‹ Mémoires sur la Chine. Série complémentaireChapitre 15 sur 31 · MÉLANGE ET SUBSTITUTION · texte numérisé non relu

MÉLANGE ET SUBSTITUTION

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<]onin)eri-e et mélange. — Comparaison des melliodes. — Comparaison des mots. — Mots empruntés. — Formes empruntées. — Lois du mélange. — Simplilication du langage. — Langues secrètes. — Familles de langues. Classemcnl philosophique.

Chaque premier groupe liuiuaiii, sous une impulsion divine diversement rerue par <les races inégales, a constitué son premier langage, c'est-à-ilirc mis en circulation quelques cenlaines de mots, et quelques formes ou quelques locutions d'une valeur grammaticale. Mais les honunes se multiiilient. leurs campements se rapprochent, les trihus se déplacent . les nations se mêlent , leurs idiomes se mêlent aussi.

L'échange des produits de climats éloignés conduit les caravanes d'une extrémité d un continent à l'autre. Pour commercer si loin, pour traverser tant de contrées, il faut s'entendre : les caravanes glanent et sèment leur langue aux lieux où elles s'arrêtent. Le hangar qui les reçoit s'appelle un khan au Caire et à Constantinople. à Delhi et à Pékin, sans qu'il soit aujourd'hui facile de deviner quel peuple a le premier fait usage de ce mot (1); le mot bazar n'est pas moins répandu. Ce qui se vend et î^'achète, enfin, se vend et s'achète partout à peu près sous le même nom, gardant celui que lui ont donné les premiers producteurs ou les premiers marchands. Il en est de même des cultures nouvelles, des animaux et des outils nouveaux. Les Australiens ont pris des Anglais le nom du mouton, comme le monde entier a pris des Virginiens •(!elui du tabac. Nos navires sillonnent aujourd'hui toutes les mers, portant sur tous les rivages les produits de l'Europe et les mots que l'Europe possède en commun.

(Il I^ne parait pas arabe, et n'est probablement pas chinois, piiisi|ue les Chinois se servent pour l'écrire d'un caractère «pii a déjà un autre sens et un autre son.

m MÉLANGE ET SUBSTITUTION.

Mais avaiil ce grand progrès, le comnieice oxislait dans le monde. Ignorant des cheniiiis de la nier, il frayait sa roule à travers les hommes, et sa trace est resléo partout. Home avait entendu parler de la Chine ; plus d'un Carthaginois, sans doute, visita la l}alli(iue, laissant en payement de lambre, des miroirs de métal, des épées ou des lances aux hommes qui taillaient le silex ; et le sépulcre où descend IWustralien barbare révélera peut-être un jour Uâge sinmltané de la pierre et du canon.

Le nom du fer, celui des premiers outils, de quelques animaux domestiques, sont, sous des formes très-voisines, communs à l'Europe et ;i l'Inde. Cela prouve- t-il, comme on le répète, que les peuples de l'Inde et de l'Europe aient vécu sur un même sol et ne se soient séparés que lorsqu'ils connaissaient déjà toutes ces choses:' Nullement. Les noms du tabac et du thé leur sont comnmns aussi, et. comme lous les mots imaginables, peuvent, par la fantaisie, être ramenés à des racines sanscrites : tap, brûler, par exemple. e( dliai, don le giec iliaô, boire, abreuver.

Les peuples sauvages se font la guerre: le vainqueur emmène des captifs. Des tribus se liguent contre d'autres tribus: leurs chefs se réunissent et discutent: leurs guerriers marchent ensemble au combat.

Un prophète parait, sa religion s'impose ;i des peuples nondireux. .Vvec elle la langue du prophète triomphe et s'étend. On lui demande l'expression des idées cjui se rattachent ;i la religion. Des peuples barbares lui demandent aussi les mots de livre, d'écriture, etc. Allah prend en Tunjuie la place deTahri; Éloi, en Australie, celle de Koung. Le mot Kitah suit partout le Coran ; Malte emprunte à l'Italie les noms de l'encre et de la plume.

La faim précipite les peuples du désert sur des contrées plus riches. Les États civilisés jettent des colonies au milieu des barbares. Avec les étrangers entre une langue étrangère, qui se mêle à celle du pays ou la remplace, en n'en laissant subsister qu'un vestige.

Ces causes agissent, d'ailleurs, depuis cju'il y a des hommes: de telle sorte ijuil ne saurait exister aujourd'hui un seul idiome qui n'ait subi l'action plus ou moins forte de plusieurs autres.

Quand on examine les langues actuelles, on esl frappé des analogies qui existent entre celles de l'Europe et de l'Inde; on est amené à les réunir en un même groupe, et bientôt à supposer que toutes les langues parlées dans le monde peuvent ou s'y rattacher, ou du moins être ramenées à un certain nombre de types, et former ainsi des groupes pareils au groupe européen.

On est amené encore à comparer ces langues entre elles, plus habiluellement celles de peuples voisins: et comme elles ont plus ou moins déteint les unes sur les autres, qu'elles ont en dehors de tout commerce des éléments communs, qu'enfin on a le

CO.Ml'ARAISOX DES .MOTS. HT

désir de les rapprocher, ou arrive à créer ce quou appelle des familles, familles moins naturelles encore que celles imaginées par les naturalistes pour faciliter létuile de leur science.

La comparaison des niélliodcs eniphtyécs jiar deux idiomes es! de peu d'utilité. Le nombre des procédés grammaticaux, comme la observé le savant rédacteur du Jouiiial de l'arcbipel indien, M. Logan. est essentiellement liniiti'. H est donc naturel que plusieurs peuples aient eu recours à de mêmes artifices: et comme il > a eidre tel procédé et tel autre un certain lien . il est naturel encore que ces analogies soieni assez étendues. J'ajouterai quelles tiennent plus à une disjiosilion de l'esprit et à un état social qu'à toute autre cause. De tels rapprocliements ne grouperaient pas seulement autour du turc beaucoup de langues asiatiques ([ui en dill'èrent profondément. ils y amèneraient encore le basque, le yolof et le celte, qui harmonisent les voyelles comme le turc, et (jui ont d'ailleurs avec lui d'autres traits communs: ils confondraient ensemble le copte, le hottentot. 1 dthomi et le i liiiiois il nue part, le basque et le mexicain de l'autre : on ne pourrait cependant y trouver les liens qui unissent étroitement l'alleniand cl l'anglais, le latin et le riaiicais. le sanscrit cl le liciigali. l'aialic inénic du Cuiaii et celui i|ni se paiir au Caire.

C'est dans les mots qu il tant ( IutcIici la trace du mélange des langues (Ui de leur trionqihe les unes sur les autres, et par les mots il faut entendre ici non-seulemenl les mots siginticatifs. mais encore ces préhxes et ces allixes qui sont les débris de mots autrefois significatifs: ils ont même bien plus d'importance que les mois pmpremenl dits, car s'il est facile à un homme d'attacher un nom nouveau à la meidion d'un objet, il ne lui est pas aussi facile de rattacher l'expression dune conception grannnaticale à des signes dépourvus île valeur pro[ire et conservés seulement \k\\ une tradition étrangère.

Parmi les mots, il faut écarter d'abord ceux tout instinctifs qu'emploient l'enfance et les peuples enfants, ceux C[ui proviennent d'un type phonétique très-naturel et très-caractérisé. tels que /.s pour couper. / pour frapper, etc. 11 ne faut, de plus, attacher que peu d'importance à des ressemblances qui peuvent être fortuites. Il n'est pas de langue dans laquelle des missionnaires ne croient trouver des mots hébreux. On trouve de même des mots anglais dans l'égyptien; des mots chmois. notamment les pronoms de la première et de la seconde personne, dans la langue du Bornou. Vater a montré la similitude de quelques mots algonijuins et irlandais; et je trouve dans un vocabulaire dressé par moi de la langue des Tibous l'expression ambonrc mountou, signifiant beaucoup d'hommes, et qu'on pourrait croire composée des mots espagnol et portugais correspondants, homhres mitilos, la prononciation de 1'/ de muitos étant très-nasale.

;]8 M i: LAN CE ET SUHSTITITION.

On considère i^énc'ialpnient la comparaison des jUdiKuns cl dos noms do nombre comme très-importanle. J'ai indiqué des pronoms cliinois dans la langue du Bornou : c'est un cas fortuil: mais en égypiien. on copte et en galla. les pronoms sont voisins <](^ ceux de riiobrou. do l'arabe et de l'ambarirpio. L'égyptien et son débris le copte, ainsi que le galla, dilïorent cependant du tout au [oui des langues dites sémitiques, langues très-caractéi'isées. L'égypiien et le copte sont ce (ju'on appelle monosyllabiques, et les dallas n'ont paru en Abyssinio (|n'au dix-lniiliomo siècle, l^adoplion de pronoms étrangers no me parait nullement dillicilo à o\i)li(iuor; colle des nombres étrangers l'est moins encore. Beaucoup d'Africains ont pris des Arabes six, sept, huit et neuf; en berbère, deux paraît même arabe. H est assez curieux que six et sept, en égyptien, en hébreu, en arabe et en bas(iue, aient une forme approcbée do celle de nos idiomes. Enlin si. comme le dit le capitaine Grey, les Australiens ne conqitent pas au delà de trois, il n'y anrail lion d'impossible à ce qu'ils adoptassent les nombres anglais, comme les Hovas ord adoiilé les nombres malais, auquel cas il se trouverait sans doute des étymologistes pour montrer que gain, un. (jooddjaJ, deux, et warring, trois, peuvent être ramonés à des types sanscrits. En résumé, on peut dire (pie le l'approcbement dos pronoms et des nomlires ne prouve rien au delà d'un emprunt peu important, et que les langues ne peuvent être intimement liées que par des liens plus foris et très-nombreux.

Quand un ])onplo reçoit des mots d'un autre peuple, il en altère liabituellement la prononciation; mais il le fait d'après certaines règles, do façon que tel son est d'ordinaire représenté par tel autre : une ressemblance grossière ne suffît jtas à prouver un rapport réel, et il faut que les dilîérencos qu'on observe entre des mois voisins aient une certaine constance.

Il n'y a pas de règle de pormulalion s'appliquant ;'i toutes les langues. On a constaté et supposé un grand nombre de permutations réelles ou possibles. 11 me paraît proliable qu'il en existe bien davantage. On en rencontre de très-bizarres. Il est singulier, par exemple, fiu'une articulation déjà existante dans une langue soit remplacée dans tous les mots qu'elle emprunte à une autre langue par une articulation différente. C'est surtout le cas en espagnol. L'aspiration représentée par la lettre Jo/re est très-ancienne en Espagne. Cette aspiration a remplacé non-seulement // dans les mots latins ou de dialectes voisins du latin , tels que filius, millier, bien que l et i existassent en espagnol, mais elle s'est encore substituée à la prononciation du g; h a, de même, remplacé /'; et dans le peu de mots empruntés à l'arabe, la lettre ^j ^'^"", s'est transformée on jolu , tandis que le -, khe, idenli(iue à \a. jota , cl le ^, ha, aspiré, se changeaient en f: dhhordj, par exemple, est devenu alforjes. La jota est, du reste, deux fois et demie plus usitée en espagnol qu'en arabe.

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Les Alsarioiis en France, le peuple du Soniniersetsliire en Angleterre, changent volontiers les fortes en faibles, et réciproquement: les insulaires de la Sardaigne changent souvent une f, un p ou un /, en r, en h et en (/.

L'ortliographe contribue à altérer la prononciation des mots introduits sous une forme écrite étrangère dilTérente de la forme écrite ciue le peuple qui les adopte aurait donnée aux mêmes sons. Ainsi beef a perdu en anglais sa prononciation normande: rail en français, gênerai en espagnol, présentent des exemples analogues. Les Anglais prononcent connue nous le mot français machine; mais il sulllrait que ce mot fût fréquemment enqtloyé dans quehpies petits journaux pour que le vulgaire, qui le prononcerait certainement à langlaise. imposât cette iirononciation aux gens éclairés. Cela a dû coidribuer beaucoup à la réduction du nondire des sons en chinois. La niasse de la nation tend toujiuirs à prononcer dune seule façon, et conformément à sa prononciation la plus habituelle, une ii!iniulii|uç (pii, en raison de linqierfeclion du système, a été appliquée à la représentai ii m de jilusieurs sons nationaux ou étrangers. Le nom de Yarkand, par exemple, s'écrit Ya-url-kyan. Les gens instruits If prononcent correctement: les autres le prononcent comme ils le trouvent écrit.

Les Midis (|ui passent d'tiiie langue lilléraire. on df phisicurs dialectes parlés à cùté d'une langue littéraire, dans une autre langue littéraire y arrivent les uns à travers des dialectes dont les habitudes de permutation ne sont pas les mêmes, les autres pail'action mieux réglée des écrivains. Ainsi le français a frêle et fragile, se lapportanl à un même mot latin. Il a reçu des mots latins ou gallo-latins à travers le provençal et le picard. On jugera des variations qui peuvent atteindre un mot à travers des transmutations de ce genre par lélynioktgie certaine de jour, venu de dics ^nv diui-nns. Mais si les mots smil une uKinnaie doiil I t'iiiiirciiilc s'efface, ils sont encore une monnaie dont le change varie. Quand un mot passe d'une langue dans une autre, il peut arriver (juil y remplisse un véritable vide: mais souvent il rend une idée qui avait déjà son expression ; et connue on n'a pas besoin de deux termes pour exprimer un seul objet, le mot nouveau prend une signilication particulière et en général moins étendue que celle qu'il avait auparavant. Ainsi, en anglais, les mots français beef et mansion ont pris le sens de bœuf préparé pour la table et d'habitation noble, parce qu'on en faisait usage en parlant aux conquérants du pays, qui ne paissaient point les bœufs et qui habitaient des châteaux. L'anglais square, qui veut dire carré, est de même devenu en français une place ornée d'un jardin, parce qu il y a à Londres quelques places carrées de ce genre.

On dit cjuil y a en arabe tant de mots pour dire une épée, tant pour dire un lion, etc. 11 y a là quekiue exagération. Beaucoup de ces mots sont de simples adjectifs, souvent appliqués à Tépée ou au lion: les autres désignent presque tous une

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