LOIS 1)1 MELANGE
il l'espagnol loules ses formes. Les i^ens ([ui parlent le lolhwelsili ai^pliquenl de même la ijrammaire allemantle à «les mois presque tous hébreux. Dapiès M. Loi;an, les habitants des îles Viti ont adopté lidiome (il entend par ce mot la granunaire) •des conquérants polynésiens, tout en conservant dans une grande mesure leur ancien vocabulaire. On ne |ieut. d'ailleurs, se refu.-^er à voir que les Celtes en Erance. les Ibères en Espagne, ont changé non-seulemenl la plus grande partie de leur vocabulaire, mais encore loule leur grammaire, pour lormcr la langue française et la langue l'spagnole; et comme on ne .saurait soutenir un seul instant que la populaliim de la Erance et de l'Espagne soit latine de race, bien Cfue des Italiens, soldats de Uome, vt même des Latins, aient pu y l'aire souche dans quehjues villes et d.nis (|neli|ues districts, on esl contraint d'admettre (]u'un peuple peut en tout ou en p;ir(ie s'approprier les formes d'un autre peuple en même tenqis que ses mois.
Je crois avoir saisi la loi qui jiréside à ce phénomène, et je \ais I indiiiuer.
Lorsque deux peu[iles entrent en cunlact. ils clicn'hcnt à s'entendre et enqu'untenl des mots l'un de l'autre, l'n certiiin nondire de nuits deviennent ainsi cummnns, et ■chaque langue en l'ournit d'autant plus (|ue le pen|tle ipii la [cnie est plus nimihreux, |ilus civilisé ou plus fort. Les formes gr;innnalicales semprunteid moins : leur empk»i. je l'ai dit. résulte d'une certaine tradition: il ne s'impose qu'aux initiés. Les peuples mis en contact, d'accord sur les mots, dill'erent donc sur l;i grannniurc: et connue il en faut une, connue ils s'elforceront constannnent de rendre leur langage plus intelligible et plus net, il leur arrivera naturellement de s'arrêter à celles de leurs formes qui seront les plus faciles elles plus sinqiles. Si donc Idn imagine une langue nouvelle surgissant d'un mélange égal du basque et du français [larlés par ^leux peuples supposés égaux en nondne. en civilisation et en puissance, cette langue contiendra des mots basques; mais sa grannnaire sera française. Il \ a pins : elle .^era plus simple et plus analytique que celle du français ne lélail avant le mélange.
L'expérience directe démontre surabondannnent cette proposition : la grammaire latine s'est sinqililiée dans le français, l'italien, l'espagnol, iiarce que les Celtes et les Ibères, en abandonnant leurs formes plus complexes, ont encore écarté les diflicultés principales du modèle latin. La grannnaire germanique s'est simplifiée dans l'anglais, parce que l'Angleterre, extrémité de l'Europe, et dernière étape de tous les envahisseurs germains ou Scandinaves, romains ou français, a du plier sa langue à l'usage de tous ces peuples, ôter de sa grammaire tout ce qui choquait trop les uns ou les autres, et se boi-ner à des formes sur lesquelles ils pussent aisément s'accorder. C'est ainsi que peu à peu le français et l'anglais ont acquis leur apparence actuelle, laissant derrière eux des formes plus compli(iuées, les vestiges mêmes d'une déclijiai.son que ije et ijoit rappellent dans le vieil anglais, comme // cos et le coq dans le vieux