LES ANGLAIS
Deux pirates, maîtres de six cents navires, inquiétèrent, de 1806 à 1810, les eûtes méridionales de la Chine, et, dominant la rivière de Canton, en ruinèrent le commerce. Avec l'aide des Portugais de Macao, et grâce à la dissension des deux bandits, on finit par les réduire à l'impuissance et les amener à se soumettre.
En 1816 eut lieu l'ambassade de lord Amherst. Cette ambassade eut un insuccès complet : ayant refusé nettement l'hommage d'une prosternation que l'Europe ne doit qu'à Dieu, elle fut éconduite. Elle se rappelle par les travaux d'Ellis, d'Abel. de Davis, de Morrisson. C'est ce Morrisson, le Ricci du protestantisme, qui publia, aux frais de la Compagnie des Indes, le meilleur dictionnaire chinois que nous ayons encore (1).
En 1821. Tao-kwaii monta sur le trône.
En 1828, le Turkestan se souleva : un chef musulman, Jehanghir, lutta quelque temps avec succès contre les troupes chinoises. La trahison procura à la Chine une victoire que sa cruauté acheva de souiller.
En 1830 le Kwan-tbTi, en 1830 et 1834 Formose, pays ingouvernables, se révoltèrent encore et furent de nouveau conquis.
En 1840, enfin, éclata la première guerre sérieuse que la Chine ait dû soutenir contre l'Europe : ce sont les Anglais qui furent alors les champions de l'Occident. Les Français n'avaient pas poussé leurs navigations ou leurs conquêtes aussi loin que des peuples plus faibles : ils avaient tenu cependant une partie de l'Inde; ils y avaient vaillamment combattu l'Angleterre. Une dynastie fatiguée avait laissé de nobles efforts s'épuiser en vain; une révolution sans pareille, au moins dans son histoire, avait ensuite agité la France; l'Europe, armée contre elle, l'avait contrainte à resserrer ses forces: elle dut abandonner à peu près les mers et ses domaines lointains. Désorganisée, sans crédit, elle repoussa le choc de toute l'Europe, avec cette énergie que les peuples affranchis possèdent et que quinze ans de despotisme pouvaient seuls lui oter. Ce despotisme stérile ne lui rendit pas sa place au soleil de l'Asie; il associa seulement à ses échecs les peuples qu'elle opprimait, et tant quelle les opprima. Les Anglais ne virent plus dans l'extrême Asie d'ennemis qu'ils pussent redouter. Ils avaient déjà, en 1762, aidés par les Chinois, toujours hostiles aux Espagnols, occupé Manille; Formose avait vu leurs comptoirs succéder à ceux des Hollandais; en 1785, ils avaient pris Poulo-Pinang; en 1795, Malacca. Ils avaient contre la France, en 1802 et 1808, tenu garnison à Macao; puis, en 1811 , annexé les Indes hollandaises, tombées avec la Hollande sous le joug français. En 1816. ils
(I) On pourrait en imaginer un pins complet. Ce serait peut-être au tour du gouvernement français de s'en occuper. 11 trouverait, sans sortir de Paris, l'homme le plus capable de mener à bien cet immense travail.
les rendirent à leurs vrais maîtres; mais, en 1818, ils fondaient Singapour sur un îlot qui ne comptait alors que deux cents habitants, et faisaient, en 1825, reconnaître cette possession par la Hollande et par un prince malai.
Les progrès des Anglais dans l'Inde avaient inquiété les Chinois. Leurs établissements à Malacca leur paraissaient une entreprise ou tout au moins une menace contre l'empire. Les Chinois, toutefois, montraient une grande prudence dès qu'il s'agissait de l'Inde ou des Etats voisins.
En 1815, les Anglais ayant envahi le Népaul, le rajah ou roi de Gorkha implora contre eux le secours de la Chine, dont il était tributaire. Il s'adressa aux autorités chinoises du Thibet, leur représentant qu'après avoir envahi le Népaul la Compagnie s'attaquerait au Thibet. Une correspondance cauteleuse et craintive de la part des Chinois s'ensuivit. Les Anglais s'expliquèrent nettement. Des envoyés gorkhas furent reçus dans le Thibet avec hauteur, et renvoyés sans secours. On demanda cependant aux Anglais de retirer du Népaul le résident qu'ils y avaient établi : ils s'y refusèrent, mais ne paraissent point avoir contesté la suzeraineté de la Chine sur cette partie de l'Inde.
Les Anglais, c'est-à-dire la compagnie qui , jusqu'en 1834, conserva le monopole du commerce anglais en Chine, avaient élevé des factoreries à Amoy, à Fs-tmeK (Foochow), à Canton. C'est à Canton que se fit surtout un commerce que les maîtres de la Chine voulaient reléguer aux extrémités de leur empire. Le monopole de la Compagnie rencontrait là le monopole de ces marchands, qualifiés de Hongs par les Européens, que le gouvernement autorisait seuls à commercer avec l'Europe, les rendant responsables, d'ailleurs, de tout ce que les Européens pourraient faire. Pendant quelque temps on n'avait même autorisé qu'un seul de ces marchands, comme en 1725 on avait limité à vingt-cinq le nombre des navires que le port de Macao devait recevoir chaque année. Entre ces monopoles, il y avait place pour peu de progrès : le commerce ne commença vraiment à se développer que quand le monopole de la Compagnie d'abord, celui des Hongs ensuite, eurent fait place à la liberté des transactions.
Après 1834- , lord Napier, sir J.-F. Davis, sir G.-B. Robinson, se succédèrent en Chine. Le commerce et la politique soulevaient dans ce pays deux grandes questions : celle de l'opium, particulière aux Anglais; celle de l'application des lois ou plutôt de l'illégalité chinoise aux Européens, commune à toutes nos nations. La Compagnie anglaise, en raison de ses traités avec la France et de la réserve prudente des Hollandais et des Espagnols, avait seule de l'opium à vendre. Cet opium ramenait dans l'Inde, et de là en Angleterre, l'argent que la Chine soutire à l'Europe en échange de la soie. Le gouvernement chinois voyant l'argent disparaître, remplacé