‹ Mémoires sur la ChineChapitre 140 sur 220 · KAO-TSO DANS LA POSITION CHEN-KAO · texte numérisé non relu

KAO-TSO DANS LA POSITION CHEN-KAO

que le prêtre consulte. Il écrit le résultat de sa recherche sur un petit papier appelé aussi tsyen, qu'il donne au consultant; il reçoit en échange quelque petite monnaie, plus ou moins, suivant le consultant et suivant l'oracle. Le jet de la flèche s'appelle tyes-tsyen. Suivant que l'oracle est bon, médiocre ou mauvais, on l'appelle mahmah, timm-turen, ou uiya-iiiya.

On consulte aussi le sort à l'aide de deux morceaux de bambou formant comme les deux moitiés d'une corne évidée, fendue dans le sens de sa longueur : ces objets s'appellent kao ou kao-tso. Les ayant pris dans les deux mains, on les agite et les lance devant soi, ce qui s'appelle lao-kao. Si les deux parties du kao tombent le dos en l'air, l'oracle est dit yin-kao ; si elles tombent toutes deux sur le dos, il est dit yah-kao : dans les deux cas, la réponse du sort est négative et défavorable. Mais si une des

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pièces du kao tombe d'une façon et l'autre de la façon contraire, l'oracle est affirmatif et favorable, et est dit uien-kao (1), c'est-à-dire kao vainqueur.

En outre des temples, on rencontre partout de petites chapelles, soit adossées à des murailles, soit accrochées au-dessus des portes, soit placées au milieu des chemins, sur une sorte de table, et enfermées dans une espèce de boîte. Celles qu'on rencontre le plus ordinairement sont dédiées à Tb-ti ps-sa ou à Ssu pb-sa, c'est-à-dire au dieu pénate et au dieu de la soie, auxquels on fait des offrandes de grains et de soie. La statuette ou l'image de Tb-ti est souvent accompagnée de celles de cinq génies mâles appelés î> tuiah, et de celles, placées plus bas, d'un autre génie mâle nommé Tb-ti kbh, et d'un génie femelle nommé Tb-ti po.

IUo pb-sa, le dieu des communes, ou leur patron, leur pénate, a beaucoup d'oratoires aussi, et l'on y remarque à ses côtés Illô-kun, qui est mâle, et nio-rm?, qui est femelle.

Sur les barques, on trouve Kwan-yin et Tyen-xo; chez les ouvriers, leurs divers patrons et quelquefois les San sin (Fs, Lx et Illao), ou les huit génies. Chez les commerçants, on voit Tsai-men; chez les magistrats, Tb-ti et Kwaîï fe-tsô, quelquefois Confucius, mais dans la bibliothèque seulement. Kwan-yin est honorée dans beaucoup de maisons; enfin, les tableaux généraux des dieux, Tsbn-iuen, sont assez répandus : les chapelles domestiques sont soit à l'entrée des maisons, soit dans la pièce qui occupe le milieu du bâtiment placé au fond de la cour. Ces chapelles, placées sur une table ou quelque autre meuble, ou dans une niche, s'appellent men kan-tsô; lorsqu'on n'y voit que des tablettes portant le nom des parents décédés, on les appelle ui en tins pae-tsô.

Je ne parlerai ici ni du culte des ancêtres, ni de diverses autres superstitions; je me réserve de traiter ces deux sujets avec l'étendue qu'ils comportent en parlant des cérémonies funèbres et des coutumes du peuple chinois.

(1) Ces deux caractères seraient susceptibles d'être prononcés tchantyao, ou chaîï-tyao, ou encore chôn-tyao. Je m'en tiens ici à la prononciation des prêtres : un même caractère change d'ailleurs souvent de son en changeant de signification.

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Juifs de Kai-fofi. — Islamisme en Chine. — Danger de l'islam. — Missions catholiques. — Missions

protestantes. — Avenir des missions.

L'existence d'israélites en Chine est connue depuis très-longtemps : les pères Gaubil, Domenge, Gozani et d'autres, ont publié sur ces israélites beaucoup de renseignements ; le Chinese Reposilory ne contient pas moins de quinze articles relatifs aux juifs de l'extrême Asie; en 1843, James Finn a résumé tout ce qu'on en savait; en 1777 et 1779, Olaf Gerhardt Tychsen avait écrit en hébreu aux juifs de Chine; en 1815, Morrisson leur fit passer une lettre semblable, envoyée de Londres, qu'ils ne purent lire; d'autres tentatives restèrent sans résultat, en raison de la crainte qu'éprouvaient les juifs de se compromettre vis-à-vis de l'autorité en se liant avec les Européens.

C'est à Kai-fon, autrefois Pyen, capitale actuelle du Xo-nan, bâtie près du Xwah xo ou fleuve Jaune, que les jésuites avaient rencontré ces juifs. Kai-foh a été visité depuis. En 1850, deux chrétiens chinois, munis d'une lettre écrite par un négociant israélite d'Europe, établi en Chine, s'y rendirent, y passèrent quelques jours et y recueillirent de précieux renseignements. L'authenticité de leur voyage ne saurait être mise en doute, puisqu'ils en ont rapporté plusieurs livres ou portions de livres saints, dont la comparaison avec les textes que nous connaissons présente de l'intérêt. Ces acquisitions, déposées probablement aujourd'hui à Londres, se composaient : des six premiers et deux autres chapitres de l'Exode (xxxvin à xl) ; des chapitres xix et xx du Lévilique; des chapitres des Nombres xiu à xv; du Deutéronome u cà xvi et xxxn;

de quelques parties, enfin, du Pentateuque et des Psaumes. Le docteur Smith, évêque

de Victoria, a publié en 1851 les résultats de cette exploration du judaïsme chinois;

le révérend A.Wylie a dernièrement donné, dans le Chinese and Japa?iese Repository,

deux articles pleins d'intérêt sur le même sujet, qui paraît à peu près épuisé, et sur

lequel, en conséquence, je ne m'étendrai pas.

Les juifs ont paru en Chine sous la dynastie des Xan, peut-être avant Jésus-Christ,

plus probablement au premier siècle de notre ère, sous Xan min-ti, entre les années

58 et 75 après Jésus-Christ.

On croit qu'ils venaient alors de la Perse, à laquelle ils semblaient avoir emprunté

quelques termes et quelques usages, et qu'ils avaient séjourné assez longuement à

Samarcande.

Leur religion est appelée tyen-tms (1) kyao, c'est-à-dire religion indienne, et tyao-

kin kyao, ou religion de ceux qui enlèvent les tendons (de la viande qu'ils mangent).

Ils appellent Dieu Tyen et Illyen (2); le mot de Tyen paraît être le plus usité. Ils

honorent Confucius. Lorsqu'ils vinrent en Chine, ils comptaient soixante-dix familles;

il n'en existe plus que sept, comprenant environ deux cents individus, presque tous dans la misère. Ils paraissent être sans rabbi depuis un demi-siècle et ne comprennent plus leurs livres; on dit qu'ils ne pratiquent plus la circoncision : ils gardent toutefois le sabbat et ne mangent point de porc; ils peuvent avoir deux femmes, qui doivent être de leur race ou de leur religion.

D'après une inscription de leur synagogue, elle aurait été bâtie en 1164 ; elle a été rebâtie en 1296 et 1511, date à laquelle y a été placée l'inscription dédiée par les familles juives appelées Yen, Li, Kao, Tiuao, Km, I et Tiuaîi. Une autre inscription, de 1489, donne des détails curieux sur la communauté juive et ses familles, désignées toutes par des noms chinois. Ce temple paraît être aujourd'hui dans un état de délabrement complet. Les juifs ont pétitionné l'empereur afin d'en obtenir les sommes nécessaires à sa reconstruction ; le fils du ciel n'a pas répondu. Les israélites sont nombreux en Europe; beaucoup d'entre eux sont riches; ils donnent chaque jour, par l'abondance des aumônes qu'ils distribuent soit en Europe, soit à Jérusalem, la preuve d'une piété profonde et d'une charité très-large : puissent-ils se rappeler un jour leurs pauvres frères de Kai-foh ! Il ne serait pas difficile de les atteindre aujourd'hui que la Chine est ouverte, et il ne serait pas bien coûteux de leur fournir les secours matériels et moraux que leur situation malheureuse réclame.

(1) Ne pas confondre avec tyen-tchou kyao, religion du seigneur du ciel, catholicisme : la prononciation est la même, mais les caractères chinois sont différents pour les deux tyen-lchou.

(2) Caractère formé de la clef des sacrifices et de Tyen, ciel.

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