MAGISTRAT DU SECOND RANG
SVEOU-TSAY BACHELIER
fonctionnaires d'un rang moins élevé, mais supérieur à celui de tmi fe, on fait usage, au lieu du pronom de la seconde personne, de la locution de ta-jen (grand homme) ; on traite les tmi h de tai-mao et de ta-lao-yé (magnus senior); les tuii-myen, de ta-yé (grand personnage); tous les autres, les xan-lin, les docteurs, etc., de lao-yé
(senior); les bacheliers et les jeunes gens sont appelés syan-ksn. En général, on n'emploie le pronom avec personne : un paysan est un vieux père, comme un magistrat est un grand homme, et comme les officiers de l'armée de Chine l'étaient eux-mêmes. J'étais le grand homme I; cette grandeur ne m'aveuglait pas , j'y étais accoutumé : lorsque je voyageais, il y a quelques années, en Portugal, accompagné d'un médecin et d'un domestique, j'étais Son Excellence, le médecin était Sa Seigneurie, et le domestique Sa Grâce, ni plus ni moins que le duc de Wellington. J'étais alors attaché d'ambassade : je me demandais avec anxiété quel titre il serait possihle de donner au ministre des affaires étrangères pour que la distance hiérarchique qui me séparait de lui ne fût point trop méconnue; je me rassurais, toutefois, en pensant que ce ministre était de ceux qui pour être grands n'ont pas besoin que les autres se fassent petils.
Les édifices habités par les magistrats sont appelés yuan, yuan-ya-môn, et plus ordinairement ya-mon. Ils consistent en bâtiments bas, entourant plusieurs cours successives : ils sont généralement malpropres et délabrés. Il est rare que les magistrats soient bien logés et bien meublés; tout, autour d'eux, rappelle l'instabilité de leur situation.
Tous les ya-mon, sauf un seul en Chine, assurc-t-on, ouvrent au midi; ils diffèrent un peu d'après le rang du magistrat auquel ils sont destinés : dans celui d'un intendant et au-dessus , on entre par des portes de côté , appelées yuan-mon , dans une première cour; aux extrémités de cette cour, on remarque de petits pavillons : celui du sud-ouest est appelé tnnfei-ks-tin ; c'est là que, trois fois par jour et chaque fois que l'intendant sort, on sonne la corne et on bat ce que nous appelons le gong. On appelle ces pavillons ks-yuo-tin quand le tambour et la flûte y sont employés. Il y a dans cette première cour deux mâts rouges : le tiui-kan, à l'ouest, qui porte un drapeau, et le wei-kan, à l'est, qui en porte souvent un aussi; sur les drapeaux des intendants on lit parfois le mot tao, etc.
Sur le mur méridional de la cour, ou sur un masque ou écran détaché, on voit la représentation de l'animal fabuleux appelé tan. Appuyé sur quatre talismans, il peut traverser l'eau, le feu et l'air : il voudrait dévorer le soleil qui est devant lui ; mais à l'instant où il le tentera, il perdra ses quatre talismans et périra misérablement. Cet apologue est à l'adresse des fonctionnaires ; ils sont le tan, et l'empereur est le soleil.
Sur le côté nord de la cour s'ouvre une triple porte, ta-môn, gardée par deux ou quatre lions de pierre et six môn-men peints sur la boiserie. Cette entrée est la première des ya-môn, des turi-fo, qui ont le tan en face de cette porte, mais point de drapeaux, ni de musique. Une seconde cour, dans laquelle sont les bureaux des
ÏA-MON.
Pour l'explication, voir le texte.
huissiers cl des greffiers, conduit à la triple porte appelée yi-môn. Dans la troisième cour sont les bureaux, au nombre de six, les-fan, trois de chaque côté, qui représentent les six ministères. Au milieu est une arche appelée nian-yu-tin, c'est-à-dire tin destiné à l'affichage des saints édits impériaux. Au fond s'ouvre la grande salle, ta-lan : c'est là que se rend ordinairement la justice. Le magistrat y prend place ordinairement dans une petite baraque appelée noan-ko; il s'assied sur un fauteuil dit ksn-nnan; il a devant lui une table sur laquelle on voit des pierres à broyer l'encre rouge et l'encre noire, deux pinceaux soutenus par un porte-pinceaux, pi-kya. deux boites à (lèches ou à baguettes, tsyen-tam : la première en contient huit petites appelées men-tuian-tsyen ; la seconde, deux grandes appelées xvo-tsyen. Chacune des petites représente un même nombre de coups de bâton, ordinairement cinq. Quand le
I' l':> ■i. i .''I'111"'1' Mi- i J I . . I '■ 1 > "TU' :l" '' '' ■ I1"! ' I1' -(■ H)
magistrat veut faire frapper ceux qui sont amenés devant lui, il prend et jette à terre autant de ces baguettes qu'il veut faire donner de fois cinq coups de bâton. Il y a des magistrats qui donnent à ces baguettes la valeur de dix, de vingt et de quarante coups. Les grandes baguettes sont remises à des huissiers chargés de quelque mission, telle que la communication d'un ordre, l'arrestation d'un coupable ; elles répondent au truncheon des constables anglais.
A la droite du magistrat, un petit meuble appelé yin-kya-tso porte le cachet, yin, et le bambou jaune, tmo-min, reçus de l'empereur; ces objets sont enveloppés de soie jaune. Près du noan-ko sont placés le grand tambour, taîï-ks, un gong à bords découpés appelé tyen, des chaînes, sswo-tsô, des cangues (en chinois, kya), etc. Derrière la grande salle, on traverse la porte tuuai-mon, puis la porte dite kya-kwanmôn, ou pin-mon, gardée par une image de Tyen-kwan ou de quelque autre person-
liiÉfii^^
wwwww\w¥m\nwwr\w mmNmmmK\mmwmi
MAGISTRAT nE.NDA.NT LA JUSTICE.
Au-dessus de la tète du magistrat, on lit : W'ei tchan i lu (Pour être magistrat, il faut titre vertueux. Ou encore : On doit gouverner par la sagesse). Deux accusés ont été amenés; ils ont retiré leurs bonnets : s'ils avaient eu des chapeaux, ilsaiu aient dû les conserver. Derrière eux, on voit un instrument de torture pour serrer les chevilles. — Pour le reste, voir le texte.
nage. On traverse alors un nouveau tribunal, aux cotés duquel sont deux petites salles, orl-tan ; on passe la porte dite noé-pin-môn, ou pin-fon-mbn, et l'on se trouve dans l'habitation du magistrat, « la haute demeure», comme disent les Chinois, m an-fan.
Les employés subalternes de l'État n'habitent pas les ya-môn des magistrats d'un certain rang : les employés personnels de ces magistrats y sont seuls logés, encore ne le sont-ils pas toujours; mais dans les ya-môn des tnii-myen, le tmi-myen habite un bâtiment central ; le myen-tinan et le tsn-pan, un bâtiment situé à l'est; le tyeniiio ou le li-mn, un bâtiment situé à l'ouest; le kyao-yu ou myo-tmen, enfin, habite la chapelle de Confucius. En outre de cette chapelle, il y en a souvent une dédiée à ïb-ti, c'est-à-dire au dieu pénate.
Bien que les détails de l'étiquette soient puérils, il est nécessaire de les connaître ; c'est le seul moyen que les agents européens puissent trouver de se soustraire à ces perpétuelles mystifications dont le but est de les dégrader aux yeux des populations. Il faut qu'ils aient une claire notion des honneurs qui se rendent en Chine à ceux de leur rang et des formes dans lesquelles consiste la politesse chinoise, afin de se faire toujours rendre ce qui est dû à leur situation et à la grandeur de leur pays. Ils peuvent modifier quelques détails, mais il y en a d'autres qui ne peuvent se modifier : l'officier subalterne envoyé par un ministre chinois à un ambassadeur européen le traite comme son égal en descendant de sa chaise au bas de son perron, en s'asseyant près de lui et en en acceptant des rafraîchissements. Les Européens sont constamment bafoués de cette façon par les Asiatiques. Lorsque nos ambassadeurs paraissaient jadis devant le sultan, ce n'était qu'après un repas offert par ses officiers et après avoir été revêtus de ce qu'ils appelaient un cafetan d'honneur; on annonçait alors au sultan que le mendiant chrétien, ayant été rassasié et vêtu par sa munificence, était à même de paraître devant lui. Cette comédie, qui nous fait sourire, était prise au sérieux par les musulmans. Le plus grossier de tous, l'empereur du Maroc, qualifiait Louis XVI de chienne, trouvant le mot chien trop flatteur pour un roi de France. Quelques exemples feront entendre l'étiquette des visites officielles chinoises.
Je suppose d'abord la visite d'un trésorier, d'un grand juge ou d'un intendant, à un gouverneur ou gouverneur général. Le visiteur en grand costume descend de sa chaise devant la porte dite ta-mon (1); il entre par l'arcade de cette porte, qui est à sa droite ; il est reçu à la porte dite pin-môn et conduit au tin-tan ; là il feint de vouloir s'agenouiller, tsan; le visité l'en empêche, tso : il fait alors avec les mains et la
(1) Voir pour cette porte la vue perspective d'un ya-môn donnée plus haut.