‹ Mémoires sur la Chine. Série complémentaireChapitre 19 sur 31 · SIMPLIFICATION IH LANGAGE · texte numérisé non relu

SIMPLIFICATION IH LANGAGE

onl / et me, je et moi. comme ils avaient jadis ijc et ijoit; le pipeon garde seulement me : me can, je peux. La forme assignée au régime est la plus stable ; ainsi nous avons garde le coq, en supprimant // cas, qui était le nominatif.

Plus des langues voisines se mêleront, plus elles se ressembleront, plus elles arriveront à constituer ce qu'on appelle des familles; plus encore elles se mêleront, et plus elles deviendront analytiques, rest-à-dire plus leur grammaire deviendra simple.

.Mais le mélange des peuples est la source de la civilisation, car les idées, les notions, les progrès obtenus, entrent avec les mots dans le domaine commun, et, remis à la garde laborieuse d'un plus grand nondire dliommes, reçoivent un plus actif et plus rapide développement.

11 en résulte clairement qu'on ne peut grouper en familles un peu noinl)reuses que les langues des peuples les plus civilisés, et que iilus ces peuples seront civilisés, plus le groupe de leurs langues sera fort; plus encore ils seront mêlés, et plus leurs grammaires seront simples.

Ainsi l'Europe, la Perse. l'Inde, ont des idiomes voisins. LArabie. l'Abyssinie, la Palestine d'une part, l'Asie turque et mongole de l'autre, peuvent se lier de même; mais l'Europe est la reine du monde; ceux ([u'on appelle les Sémites ont doinié à la moitié des lionnnes leur religion; ceux, enlin, ipion peut le mieux ([ualilier de Tarlares ont conquis en divers temps l'Inde, la Perse, la Chine, le sud de la Russie et la Grèce.

Les dialectes chinois, et queb^ues-uns de ceux parlés près de la Chine, se groupent de même; mais après le peuple européen, il n'est pas dans l'histoire ou dans le présent de plus grand peuple que le peuple chinois. On peut faire encore un groupe polynésien, quelques groupes américains, africains, un groupe australien même; mais ces derniers sont sans importance. La vaste mais aride Australie n'a jamais compté beaucoup d'habitants. Sans champs et sans troupeaux, elle était parcourue par de misérables chasseurs qui avaient leurs échanges et leurs assemblées. Celle pauvre race a facilement arrêté un vocabulaire plus pauvre encore; et ce fait devrait à peine être rappelé si le mélange et la communauté des mots n'avaient entraîné l'emploi d'un système grammatical analytique ou plutôt rudimentaire. Dans la Polynésie , en Afritpie, en Asie, en Amérique, on trouverait de même que les types les plus répandus s'accompagnent des caractères grammaticaux les plus simples et sont la propriété de races un peu moins barbares. Partout dans le monde, les langues dites polysynthétiques, les idiomes très- complexes sont les plus dilTiciles à lier entre eux. On y reconnaît la trace d'un long isolement : ils appartiennent à la barbarie et la caractérisent. Assiégés par la civilisation, leur dernier refuge est aux extrémités des con-

M M Pi LANGE ET SUBSTITUTION.

linonts, dans les îles ou sur les montagnes. C'est ainsi que se retrouvent le gaël , le kimru, le manx; que la langue des Kabyles a survécu à l'invasion arabe, et que les Pyrénées gardent le dépôt du basque.

Il arrive souvent (jue des sauvages, loin de mêler leurs langues, travaillent à les séparer. L'étal constant de guerre, le besoin de cacber sa pensée à l'ennemi, ou quelque autre cause, expliquent celte tendance, qui se traduit de plusieurs façons, par l'argot, par exemple; car la civilisation a ses sauvages. 11 y a l'aigot qui retourne les mots, appelé back slang h Londres: celui qui y ajoute une syllabe, appelé dans le Caucase farshipse, h Londres (jibhcrhh, et dans les aleliers de Paris javanais. Il y a le langage allégorique des Heurs usité en Italie, celui par pbrases rimant avec un mot qu'elles représentent; les jargons étrangers, tels que le gilano et le rotliwelscb, et les jargons à vocabulaire factice, très-répandus dans toutes les prisons du monde. On trouve l'argot jusque chez les Hottentots. et il n'est pas de profession qui n'ait le sien. Les marins, par exemple, alîectent d'enqdoyer à la désignation des^ objets les moins maiilimes des mots ininlelligibics aux gens de terre; les étudianis allemands s'isolent de même des pliilislins : tous les écoliers ont quelques termes particuliers, et il y en a qui les changent de temps à autre pour dérouter leurs maîtres. Il est certain cjue. dans ces jargons conventionnels, il y a beaucoup de mots inventés : dans le rothwelscb. les villes d'Allemagne sonl haliiluellement désignées par leur initiale. Ainsi Augsburg est yolof (aleph) , nom de la première lettre de l'alpliabel hébraïque; mais dans le gilano. les villes d'Espagne oui des noms loul artiticiels. et Jésus-Christ est appelé Crésorne.

Les langues écrites ne sont (|u'une minime partie du langage humain. Elles sonl dans cluKiue pays le produil de la cullurc d'un seul dialecte, t'n choix plus ou moins large d'expressions et de formes fait dans les autres dialectes par les premiers écrivains, par Dante, par Rabelais, par Shakspeare, leur donne d'abord une certaine richesse; mais bientôt, sous l'effort des gens de lettres et des académies, qui les définissent, les épurent, les limitent, elles s'arrêtent et déclinent, tandis c|ue les dialectes, méprisés, sans cesse en liavail. altérant leurs mots et leurs formes, créant spontanément des expressions nouvelles, continuent à se développer pour alimenler les longues écrites de l'avenir.

La civilisation fond les tiibus et en tire des nations; elle crée de grands États el fait régner de puissants idiomes. Elle lend donc à réduire le nombre et l'inqiortance des dialectes populaires; mais elle n'asservit pas l'esprit humain au point doter à toutes les fractions dont se compose un peujjle leur caractère, leur génie propre. L'horizon de la plupart des hommes s'arrête à leur province, à leur district, à leur village; là sont leurs affaires, leurs habitudes, leurs affections. Ils n'ont avec l'em-

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