TEMPLES
prêtres mariés, mais comme une règle sainte et comme une règle habile. L'Eglise grecque marie ses prêtres, mais non ses moines, et c'est dans leurs couvents qu'elle cherche ses évêques. Si l'Angleterre a voulu que tout son clergé fût marié, c'est que l'Angleterre, fatiguée de la domination de son Église, y voulait à tout jamais mettre un terme : aucune nation peut-être ne possède des évêques et des prêtres plus savants ni plus vertueux que les siens ; beaucoup ont pour eux le rang et la fortune ; la loi leur attribue quelque pouvoir : ils sont cependant sans influence, et s'il y a une action religieuse forte dans le pays , ils n'en sont pas les maîtres. Le cardinal Wiseman possède une force qui leur manque ; l'évêque Hughes l'avait à New-York. Le célibat fait la moitié de cette force ; ne rien devoir à l'État ou à ceux qui le mènent en fait l'autre moitié.
Mais la nature humaine est faible, et lorsque, comme en Chine, c'est la paresse qui peuple les couvents, on ne saurait s'attendre à ce que le célibat tienne tout ce qu'il a promis. Je crois que la porte des couvents et des temples s'ouvre quelquefois à la débauche, que l'on ne médite pas toujours beaucoup plus saintement dans les salles de méditation bouddhique que dans celles où s'enferment les derviches musulmans. Le spectacle inattendu d'une méditation païenne faillit arracher jadis à Lucius, métamorphosé en âne, le cri de : Porro quirites! Jean Bodin trouve vraisemblable la métamorphose de Lucius. Sans être aussi hardi, j'admets très -volontiers ce qu'Apulée nous raconte des prêtres : je crois, de plus, que les casuistes chinois ont découvert des distinctions très-subtiles, à l'aide desquelles la foi et la chair sont plus ou moins satisfaites, comme l'opinion publique peut l'être par l'absence du scandale ; mais le mal qui triomphe ne prouve pas l'impossibilité du bien, et tous les lieux communs que répéteront des fraters ne prouveront pas qu'il n'y ait dans le monde non pas seulement des prêtres, mais bien des clergés qui sont chastes, sans que la santé des prêtres en souffre ou que leur existence en soit abrégée. La religion doit élever l'homme ; elle doit lui montrer le ciel , et non le promener sur la terre ; elle doit demander ce qui est difficile et dur, et non se contenter de ce qui est facile et doux. Nous n'aurions pas besoin d'elle pour si peu ; notre faiblesse réclame des exemples que nous ne pouvons tous suivre, des leçons d'une vertu que nous n'atteindrons que rarement, mais qui nous entraînent malgré nous, pour si peu que ce soit, vers une inaccessible perfection.
Peu de pays possèdent des édifices religieux aussi multipliés que la Chine : il y a un certain nombre de cultes officiels qui, dans chaque ville, doivent avoir leurs temples; il y a de plus les temples dédiés à des divinités locales, et les temples, les oratoires, les couvents assez nombreux élevés par la dévotion des particuliers riches.
On connaît sous le nom générique de Jb-myao les temples consacrés à des divinités reconnues par la secte des lettrés, JH-kyao. Parmi eux, on distingue souvent celui de Confucius par le titre de Wen-myao, ou temple littéraire, et celui de Kwaîï-fs-lsô par le titre de Ws-myao, ou temple militaire. L'appellation de Myao s'applique à tous les temples bouddhistes et du Tao ; les premiers, toutefois, sont souvent appelés Sso et Nfian, et les seconds, en outre de ces appellations, possèdent exclusivement celle de Kwan.