DES YU EN
Fm] '■
«-'C^O^çîK.C!^
Marco-Polo. — Les Yuen. — Les Mifi. — Les Portugais. — Le Japon. — Les Espagnols. — Malteo Ricci. — Guerre japonaise. — Les Hollandais. — Les Tsifi. — Les Mantchous. — Conquête du Sud. — Les pirates. — Les chrétiens. — Émigrations. — Constitution des Tsifi. — Chun-tchi. — Kaù-chi. — Travaux des jésuites.
— Ruine des missions. — Guerre des Éleuts. — Kyen-loufi. — Les Myao-tsô. — Tao-kwafi. — Les Anglais.
— Guerre de 1840. — Chyen-foîï. — Les Tai-pifi. — Touiï-clio.
Les croisades avaient porté l'Europe sur les confins de l'empire mongou. L'Europe savait qu'il existait, en Asie, un peuple immense, encore barbare, encore neuf, et dont le christianisme pouvait s'emparer, une puissance capable d'écraser l'islamisme, ou tout au moins de le contenir. Les princes chrétiens cherchèrent donc à se lier avec les chefs mongous. L'ignorance et l'orgueil des uns et des autres, les distances, la victoire musulmane, s'opposèrent au succès, ou firent perdre le fruit de ces négociations. Une petite république, rejeton de la vieille Rome, Venise, faisait alors le commerce de l'Asie et de l'Europe ; les routes de la mer Rouge et du golfe Persique lui étaient bien connues : elle cherchait cependant, en suivant de vieux vestiges, un chemin plus direct vers les régions orientales. En 1255, deux gentilshommes de Venise, marchands à Constantinople, les frères Polo, menèrent à bien cette aventure. Ils furent reçus près des frontières chinoises par le chef des Mongous, qui les renvoya chargés de présents, et leur demanda de lui ramener des prêtres. L'Europe, qu'ils avaient tant servie, dédaigna leur service. Les nouveaux mages trouvèrent vacant le siège pontifical qu'ils venaient saluer : le pape enfin choisi leur confia deux moines; mais ces moines, moins ardents pour le triomphe de Dieu que les marchands pour la poursuite de la fortune , vaincus par la fatigue et la crainte , abandonnèrent une des plus grandes entreprises que la milice chrétienne eut jamais tentées. Ce n'est pas à dire que le succès de cette entreprise fût certain. Ce n'est peut-être pas le Dieu unique, mais un dieu de plus que Khoubilai voulait connaître.
On le vit plus tard rendre hommage à trois cultes bien différents, dans le singulier espoir d'être exaucé par celui qui serait le plus puissant ou le seul puissant, de Jésus, de Mohammed ou de Bouddha. Les Mongous étaient même plus disposés au lamaïsme qu'à d'autres cultes : les Yuen traitèrent avec une extrême faveur les lamas. Le Grand Lama vint visiter l'un de ces princes et en fut reçu avec les plus grands
honneurs.
Mais les Polo menaient en Chine leur neveu Marco, encore presque enfant. En 1275, ils le présentaient à Khouhilai. « Sire, disait son père, il est mon filz et uostre » homme. — Bien soit-il venu, dit le seigneur. » Et bien venu il fut en effet ce noble enfant de Venise, devenu soudain le serviteur, l'ami, le. frère de sang d'un peuple asiatique. Les gouvernements absolus, durs aux nations qu'ils régissent, exclusifs à l'égard des nations étrangères qui pourraient devenir un exemple, accueillent habituellement bien les étrangers isolés, voyageurs ou suppliants. Les despotes aiment à s'en entourer; ils trouvent un gage de sécurité de plus dans l'impopularité qui peut atteindre ces hôtes, et les contraint à se serrer de plus en plus autour du trône qui les protège. Marco-Polo, admis à la confiance du prince, fut son ambassadeur dans le Nnan-nan, gouverna une de ses provinces (Yan-tnien) , le suivit et le servit à la guerre. Les Chinois savaient élever de hautes murailles et s'y étaient jusqu'alors trouvés en sûreté, tant l'art des sièges leur était inconnu. Des musulmans attachés à la fortune des Mongous avaient fabriqué quelques machines; Marco- Polo y ajouta et dota la Chine de cette artillerie, antérieure à l'invention de la poudre, que les Grecs et le moyen âge avaient perfectionnée.
Peut-être y eut-il dès lors en Chine des canons, au moins de bois, cerclés de cuir et de cordes. Ce qui en ferait douter, c'est que les Européens venus plus tard ne trouvèrent de véritable artillerie que là où les Arabes s'étaient établis ou avaient passé. Si l'invention de la poudre est ancienne en Chine, c'est de la poudre fusante qu'on peut seulement le dire. Les fusées, appelées tlèches de feu en chinois, en sanscrit et dans d'autres idiomes, employées par le Bas-Empire et reprises de nos jours, sont une des plus vieilles armes de l'Asie ; mais je crois que la poudre explosive et le canon appartiennent à l'Europe : c'est l'Europe, en tout cas, qui a su en faire le plus terrible et le plus criminel usage.
Marco-Polo regagna sa patrie par la mer des Indes et par la Perse ; il conduisait à la cour de Perse une princesse de la maison de Khoubilai. 11 avait passé en Chine dix-sept armées et revenait patriote. Montant une galère contre les Génois, il fut pris; et c'est à Gènes, prisonnier comme tant de héros, qu'il dicta son livre. Il le dicta en français, langue non moins élégante en ce. temps qu'aujourd'hui, plus répandue même peut-être, car les nobles anglais n'en savaient point d'autre, et le gentilhomme