‹ Mémoires sur la ChineChapitre 205 sur 220 · COSTUME · texte numérisé non relu

COSTUME

enveloppés d'un cartonnage qui se ferme avec des chevilles d'ivoire. 11 y a partout des livres ; les paysans du Tiui-li, qui passe pour la Béotie de la Chine, en avaient lous : c'étaient des almanachs, des traités de culture, des récits miraculeux, des ouvrages classiques, des histoires de voleurs, des chansons et des romans plus ou moins moraux. Partout aussi l'on trouve de petites collections. Les Chinois, comme les Hollandais, ont la passion du biblot. Je ne la partage point; mais je ne puis y voir que la marque d'un caractère doux, d'un esprit rangé, comme je vois dans la malpropreté des nations méridionales de l'Europe l'inséparable stigmate de leur ignorance et de leur paresse.

Le costume des Chinois, plus commode que celui des autres peuples de l'Asie, est assez varié : très-long et très-ample chez les riches, très-réduit et très-simple chez les travailleurs, il présente chez les gens d'un état moyen quelques traits tels que les chausses collantes, le chapeau mou, la veste serrée comme un justaucorps ou la demi-robe entr'ouverle qui rappellent les bourgeois français du siècle de Louis XL

Il consiste d'abord, pour les hommes, en une chemise courte, un caleçon, des bas cousus, le tout en toile de coton généralement belle et épaisse quand elle est faite en Chine et particulièrement dans le Kyan-nan, sans force, au contraire, quand elle provient des économiques importations anglaises. Les toiles de Chang-hai ou de Ssîikyail, larges d'un pied, valent de 11 à 12 centimes le pied. Celles de Tyen-tsin, moins bonnes, mais un peu plus larges, se vendent à un prix équivalent.

Le caleçon est tenu par une ceinture qui porte la bourse, disposée de façon à recevoir la montre. Un col de velours se ferme autour du cou, et par des appendices se rattache en avant et en arrière à la ceinture. Des jambières en soierie de couleur, qui se rattachent à la ceinture, emprisonnent les jambes jusqu'au-dessus du genou.

Une robe ou une demi-robe de soie à manches longues, serrée à la taille par une autre ceinture à boucle dorée et se boutonnant près de l'épaule gauche par un seul bouton, couvre ces premiers vêtements et est couverte elle-même par une autre robe ou une veste. On emploie en Chine beaucoup de draps russes, larges de quatre pieds cinq pouces. Le prix de ces draps varie, suivant la couleur et la qualité, entre 5 francs et 7 fr. 50 cent, le pied. Les velours russes noirs, larges d'un pied trois pouces, se vendent 75 centimes le pied; les velours chinois, de la même largeur, valent 2 et 3 francs. On porte, surtout dans le Nord, beaucoup de fourrures zibeline, renard doré, astrakhan, etc. : on les double en soie et on les porte tantôt le poil en dehors, tantôt le poil en dedans. Les fourrures, fort usitées dans le nord de l'Asie, l'est et le nord de l'Europe, l'étaient également parmi nous il y a quelques siècles. Le nombre des pelletiers était énorme à Paris. On chauffait mal les maisons, et

l'on vivait plus au dehors. Je crois que cette manière de vivre valait mieux que la nôtre. L'usage des fourrures est bien préférable à celui de nos vêtements d'hiver, lourds, durs et étriqués. Il est à remarquer, du reste, que pendant l'été les Chinois se couvrent à peine, et que, même dans le Nord, les gens du commun vont presque nus, et les marchands ne sont souvent couverts que d'un caleçon et d'une large chemise blanche.

Les coiffures sont la calotte, le chapeau mou, le chapeau d'hiver à bords relevés et inflexibles, et le chapeau d'été, de paille et de forme conique. Les chaussures sont des pantoufles à semelle mince, des souliers de feutre ou de velours, à haute semelle, brodés avec goût, et des bottes de soie à semelle également très-haute.

Les Chinois, non plus que les Turcs, ne savent pas encore distinguer, dans la fabrication des chaussures, le pied droit du pied gauche : c'est le plus grand inconvénient de leurs chaussures, qui sont un peu lourdes, mais très-chaudes et suffisamment imperméables.

En cérémonie, on porte des vêtements longs, les manches abaissées sur les mains; des bottes, et les chapeaux d'hiver ou d'été : on n'ôte point ces chapeaux, mais on ôte la calotte devant les magistrats, lorsqu'on parait devant eux avec cette coiffure négligée. La queue, dont l'extrémité est garnie d'une tresse de soie, se roule souvent autour de la tête; mais il serait inconvenant de paraître ainsi dans la rue ou devant des supérieurs. Les domestiques la laissent toujours pendre lorsqu'ils servent : l'oubli de cette règle, chez quelques Européens, donne à leur maison les allures d'un cabaret-

Les femmes portent généralement des robes ou des paletots de soie à manches courtes et très-larges, échancrés au cou, croisés sur la poitrine et garnis sur les parements de broderies larges et fort élégantes. La manière d'arranger leurs cheveux varie de district à district, et rappelle dans quelques endroits, par sa disposition et par l'usage de grandes épingles, certaines coiffures italiennes. La tête est quelquefois ornée de petits diadèmes en métal encadrant ou soutenant des fleurs et des papillons en plumes d'un beau bleu de lapis et d'un effet très-gracieux.

On sait que les pieds des femmes sont habituellement réduits et déformés par la compression : il est à remarquer qu'ils le sont suivant des méthodes très-différentes sur divers points de l'empire. C'est ce dont ne se doutent pas les touristes et les médecins qui publient pour la millième fois les mêmes contes ou les mêmes détails anatomiques. Les femmes mantehoues, celles de la famille impériale même, ne connaissent point cette mode barbare, et si leurs pieds sont petits, c'est à la nature seule, qui les a fort bien traitées, qu'elles en sont redevables. La plupart des femmes chinoises du peuple, surtout dans les provinces où elles travaillent à la terre, sont également soustraites au supplice de la réduction des pieds. Les petits souliers brodés,

Page 1