MISSIONS PROTESTANTES
mandes, épiscopales, presbytériennes, anabaptistes et autres, avaient envoyé en Chine et dans l'Indo- Chine cent cinquante missionnaires, dont quarante-sept anglais, quatre-vingt-huit américains, quinze d'autre origine. Vingt-cinq d'entre eux avaient succombé à des actes de violence, au climat ou sur mer; quarante-huit s'étaient retirés, presque tous avec une santé profondément altérée. Dix-neuf de ces missionnaires étaient médecins, et ouvrirent des hôpitaux ou des dispensaires; presque tous fondèrent des écoles qui furent très-suivies. En outre de Morrisson, on doit signaler parmi eux W. Milnc, W. Mcdhurst, J. Legge, tous trois docteurs en -théologie, envoyés par la société de Londres; l'évèque Boone, C. Bridgman, D. Abeel, S.Wells Williams, tous quatre docteurs en théologie et américains ; les révérends C. Gutzlaff, hollandais; Th. Hamberg, de Bàle; Wylie, J.-H. Young et Milne fils, anglais; Ira Tracy, Macgowan et Bridgman fds, américains.
Les missions de Londres avaient envoyé trente-quatre missionnaires ; la société dite American Board of Commissionners for foreign Missions, vingt-six; celle dite Board of foreign Missions ofthe famericanj presbyterian Church, vingt.
Je manque de renseignements sur l'état actuel des missions protestantes en Chine ; je sais seulement qu'il y a été envoyé des missionnaires français, et je crois que les chiffres précédents donnent une idée suffisante de l'état de ces missions, qui ont pu faire quelques progrès, mais dont la situation et la proportion relative ont peu varié.
Je ne crois pas que ces missions aient opéré beaucoup de conversions : elles ont souvent été exploitées par des hypocrites, par ce que les Portugais appelaient des chrétiens de riz. Les missions catholiques ont plus d'une fois été trompées de même par des gens dont la devise était : « Pas de riz, pas de messe », et qui dénonçaient les missionnaires dès qu'ils sentaient leur hypocrisie découverte.
On a reproché aux protestants de ne pas s'éloigner des côtes; ce reproche est souverainement injuste : Bicci et les missionnaires catholiques n'ont pas du premier coup abordé le centre de la Chine. La Chine était, au commencement de ce siècle, plus difficile à parcourir qu'au temps de Ricci ; les catholiques y avaient des chrétientés où ils pouvaient être reçus et cachés ; les protestants n'y avaient encore aucun asile. On a prétendu aussi que les missionnaires protestants ne s'occupaient que de commerce; cette insinuation malveillante est sans fondement : ce ne sont pas des gens pauvres et isolés, mais des sociétés riches, nombreuses, ayant des ramifications par tout le monde, qui peuvent se livrer au commerce. On a beaucoup reproché aux jésuites de l'avoir fait; ils ont été beaucoup trop loin dans cette voie, mais il m'est impossible de voir rien de criminel ou même de blâmable dans des opérations loyalement conduites et dont le produit reçoit une destination pieuse.
Les diverses missions chrétiennes, en Chine, se trouvent en face d'un peuple qui
n'est point neuf comme les Arabes de Mahomet, les Francs de Clovis ou les sauvages de la Polynésie; c'est un peuple, au contraire, fort avancé, plus ancien que tous les autres., et chez lequel il n'est point de système philosophique ou religieux qui n'ait eu le temps et l'occasion de se produire, de se débattre, et de conquérir au milieu des autres systèmes une petite place que l'indifférence générale ne lui dispute plus. Le monde romain fut amené au christianisme par les Barbares ; la réforme de Luther souleva l'Allemagne et l'Angleterre: sans les violences qui lui furent opposées, elle eût peut-être soulevé l'Espagne. Ces contrées, peu civilisées, peu éclairées alors, avaient une foi naïve, inquiète, facile à surprendre. L'Italie, reine de l'Europe, avait, par la voix de Dante, jugé le pontificat avec plus de sévérité; elle l'avait condamné avec plus d'éloquence que la réforme n'en déploya jamais : ni Dante, ni l'Italie, cependant, ne désertèrent l'Église. La renaissance empêcha la réforme de naître sur ■cette terre mère de la sagesse et des arts ; elle la poursuivit en France, et la tua. Ce n'est pas la Saint-Barlhélemy, c'est le sourire de Montaigne qui l'a chassée de Paris ; et si Voltaire a fait peu de mal à l'Église, qu'il a tant combattue, on peut cependant dire qu'il a fermé la France à la théophilanthropie, au catholicisme français, au mormonisme et à bien d'autres rêveries.
Des peuples moins avancés que les Chinois, les musulmans, repoussent le christianisme, parce qu'ils nourrissent contre lui des préventions ardentes. Les Chinois, sans le repousser, ne l'acceptent pas : leurs temples et leurs idoles suffisent à la dévotion grossière du peuple, indifférent à tous les dogmes; leurs livres ont rendu sceptique tout ce qui les a lus. Les Chinois répondent donc, quand on leur parle de révélation, que Dieu est inaccessible et muet; quand on leur parle de création, que le monde est éternel et qu'on n'y voit naître et périr que les formes dans lesquelles ses éléments viennent successivement se grouper ; quand on leur parle de la Bible et des juifs, ils répondent qu'ils ont aussi de vieux livres, des livres qu'ils croient même plus anciens, que leur nation est la plus nombreuse de la terre, qu'elle était civilisée quand les juifs vivaient sous la tente, et qu'elle ne peut, sur le passé ni sur la sagesse, rien apprendre ni de ces barbares, ni des Européens, que la Chine a devancés plus encore.
Les premiers missionnaires, en portant à la Chine nos sciences, l'avaient éblouie et presque conquise. Les Chinois poursuivent l'étude alors commencée; mais ce n'est plus des missions, ou du moins ce n'est plus des missions seules que la lumière vient : la science laïque ne démontre pas tout ce que le récit biblique, mal interprété peutêtre, semble rapporter. L'Eglise catholique n'aborde la Bible qu'avec une sage prudence; le protestantisme croit devoir en multiplier les incertaines traductions et répand partout ce livre, dans lequel un de ses premiers pasteurs, l'évêque mission-