‹ Mémoires sur la Chine. Série complémentaireChapitre 16 sur 31 · U) M ÉLANCE ET SUBSTITUTION · texte numérisé non relu

U) M ÉLANCE ET SUBSTITUTION

èpée paiticulièrp, ou un lion, une lionne, un lionceau, etc. Mais il en reste quelquesuns qui paraissent synonymes. Il est évident que ce sont là les vestiges certains d'autant de dialectes parlés par des tribus nombreuses, confondus dans la langue arabe, et manifestes non-seulement par ces mots, mais encore par leurs formes plurielles et d'autres particularités que la grammaire d'une seule tribu n'eût pu fournir. Presque toujours le sens des mots change en passant d'une langue dans une autre : l'anglais a deux mille mots français au moins auxquels il a donné une valeur nouvelle. Dans une même langue, ces changements ne sont pas rares : Molière et Corneille sont déjà mal entendus des gens peu instruits. Il est dilllcile de suivre l'enchaînement d'idées qui a pu amener tel terme à signifier telle chose. Espiègle vient dun mot qui signifie miroir. Les polissons de Londres appellent quelquefois les gens de la police unboiled, non bouillis, parce que le soldat est pour eux un homard, comme la caserne une boîte à homards, et que l'homme de police, étant bleu, devient un homard non bouilli. On ne devinerait pas aisément une énigme de ce genre. Nos langues en sont pleines, et l'on peut dire en termes généraux que quand une langue moderne et une autre très-ancienne présentent deux mots de sens et de forme semblables, il y a lieu de supposer que cette similitude est l'effet du hasard.

J'ai dit que les formes grammaticales étaient rarement empruntées. Il faut se garder cependant de croire qu'elles ne le soient jamais. En général, un |)euple qui s'approprie des mots étrangers les traite comme ceux qu'il possède déjii. .\insi le turc prend un participe passé arabe, et, conjuguant à sa suite le verbe faire, en fait un verbe turc. Ainsi, dans l'italien de Londres, on dira he scappered wiih the filie of the donner ofthe casser (il s'est enfui avec la tille de la maîtresse de la maison), en mettant les mots italiens à une sauce anglaise. Quelquefois, cejiendant, les mots étrangers gardent quelques-unes de leurs formes; ainsi nous disons un erratum et des errata. Les mots arabes gardent souvent leur forme plurielle en turc et en persan. Les choses vont plus loin dans cette dernière langue : \& mol naivazich , faveur, qui n'est point arabe, fait nawazichat au pluriel, comme beaucoup de substantifs féminins arabes. Les Maltais, en conjuguant un verlie d'origine italienne, tel que nsalva, sauver, s'écartent un peu des habitudes de leur conjugaison : et on peut observer dans les verbes basques, dont un grand nombre sont d'ailleurs purement espagnols, des formes latines telles que le participe passé arabatu, fini, de acahatu, finir. L'Arabe a mis aux mois enq)runtés des pluriels arabes : ainsi Inirnons (mérinos) fait haranis; mais on serait embairassé de dire comment il pourrait plier aux formes de sa conjugaison le verbe turc ycmeh, manger, dont la partie radicale est j/c, et s'écrit par la seule lettre y. Les gitanos d'Espagne, qui, bien que mêlés, doivent être regardés comme Indous, et font usage d'un vocabulaire très-voisin du sanscrit, ont emprunté

Page 1