corps des damnés est lacéré et découpé avec des scies. On y trouve une forteresse où sont enfermés ceux qui, par leurs calomnies, ont fait périr des innocents.

ïai-man, assisté d'un diable à tête de tigre, gouverne le septième enfer, appelé Yeu-kwôn ti-yu, ou enfer de l'huile bouillante.

Le huitième enfer appartient à Ts-mô, assisté d'un employé civil et d'un employé

militaire. Cet enfer est appelé Kayé-tan, et aussi TuiK-kyaé ti-yu, c'est-à-dire enfer

où l'on ouvre le ventre, ou enfer dans lequel les damnés sont torturés avec des scies.

La neuvième région, Kao-mô ti-yu, ou enfer des chiens dévorants, est administrée

par Pin-ton, qui a les mêmes assistants que le précédent.

Le dixième enfer, Tmyao-ya ko-uiô ti-yu (enfer où l'on brise les dents et où l'on coupe les langues), appartient à Tmsan-lôn, qui est assisté par un diable à tête de bœuf.

Ici finit la série des enfers. Ceux qui ont le malheur d'y être précipités ne peuvent en sortir que par des prières ferventes adressées à la bienfaisante Kwan-yin , dont l'intercession est toute-puissante.

Les morts ayant achevé de traverser l'enfer, leur sort est placé dans une roue que des diables font tourner; il en sort six genres de métamorphoses : 1° les morts vertueux renaissent au sein de l'opulence, deviennent magistrats, etc.; les autres, suivant leurs mérites, deviennent, 2° mendiants ou prisonniers; 3° oiseaux ; 4° insectes ou serpents; 5° animaux aquatiques ou dragons (cette dernière métamorphose est assez estimée); 6° enfin, quadrupèdes. Bien des gens qui ont occupé un rang élevé dans le monde y reparaissent alors dans une condition tout autre : cette doctrine est assurément consolante. On assure que la plupart des magistrats renaissent une dizaine de fois comme bêtes de somme. Les Chinois attribuent volontiers le mal qui leur arrive aux fautes commises pendant quelque existence antérieure : lorsque j'étais prisonnier à Pékin, mes compagnons expliquaient ainsi ce qui m'était arrivé; ils oubliaient même parfois assez leur propre histoire pour chercher au delà de leur naissance les causes de leur incarcération.

Ce n'est qu'après un nombre variable de transformations que l'homme vertueux arrive, selon les tao-ssô, à vivre d'une vie éternelle et divine; comme dit Lao-tsô, à se confondre avec le Tyen; selon les bouddhistes, à pénétrer dans le ciel occidental, où l'on contemple Bouddha et où l'on entend célébrer ses louanges, ou à rentrer pour jamais dans le néant, ou encore à faire partie de Bouddha, c'est-à-dire peutêtre de l'àme universelle du monde, comme l'ont pensé Pythagore et Platon.

Exorcistes. — Bouddhistes. — Religieux. — Vie religieuse. — Temples. — Chapelles. — Usage des temples. Tours. — Monastères. — Fêtes du Tao. — Fêles bouddhiques. — Cérémonies. — Divination. — Culte domestique.

L'empereur est le seul pontife ; mais à côté de cet Agamemnon en prière pour sa race, il y a d'innombrables Calchas, devins, exorcistes, guérisseurs, adeptes du grand œuvre, ou contemplateurs, ermites, fainéants et moines vagabonds.

Les docteurs du Tao, ou tao-ssô, n'ont pas encore découvert le breuvage qui donne l'immortalité, quoiqu'ils l'aient vendu souvent déjà, surtout à des princes. Comme les prêtres bouddhistes, et mieux qu'eux, ils disent la bonne aventure; chassent par l'attouchement , par diverses simagrées , ou en faisant avaler une prière réduite en cendres, les maladies occasionnées par le mauvais œil ou des maléfices; ils combattent les démons, les contraignent à sortir du corps des possédés, et les poursuivent avec tant d'acharnement qu'on doit s'étonner qu'il en subsiste encore quelques-uns, et que les Chinois sont amenés à croire que leurs prêtres sont comme les taupiers, qui laissent vivre quelques taupes, ou comme certaines polices qui imaginent des conspirateurs.

Les tao-ssô sont pourvus contre les diables d'incantations et de talismans de diverse nature; ils emploient souvent, même dans les temples, le miroir. Les diables en ont la plus grande peur; ils ne peuvent, parait-il, supporter la vue de leur effroyable image. Les tao-ssô ont encore de véritables armes, des sabres à deux tranchants appelés pao-kyen, avec lesquels, sautant et hurlant, ils frappent sans merci leurs ennemis impalpables. C'est ainsi qu'Apulée nous représente les prêtres

TAO-SSO DEVANT LE TEMPLE DE TCIIEN-XWAX.

On voit sur les portes du temple la représentation de trois des quatre gardiens appelés Ssd-lycn la-wan, et, plus bas, trois des quatre lions qui décorent l'entrée des édifices publics auxquels le temple de Tclien-xwan est assimilé.

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