‹ Mémoires sur la ChineChapitre 142 sur 220 · DANGER DE L'ISLAMISME · texte numérisé non relu

DANGER DE L'ISLAMISME

gouvernement ; on en rencontre surtout un grand nombre dans l'armée,; quelques corps irréguliers, fournis par l'Asie centrale, doivent en être exclusivement composés.

Mais l'islamisme est intolérant et agressif : ses temples en Chine sont même un contre-sens, comme à Paris, car, légalement, la khotba, ou le prône, qui nécessite la mosquée, ne peut se faire sur le sol de l'étranger et de l'ennemi, harbi, ou, comme disaient de même les Romains avec ce double sens, hostis. Légalement, les kitabis, c'est-à-dire les chrétiens et les juifs, peuvent être soufferts, pourvu qu'ils se soumettent et payent la capitation, dj'rJc. Quant aux idolâtres, à ceux qui adorent ou passent pour adorer des idoles (ellazina yâbedou el isnam), ils doivent être tués partout où on les trouve; les laisser vivre est une impiété, car leur vie est comme un blasphème permanent. Ces beaux principes n'ont pas en Chine toute latitude; ils sont un peu contenus partout : l'islamisme, fouetté, a été mis en cage; mais la bête est méchante, et, même quand elle lèche la main, on voit qu'elle a des dents. II y a des princes et des gouvernements bien aveugles; il y en a de bien imprévoyants : tous ceux cependant qui ont des musulmans à régir finissent par comprendre que l'islamisme est une véritable conspiration perpétuellement en éveil contre toute domination non musulmane; annuellement cette conspiration se renoue à la Mecque. Je saisie! que je parle à des sourds; mais on dira plus tard qu'en parlant aujourd'hui je remplissais un devoir. Annuellement les musulmans de l'Inde, de la Circassie et de l'Algérie, tout ce qui est soumis au chapeau (taht borneta), envoient à la Mecque une partie des leurs. Raillés et insultés là par les autres, ces gens, fanatiques déjà, reviennent exaspérés, el rapportent des conciliabules de la ville sainte le mot d'ordre des rébellions nouvelles.

Les musulmans ne connaissent qu'un seul souverain, le khalife. Quelques-uns prétendent que c'est l'empereur du Maroc ; la plupart s'accordent à dire que c'est celui des Turcs : c'est pour le prince des fidèles (émir el monmenin), le victorieux khan (ghaii khan), Abd-el-Aziz khan, fils du victorieux khan, Mahmoud khan, qu'on prie le vendredi dans presque toutes les mosquées du monde, en face des drapeaux de l'Angleterre, de la Russie, de la France, de la Hollande; et si la force publique contraignait à omettre son nom, il serait seulement sous-entendu dans la prière.

L'islamisme en Chine est donc un péril pour l'Etat; ce péril se révèle par des conspirations et des révoltes fréquentes, non-seulement du côté du Turkestan et dans l'Asie centrale, mais encore dans les provinces chinoises de l'empire : récemment dans le Ulan-si, le Ulen-si, le Xo-nan, le Ulan-lbû et les environs mêmes de Pékin; il y a quelques années, dans le Yun-nan, qui n'est pas encore rentré dans l'ordre. Il faut, du reste, dire ici que le despotisme inquiet de la Chine avait provoqué celte révolte. On prétend que le gouverneur du Yun-nan rêvait le massacre des musulmans; il est

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certain qu'il a été massacré lui-même. L'islamisme est en Chine une grande force; les Anglais n'en sauraient faire usage, parce que ce serait trop près de l'Inde, et qu'ils inspirent trop de haine aux musulmans de ce pays pour gagner la confiance des autres. Nous serions pour cela mieux placés, l'Algérie étant plus loin; mais l'islamisme est une force dangereuse à employer; il ne faut ni s'en appuyer, ni lui prêter aucun secours : si la Chine était musulmane, ce serait un immense Maroc; nous en serions violemment repoussés, et le pays déclinerait si vite sous une règle fanatique et paresseuse qu'il ne vaudrait même plus la peine d'y retourner.

Introduit une première fois en Chine par le nestorien Olopen, c'est avec Michèle Ruggiero et Malteo Ricci que le catholicisme y rentra pour n'en plus sortir. J'ai parlé ailleurs de ce grand événement; je n'ai pas besoin d'y revenir. J'ai dit comment les querelles des missionnaires avaient compromis leur œuvre, et j'ai montré que la protection armée des gouvernements européens, inutile à Dieu, était seulement un danger pour l'Église et un embarras pour les princes.

Proscrite quelque temps, mais faiblement poursuivie, autorisée plus tard, pleinement libre aujourd'hui, la religion catholique ne fait point de progrès. En condamnant le culte de Confucius et des ancêtres, elle a séparé ses adeptes du reste de la nation, elle leur a fermé le forum et la cité; ils ne peuvent plus prétendre aux emplois, aux honneurs dont le culte officiel est l'accompagnement obligé. Ce n'est donc plus que parmi les classes laborieuses des villes et parmi les habitants des campagnes qu'on en rencontre un petit nombre. Il y en a cependant dans toutes les provinces; il n'est point de district où le zèle des missionnaires n'ait porté la croix; mais partout où nos officiers ou nos commerçants ont pénétré, ils ont trouvé les chrétiens en très-petit nombre ; et c'est probablement aller aussi loin que possible que de supposer qu'il en existe en Chine un demi-million. Les provinces qui paraissent en compter le plus sont le Kyan-nan, le Sso-tmuen, le Xs-kwan et le Tiui-li; on pourrait ajouter peut-être le Kwan-tsn et le Fo-kyen. La Chine est partagée entre les missions étrangères, qui en tiennent le sud, les dominicains espagnols et les franciscains italiens, qui tiennent les uns le Fo-kyen, les autres le Xb-kwan, le IIJan si et le Illen si, les jésuites, qui ont repris le Kyan-nan, théâtre de leurs premiers triomphes et de leurs premières épreuves, et les lazaristes, répandus au midi, au centre et au nord. Ces prêtres, vêtus à la mode chinoise et vivant de peu, mènent une vie de fatigues et de souffrances que la foi seule peut leur faire supporter. Humbles et sans ambition, ils ont cru mieux servir les intérêts du ciel en exigeant que leurs chrétiens leur parlassent à genoux comme à leurs magistrats, et en poursuivant le rêve du gouvernement civil des populations chrétiennes.

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