ADMINISTRATION
les soufflets, tsbi-pa, donnés avec une sorte de semelle de cuir; la gène des chevilles, kya-kwau : la compression des genoux sur des graviers à l'aide d'un bâton sur lequel se tiennent deux hommes, etc.
Le sous-préfet envoie après examen le coupable au grand juge criminel, qui peut faire recommencer l'instruction. Si les accusés reviennent sur leurs aveux (l'aveu du coupable étant très -important aux yeux de la justice chinoise), le sous-préfet peut se trouver gravement compromis. C'est un cas qui se présente quelquefois, lorsque le grand juge se trouve n'être ni l'ami, ni l'obligé du sous-préfet. Pour les affaires de vol, elles s'arrêtent au sous-préfet, ou plutôt à son délégué en ces matières, le tyen-mo, sorte de commissaire de police de l'arrondissement chargé du jugement des voleurs et de la garde de la prison. On l'appelle aussi px-tin.
Pour opérer, dans les villages, l'arrestation d'un voleur, le sous-préfet envoie un agent qui porte le titre de ps-pan, c'est-à-dire agent s'avançant au pas. Les Chinois, dont les idées sont souvent très-originales, pensent que l'on saisit les assassins en sautant sur eux , et qu'on ne s'empare des voleurs que par une approche lente et discrète.
Le sous-préfet compte aussi parmi ses agents un tsao-pan, bourreau ou exécuteur des basses œuvres; ce qui explique le dicton vulgaire d'après lequel il y a trois pan dans un niycn.
Les magistrats d'un rang élevé ont seuls auprès d'eux un exécuteur des hautes œuvres attitré : on l'appelle kwei-tso-uiao.
Il existe un code pénal chinois; Staunton l'a même traduit, et il est très-connu en Europe : il l'est peut-être moins en Chine; on y a quelque égard à Pékin. Les Chinois prétendent même que le ministère de la justice et la principale prison de l'empire, nieh-pb-, sont exclusivement conduits d'après ses règles. Ayant été moi-même prisonnier du meh-pb, et ayant pu me rendre compte de ce qui s'y passait, il m'a été impossible d'y reconnaître le code de Staunton. Dans les provinces, il en est encore bien moins question. Chaque lieu a ses coutumes, et chaque magistrat châtie suivant la méthode et dans la mesure qui lui conviennent. La peine de mort, qui passe pour ne pouvoir être appliquée qu'après les assises d'automne et sur l'ordre de l' empereur, est appliquée, après le jugement le plus sommaire, par des fonctionnaires de l'ordre le moins élevé. J'ai vu pendant plusieurs semaines exécuter, à Chang-hai, une moyenne de dix individus par jour : c'étaient des gens suspects de rébellion ou d'intelligence avec les rebelles. Entre l'arrestation et l'exécution, il s'écoulait quelquefois moins d'une heure : c'est ainsi que Yé a fait périr, à Canton, soixante-dix mille individus, et a dû recourir, comme Carrier, aux noyades. La chose a été si loin dans plusieurs provinces que le dernier empereur a dû appeler l'attention des magistrats