‹ Mémoires sur la ChineChapitre 145 sur 220 · AVENIR DES MISSIONS · texte numérisé non relu

AVENIR DES MISSIONS

naire Colenso, a vu cependant une pierre d'achoppement. Les tracts ne sauraient avoir de succès dans un pays où l'on imprime déjà beaucoup plus qu'on ne peut lire : les Chinois les acceptent poliment, parce qu'il est d'usage, chez eux. d'offrir ainsi des compositions littéraires ou de petits ouvrages. Les prêtres chinois croient être plus polis encore en y répondant par des tracts de leur fabrique, relatifs à leurs dieux, et des invitations aux fêtes qui se célèbrent dans leurs temples.

Il y a deux siècles, une foi ardente animait toute l'Europe ; la piété des navigateurs les attachait aux missionnaires ; le respect dont ils les entouraient, l'assiduité de leur dévotion, édifiaient l'Asie et lui montraient unis et confondus l'Europe, le christianisme et la civilisation. La foi a, de nos jours, perdu quelque peu de cette puissance. Dans les archipels du Pacifique, les navigateurs regrettent ces faciles amours et cette candeur commerciale de l'âge d'or que la présence des missionnaires a fait cesser, en rendant, comme on l'a dit avec esprit, les femmes plus sauvages, et en éclairant les hommes sur leurs intérêts. Partout où les missions ont mis le pied, le commerce a paru à son tour : des marins, des marchands, des voyageurs, des soldats, se portent partout en grand nombre ; la foi naïve des néophytes s'étonne de ne pas rencontrer chez eux une foi pareille, et se demande si ce n'est point en Europe qu'il serait utile d'envoyer des missionnaires. Il se trouve parfois même que ces Européens sont hostiles à la religion, et la combattent dans l'esprit des Asiatiques aussi souvent qu'ils en trouvent l'occasion.

Les missions catholiques souffrirent un rude échec lorsque les dominicains et d'autres vinrent en disputer la possession aux jésuites. La situation est plus difficile encore aujourd'hui qu'à cette époque : les dominicains opposaient aux jésuites une religion qu'ils disaient plus pure; les protestants, aujourd'hui, opposent de même leur réforme aux catholiques; et ces protestants, divisés en un grand nombre de sectes, songent plus à discuter et à se combattre les uns les autres qu'à convaincre les Asiatiques et à combattre pour Jésus-Christ. Ils ne sont d'accord ni avec les catholiques, ni entre eux, sur la traduction chinoise du nom de Dieu, ni sur celle de la plupart des termes usités dans la Bible ou dans les catéchismes. Il semble qu'ils affectent même de ne pas parler le même langage: ils ont créé ce que l'on appelle déjà le chinois missionnaire, sorte de langue hybride et variable qui n'aura jamais son académie ; et il est naturel que les Asiatiques, témoins des querelles des chrétiens, leur offrent de se convertir seulement quand ils auront pu s'accorder les uns avec les autres. Les choses vont quelquefois plus loin, et un profond discrédit est jeté sur la religion par des hommes respectables et convaincus, mais poursuivis par des rêves bizarres, tels que la croyance au millénium. au spiritisme, ou atteints de la manie des quakers.

Si donc il est permis de raisonner humainement des choses divines, je dirai que je

ne crois point que le christianisme fasse en Chine plus de progrès qu'il n'en a fait dans les contrées musulmanes ou dans l'Inde.

J'ai dit ce que deviendrait pour nous la Chine si elle était musulmane : il serait beau qu'elle fût chrétienne ; mais à regarder les choses de cette faible hauteur où le soin de nos intérêts nous maintient, nous devons reconnaître que, protestante comme Genève, ou catholique comme l'Espagne, elle ne nous serait pas plus ouverte qu'elle ne l'est aujourd'hui, et que s'il est noble et pieux de lui souhaiter une religion meilleure que les religions fausses dans lesquelles elle s'égare, il est juste cependant de savoir à ces religions et au peuple qui les suit quelque gré de leur tolérance. Nous pouvons, en face des images de leurs dieux, montrer la sainte figure du Christ; mais nos mains seraient vraiment impies si elles renversaient une seule pierre de ces temples hospitaliers, si elles brisaient une seule de ces idoles qui ont partagé si souvent leur logement avec nous. Si Polyeucte n'est pas mort, c'est à la Mecque qu'il faut l'envoyer; la Chine n'a pas besoin de lui.

VOCABULAIRE RELIGIEUX

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