TH) CRÉATION DE L'ÉCKITLKE
est plus facile que iintolligence et l'emploi de l'alpliabct, et que si Ion iiavait point le juste désir d'élever riiomme qui se livre au labeur des champs, mais seulement celui de l'aider dans ses comptes et de lui coninnmiquer quelques notions grossières, il suffirait de lui donner cerd cinquante à deux cents idéogrammes dont la tradition se conserverait sans école.
Je ne m'arrêterai pas à la division futile et fallacieuse que les Chinois font de leurs caractères; je chercherai dans les faits eux-mêmes l'explication des faits.
La Chine paraît avoir eu, comme l'Egypte, des signes purement représentatifs des objets. Si ]iiesque tous ces signes furent les mêmes dans les deux pays , si un disiiue et un croissant représentèrent, sur les bords du lleuve Jaune comme sur ceux du Nil, le soleil et la lune, il n'y a pas lieu de s'en étonner. On assure que les caractères actuels gardent la trace de ces anciemies tigui'es : il est permis de ne l'y trouver que rarement, cl il serait désirable qu'on sût I/ien sui' quelles inscriptions anti(iues on a rencontré les types de la première écriture.
On ne saurait accepter, d'ailleurs, que tous les premiers signes aient été représentatifs. Les idées d'existence, de passé et d'avenir, de grandeur et de l)eauté. n'ont point une ligure qui se puisse imiter, et l'on ne saurait imaginer une langue écrite où elles ne figureraient point. Les Chinois disent que la vue des constellations, les dessins de l'écaillé, la trace des pas du cheval, inspirèrent le premier inventeur de l'écriture : cela n'a rien d'improbable. Si les peintures égyptiennes conviennent à la pompe des édifices sacrés, des traits plus simples conviennent mieux ii de vulgaires usages, et leur établissement conventionnel n'est pas difficile à expliquer; non-seulement il a pu coïncider avec la représentation des objets, mais il a pu la précéder.
Pour représeiUer un nombre, on a dû tracer autant de lignes qu'il contenait d'unités; puis, après dix ou cent unités, on a imaginé de barrer une de ces lignes, ce qui représentait la dizaine ou la centaine. On l'aura fait ainsi pour marquer la fin d'un nombre; c'est ce que nous appelons faire une croix : nous en faisons dans nos annuaires pour marquer les morts, non i)arce (pi'il y a des croix dans nos cimetières, mais parce que la croix est un signe final tout instinctif. L'examen de faits actuels nous montrera d'autres signes que la convention seule a déterminés, et qui sont les premiers essais d'un système graphique assez répandu.
Les pattercrs, ou mendiants vagabonds, et les bohémiens du sud de l'Angleterre, tracent dans les cabarets où ils logent des cartes du pays ; aux bifurcations des chemins et sur la porte des maisons, ils laissent des marques propres à guider ceux de leurs pareils qui doivent les suivre. M. Camden Hotten, dans son Dictionnaire du slang, a publié l'explication de ceux qui sont connus. Dans cette idéographie vraiment primitive,
TUOPES ET RÉBUS. 51
X -Vo good signilio mauvais, trop pauvre, trop sur ses gardes.
O Fhimmiixed, dangereux. |ieut conduire :i un mois de prison.
@ Ileligious, gens pieux, mais dont on peut tirer quelque chose.
fH- Halle! Ici Idii peu! vendre de petits objets; gens soupçonneux.
O- Par ici.
^ Bouc, Iton au moins pour une pomme de terre; ne pas trop parler.
V' Conjicr'd, gâté par la fréipientation de trop de mendiants.
□ Gammij, dangereux, sent la prison; prendre garde au chien.
On peut trouver nii certain lieu entre la forme de ([ueiques-uns de ces signes et les idées qu'ils représentent. Dans le second, par exemple, pummnxcd, un point au milieu (1 un cercle peut rappeler l'idée de iirisunnier. ipie les Chinois expriment par le caractère homme enfermé de même dans le caractère de forn>e carrée, qui signifie enceinte. Mais on ne saurait apercevoir le moindre rapport eiilre une losange et la probaliililé d'oliteiiir niic ponnne de terre. On peut observer encore que le signe jlummuxcd, un cercle et un point, représentait jadis, en Chine et en Egypte, le soleil. La ressemblance n'est pas frappante, et il y avait à peu près autant de convention dans le choix de ce signe par les Egyptiens que dans son choix par les patterers. L'idéographie figurative sans convention supposerait au moins des figures reconnaissables, et il est ililFicile de croire (jue les honnnes aient été peintres avant de savoir écrire.
.le n'en vois pas nmins dans la représentation grossière des objets la source principale de l'idéographie. Si nous prenons, par exenqile, les parties du corps, leur représentation sufiîra non-seulement à exprimer Idil. la bouche, la main, le pied, mais •encore pourra indiquer les actions de voir, de manger, de travailler, de marcher. On <^n pourra même faire usage pour rappeler à l'esprit des objets dont le nom ressemblerait à ceux de l'ceil, de la bouche, de la main ou du pied. Ln prisonnier anglais qui veut faire connaître à ses consorts qu'il lui reste un an et deux mois de prison à l'aire, porte un doigt à son oreille {car, year, oreille, année) et deux doigts à sa bouche (inouth, month, bouche, mois). Cela pourrait s'écrire avec un trait, une oreille, ^leux traits et une bouche. Cette méthode était bien connue des Égyptiens; les Chinois en font grand usage dans leur écriture populaire, qui n'est qu'une série de rébus, •et l'examen de leurs caractères montre que cette méthode a présidé aux débuts de leur écriture.
La lune s'appelle en chinois yue ; avoir se dit yes. Je suppose que ces mots fort simples sont très-anciens; il est probable que pour exprimer l'idée d'avoir on a eu simplement recours d'abord à la figure qui représentait la lune, et que plus tard,
M CRÉATION DE LËCRITLHE.
craii^iiaiil la loiifusiou et les caractères ayant pris une forme plus carrée, on a ajouté il la (igure île la lune, lorsquelle devait exprimer le verbe avoir, les traits qui surmontent aujourd'hui le caractère vue pour former le caractère yeh : ces traits, qui ont subi quebjues changements, se rencontrent encore dans d'autres mots prononcés yes.
Les caractères tai (très-grand), lai (chien), tyen (cicb). formés du caractère ta (grand) et dune virgule ou dun trait additifs, ont probablement été représentés de même, d'abortl, par le seul caractère ta. S'il en est ainsi, il faut convenir que dès leurs débuts les Chinois ont passé bien près de l'écriture alphabétique.
H en est. d'ailleurs, du sens des premiers caractères comme de celui des premiers mots, il est liès-vague et très-complexe. Les hiéroglyphes des patterers le montrent : ils jeprésenleni moins nn mol ijunn avis général. Un grand nombre d'idées devaient inroutestablement se grouper sous les premiers hiéroglyphes des Chinois comme des Egyptiens.
Les caractères primitifs devaient êlie assez simples : pour rendre des idées complexes, l'idée vint d'en unir deux ou plusieurs, soit sans altérer leur ligure, comme le chinois forme des mots composés, soit en les altérant, comme les langues américaines forment les leurs. Ainsi, deux arbres réunis représentèrent une forêt: le soleil joint à la lune, la clarté: etc. La forél et la clarté avaient, dans le langage Italie, leurs noms distincts des mots orhir, soleil et lune. Les signes complexes qu'on leur assignait représentaient donc un nouveau son; leurs éléments n'y entraient que iwiur le sens. Avec le temps, cela ne suffît plus; on ne pouvait donner un signe à chaque mot, ni combiner en troj) grand nombre les premiers signes. Beaucoup de caractères se prononçaient de même. Quand il fallait écrire un nouveau mot du même son, on faisait choix d'un de ces caractères, de celui, ordinairement, qui en peignait le mieux quelque particularité; et comme cela ne suffisait pas encore, on en vint à ajouter à ce caractère pris surtout comme la représentation phonétique d'un son un autre caractère rjui, ne devant pas se prononcer, déterminait le genre de l'idée. Ainsi, pour éciire le nom d'un oiseau appelé comme la clarté, on employait phonétiquement le signe de la clarté, en y joignant pour la détermination nelle du sens le signe qui, pris isolément, signifiait un oiseau.
Sur cent caractères chinois, quatre-vingt-quinze sont formés d'après cette méthode, ;i laquelle les Egyptiens avaient été conduits de même et dont on retrouve la trace dans les inscriptions cunéiformes.
Plusieurs langues alphabétiques offrent le spectacle d'aflixes qui, ne se prononçant point, ne s'étant même jamais prononcés (en thibétain, par exemple), servent seulement à guider lesprit dans la distinction des mots de même son.
Mais toute (euvre humaine est une (euvre imparfaite, contrariée par le caprice,
CLEFS IDEOr.HAPHlOUES. 53
alléiL'O par le (einps. Les mêmes plioiiéliques lepiéseiileiil souvent ilaiis des combinaisons diverses plusieurs sons, soit que dans ces combinaisons on doive voir de nouvelles et simples plionétiques. soil (pic la langue ail varié ou ijue le sens lait ainsi voulu. Les caractères chinois, en otîet, sont ;i cùb' de la langue parlée comme une autre langue ayant ses rapprochements, ses Images, ses naïvetés antiques. Ainsi, le signe qui représente une coupe est formé de ceux ipii signilienl une corne el une courge; et le signe ijui représente une éclipse, de ceux d'une bète et de l'action de manger, parce qu'on croyait jadis qu'une bête malfaisante dévorait l'astre éclipsé.
Le choix des signes qui lixent l'idée n'est pas toujours meilleui-: beaucoup d'objets sont classés au hasard : ce sont ces défauts qui rendent le chinois ditlicile à lire. On peut dire, toutefois, que ceux qui .savent le parler peuvent en lire presque tous les mots en se guidant sur la valeur pliuiiéli(]ue d'un millii'r de caractères, et que deux cent (juatorze autres caractères, (pialifiés par nous de clefs, suftisent à lixer le sens de ce qu'ils prononcenl. poui\u i|u'ils aieni ciiIcihIu dans la conversalidn les mots qu'ils lisent, et qu'ils en aieiil alors connu la signilii alinn. Imil en ik^ sachant pas au juste par quelle phonéli(iue on les écrivail. el. s'il s'agil d une plante, si elle était classée avec le bois, les plantes ou même le feu. parce ([u'on la biùle ou (|u'on en fume les feuilles. SI l'on considèie les dilïicultés de nolic orlhograplie. si l'on se laïqielle seulement que nous pouvons écrire de quarante-trois manières le son de la voyelle o, on reconiiailra que les avantages de notre système alphabéliipie sont plus apparents que réels; la pratique mms l'ail \(iir. d'ailleurs, (pie les Fraïujais niellent beaucoup de temps à apprendre à lire.
Comme la langue indienne avait vécu des siècles avant qu'on prétendit en lixei' les racines, ainsi la langue chinoise était vieille et s'était longtemps écrite avant qu'on songeât à en faire des dictionnaires, et, dans ce but. à déterminer le nondire el l'ordre de ses clefs.
Les uns, donc, purent en admelire plus, el les autres moins. Il y en a de trèsusitées, celles par exemple qui, prises Isolément, rappellent les Idées d'homme, de femme, de main, de bouche, de parole, de cœur, de montagne, d'eau, de bois, de plante, désole, d'oiseau, d'insecte, de chair, de métal, etc. D'autres sont à peine employées. Ces clefs ne sont nullement, d'ailleurs, les caractères fondamentaux de la langue, ses caractères les plus anciens; plusieurs sont composées de caractères plus simples, et parmi les signes primitifs beaucoup ne sont point devenus des clefs : celui qui signifie roi, par exemple, plus simple que celui qui signifie jade, est cependant classé parmi ses composés, parce qu'il fallait le placer quelque part et qu'on ne s'en était pas servi comme clef, tandis que le caractère du jade avait servi à classer beaucoup de pierres et d'objets précieux. Une centaine au moins de signes prescjue rudi-
r,5. CIIÉATION \)K 1/ KG mil" HE.
mcntaires et certainement primitifs sont égarrs par le même motif sur certaines pages (les (lictiomiaires. Leur catalogue et l'examen des coniposrs qu'ils oui foi'mrs srraient (l'un i;i;>'i'l intérêt, pourvu qu'une sage ('riti(nie y présidât.
.l'ai montié comment le système idéograpirKiue s'élail formé : je vais monlicr main- Iciiant commeni il s'est détruit sur divers points de la (erre, (anlôt avant de se constilnei' pleincmcnl, tantôt après avoir longtemps régné. Le caraclèrc idéographique représentait un mot généralemeni cmnl : on ikmiI le iirendre |i(iiir représenter seulement le son de ce mot : on écril alors en rél»us, cl dans une langue (|ni. comme le chinois, compic peu de syllahes dilïérentes. peu de signes suHisenl; c'est récriture syllabique : les portefaix de Canton et la partie inlime de la population du littoral de la Chine en font un grand usage ; ils ont réduit, d'ailleurs, les caraclères à une forme cursive sous la(juelle on a peine à les retrouver.
Le second pas dans l'analyse de la parole consisic dans risolcincnl de la consonne : la voyelle disparaît; le signe écril ne rc|»r(''senle plus (junne arliculation. Ouehpiefois cela dépend de certaines règles; on peut rapiirochcr les signes do deux svUahes pour faire cnlendre (pie ce (pii connnence la ]ircn!ière doil élrc suivi de ce (Mii Icrminc la .■^c(dndc. Les Chinois ont recours à cet artilice poui' (h'Iinir la prononcialion des caractères. On i»enl imaginer danires condjinaisons encore. Dans l'écriture analyti(pie des Égyptiens, un signe est quehinefois une syllabe et (piehpK^fois une lettre. En japonais, il en est de même. On peut considérer, cependaid, l'écriture japonaise connne alphaliétique.
On prétend (jue les lettres des Hébreux, les runes des Scandinaves, étaient oi'iginairement des idéogrammes: cela peut être. On leur attrilme des noms d'animaux ou ceux de divers objets. 11 est possible (piils aient signilié ces animaux, ces objets; mais il n'en saurait résulter, comuie on l'imagine, (piils aieni du nécessairement en êlre, à une époque inconnue, la représeidalion ligurée. H est plus impossible encore d'admettre que leur forme connue ait avec ces animaux ou ces objets le moindre rapport. E. Hask, dans sa savante (irammaire de l'ancien norse, assure que le lune fe, qui veut dire mouton, rappelle des cornes, et que le rune purs, (pii veut dire géant et est formé «l'une ligne verticale sur un c(:)té de laquelle s'appuie un triangle aplati, rappelle un lionmic avec un gros veidre. J'avoue que je n'y aurais jamais songé de moi-même et que je ne le crois pas encoie.
Ouelques peuples, les Hébreux et les Arabes, par exemple, ont (''cril des consonnes et n'ont jamais noté qu'imparfaitement les voyelles; dans nos systèmes graphiques, au coidraire, et dans les plus anciens, dans l'écriture sanscrite, par exemple, les voyelles ont leur place, l'analyse du son est complète, sinon dans tous ses détails, au moins dans l'ensemble de la parole écrite.
c,x^;><^/^^iÇ$Xr>-'=ï-~^
A|i|ilirali(iiis. — Élude dos langues. — Trausrriplion. — Élémoiils |iliouéli(|ues. — Propoiliou des olénicnls. Aj>iilicaliou au cliiuois. — Alplialtel eliiiiois. — Déteiiiiiualiou idoograplii(|iie.
Tout progrès do la pliilosopliic, c'est-à-dire toute coiinaissaiice plus exacte et plus profonde du plan divin, a jKtur ron.snpieuce uu progrès de la puissance humaine : riioniuie surprend la niarclie i]ue suiveni les llols de l'océan et ceux de l'aUuosijlière, et ses vaisseaux emprunlerd la traction gratuite de courants coiilic Icsiiuels toute lutte eût échoué. La science du langage a. conune toutes les sciences, des apiilicalioiis utiles. En analysaid plusieurs langues, nous reconnaissons leurs divers éléments, leurs principaux organes; nous arrivons à la (uncciilioii du langage luimême, et en dehors de laspect des mots ou îles l'nrnics nous concevons l'algèbre du langage, comme en dehors des chilTres el des mesures nous concevons l'algèbre du calcul.
La science du langage recherche toutes les nuances que le discours doit peindre; elle rassemble toutes les solutions que les diltérentes langues ont données à chacun de ces problèmes; elle traduit les faits que leur multiplicité rendait obscurs en formules brèves ; elle fournit une mesure commune à laquelle tous les idiomes peuvent être rapportés, une grammaire abstraite où toutes les grammaires sont contenues. Dès qu'on en a saisi le plan, l'étude particulière d'une langue quelconque n'exige plus qu'un effort très-faible de la mémoire; ses condiinaisons grammaticales, ramenées à quelques types absolus, définies par le genre et la dilïérence, sont exprimées en peu de mots. Il ne reste à s'approprier que linéiques signes : cette acquisition est facilitée par la connaissance des signes principaux usités dans le groupe auquel
r,(j TRANSCRIPTION UNIVERSELLE.
apparlicnl la langue étudiée, et par la connaissance des permutations (jui la caractérisent. Toute langue dont on n'a point de livres et qu'on ne peut atteindre que par un interprète contient dans quelques locutions et quelques phrases choisies, faciles à ohlenir. lout le secret de sa grammaire et presque toute son histoire. H faut à [icine un jour de travail pour recueillir ces phrases, à peine un autre jour pour en tirer les conclusions principales qu'elles contiennent : quelques notions de la science du langage alh'geraient donc le fardeau que tant de nnssioiniaires s'imposent, les tireraient du dédale dans lequel ils s'égarent. L'ali.'^ence de critique a conduit Richardson justfu'à faire traduire dans la langue du Rornou des dialogues européens où il est (picstion de diners d'auherge et de promenades en voiture Ses informateurs aux ahois confondant le nom arahe du IIk' avec le verhe aller, on a mis ce verhe partout 011 il était question de tlié. En trois heures, cependant, Richardson eût accompli sans fatigue un travail mélliodi(iue et .sérieux.
D'autres ont imaginé de traduire en toutes langues le Pater ou la paraliole de l'Enfant prodigue : l'un et l'autre sont mal choisis: on ne trouve pas même un génitif dans le l'alcr. et la parahole de l'Enfant prodigue, malgré sa longueur, laisse de coté plusieurs des formes grammaticales les plus importantes. Il en est généralement de même de tout discours suivi : un temps et une personne y dominent trop exclusivement. Plus tard, si j'en ai le temps, je formulerai les phrases qu'il serait le plus utile de recueillir et d'apprendre, et je montrerai comment une grammaire et l'enseignement d'une langue peuvent être simpliliés. .Je suis, dès à présent, convaincu que des enfants auxquels on aurait appris en (|uelques semaines les éléments de la grammaire générale, et qu'on aurait exercés à vaincre les difTicultés phonétiques que leur langue maternelle ne présente pas, apprendraient en trois mois, et sans fatigue, à lire et à parler (juclque langue que ce pût être, sans en excepter le grec et le latin, qu'ils apprennent aujourd'hui, pendant huit ans, à détester et à fuir.
Pour le moment, m'occupant plus spécialement de ce qui concerne le chinois et de ce qui intéresse le peuple chinois lui-même, je vais montrer comment une étude philosophique du langage m'a permis de ré.'ioudre les deux prohlèmes de la transcription et de la transmission télégraphique du chinois, ainsi que de toutes les langues.
La transcription phonétique des langues, c'est-à-dire la meilleure représentation écrite de la prononciation de leurs mots, suppose l'analyse phonétique de toutes les langues, la reconnaissance exacte des éléments simples, articulations ou modulations, qui entrent dans la parole humaine. L'étude des alphahels de divers peuples, celle de l'alphahet sanscrit, riche en apparence, pauvre en réalité, qui compte plusieurs signes dont la valeur phonétique est aujourd'hui douteuse, ne sauraient sulTire à
ÉLÉMENTS IMU).\ÉTIQLES. 57
résoudre ce problème ; il ne saurait être résolu dans le cabinet, ni avec des livres : il veut être abordé par la voie de lexpérience directe, par la fréquentation de peuples nombreux, létude et la pratique parlée, l'audition attentive et exercée au moins de leurs langues. C'est ainsi que jai fait. Habitué dès l'enfance à parler plusieurs langues et à les prononcer bien, j'ai visité l'Afrique et l'Asie, poursuivant une même enquête au milieu des nègres comme au milieu des Arabes, des Turcs, des Chinois. Cette enquête n'est pas fermée, et je la sais incomplète; telle quelle est, ses résultats me paraissent toutefois si près de la vérité que je doute qu'on en puisse approcher beaucoup plus.
Dans les langues ou dialectes que j'ai pu étudier phonétiquement, et qui sont au nombre d'environ cinquante, j'ai recomni quarante-quatre éléments, à savi^ir : viiii:!-
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quatre consonnes doubles, cinq consonnes simples, quatre voyelles susceptibles de trois étals, et trois voyelles simples. Je ne compliquerai pas cet exposé en donnant à ces éléments des qualifications prétendues savantes; la meilleure manière de les nommer est toujours la plus simple.
Le choix des signes écrits par lesquels on les représente importe peu. si leur équivalence est nettement établie. La prononciation de notre alphabet varie beaucoup en Europe; elle a même, dans plusieurs langues, des irrégularités très-grandes. Peut-être serait-il préférable, dans beaucoup de cas, de faire usage de signes plus faciles à tracer, plus brefs et conçus sur le plan de la sténographie. J'ai montré dans le tableau ci-joint comment il me semble qu'ils devraient être figurés ; les traits pointillés marquent comment se ferait la liaison des lettres entre elles.
On remarquera dans la première ligne de ce tableau : 1" les lettres X et r, qui sont
le ~ ot le ^ lies Aiahes : la première est le ch dur allemand el la y espagnole: '-2" la letlre II el une lefiro maniuée seulement, du nmiuTo 1 : ce sont IH aspirée, ■r arabe, et le Ji des Égyptiens ({ui est la faible de II: '3" y et y, qui sont le ch doux allemand, ich et sprechen, par exemple, et le y consonne; 4° le III russe, (pie nous rendons en français par ch et le j français et portugais; 5" 0 et A, qui sont les //( anglais dans thing et dans that; G" une lettre désignée par le numéro â. qui est la forte de la consonne W : cette articulation existe dans des langues africaines; 7" ffl et U, consonne, qui sont le o. que les Grecs ne prononçaient pas f, forte de U. qui figure comme consonne en français, par exemple dans le mot //(/. el remplacesouvent en espagnol la prononciation du R : 9 existe dans la langue dos Eellatas: c'est par cette lettre que devrait commencer le nom de ce peuple.
A la seconde ligne on remarquera N espagnole: les voyelles A, E, 0, U, ouvertes, fermées et nasales, comme dans les mots français patte, mets, cotte, œuf; pâle, mai, côte,, œufs; pente, main, compte, un (\): et enfin la voyelle >.. que nous rendons en français par la combinaison ou.
Toules les consonnes et toutes les voyelles sont suscejitibk's d'une prononciation empliati(pie ou gioltale: l'arabe et le sanscrit ont quelques consonnes de ce genre, beaucoup d'autres langues en ont aussi : F est empliatique dans l'anglais Iau(jh, où elle est représentée par les lettres gh.
Le signe arabe ^ rend emphatiques et glottales les voyelles qui raccompagnent . la première voyelle, par exemple, des mots alini, Um, oleina, omav; une prononciation analogue se retrouve dans des terminaisons portugaises très-nasales et dans des mots cbinois.
Les consonnes et les voyelles peuvent aussi être affaiblies, connue le second D dans les mots espagnols Madrid, cuidaJo, ou indécises, comme le R espagnol, (|ui incline vers ru ou le V, et comme l'R dans l'anglais tvord, qui incline vers le U. Chez beaucoup de peuples barbares, les articulations se mêlent : en Europe môme, il y a beaucoup d'articulations mêlées qui passent pour simples auprès du vulgaire : tels sont le J anglais, le C doux italien. l'L polonaise. 11 anglais dans le pronom de la première personne I, par exemple.
Les dipbtliongues résultent de l'union d'une voyelle et dune des consonnes Y. W. et U, ou de leurs fortes, soit que la consonne précède ou suive la voyelle : ail, œil, houille, sont des diphthongues formées de 0. de ^" el de V, comme l'allemand ya, le français yeux, l'anglais you, sont formés de Y et de A. 0 et î>; l'allemand ich est une dipbtliongue formée de même de I et de /.
(I) Ce son ifexisic, à ma toiiiiaissaiii'i:'. i[ii'oii français.
ÉLÉMENTS PHONÉTIOUES. 5i)
Pour inaniuor d'une façon exacte la iMoiioiicialion. il faut iniliijuer raccenl loni(|uc, ^lui est plus ou moins marqué dans les dilïérentes langues. Les prétendus tons des ■(Illinois ne sont qu'une mauvaise délinition de laccentuation de leurs mots, qui, souvent de plus d'une syllabe et toujours allongés en lisant, peuvent prendre l'accent ^ur la première ou sur la seconde syllabe, avoir deux syllabes égales, ou être coupés rn une syllabe très-brève, comme les [letits mots Italiens. Quand les mots cbinois se combiiiciil. l'accent se déplace : ainsi, l'on dit Peij, le Nord, en une syllabe, elPelhiu, la capitale du Nord. Pci ((implant deux syllabes don! la premi(''re reçoit laccenl, cl le mot Pi'i-kin formant ce que les Italiens appellent un sdnicriolo.
L'accent ne doit pas être confondu avec la quantité: les Latins, dont la langue était probaltlement peu accentn('e. n'en faisaient usage ipie pour déclamer leurs vers sur un certain rliytlniie. H y avait dans les mots latins des syllabes susceptibles d'être prononcées plus longues; d'autres, naturellement et toujours brèves; d'autres, entin, <Iu'on pouvait à volonté faire longues ou brèves. Les .\rabes. dont la langue est jieu accentuée, scandent ainsi le(>oran. Les Italiens ont. à laide de l'accent. donn('' (piei- (jucfois à leur poésie une grande puissance : l'ode de Manzoïii sur la mort de Naiioléon. et ses pièces religieuses, sont, en ce genre, ce (pie je connais de plus parfait. La poésie, langue des dieux, n'est jioint l'aile pour être parlée: écriie des vers latins pour les lire est l'idée la [ilus Itoulîonne ([ue les pédants aient encore trouvée.
Il entre dans la prononciation de toute langue un autre élément encore; mais celui-là est insaisissable : il résulte de la conformation ou de llialiitude des organes de la parole, en même temps que de l'importance donnée à l'accent. On peut dire que les Anglais parlent des dents, les Arabes du gosier, et les Cbinois du nez. Laccenl est marqué en anglais comme en italien ; l'anglais a presque tous les sons de l'italien. Presque tous les Anglais bien élevés savent ritalien, le parlent couramment, sans faute, et en plaçant correctement les accents: mais il est certain encore que presque toujours ils le parlent sur un certain ton indéfinissable qui leur est particulier.
Aucune langue ne possède toutes les articulations et toutes les modulations dont j'ai donné le tableau. Il y en a qui manquent des plus communes : ainsi. 15, D, H, n'existent pas dans le dialecte politi(iue de la Cbine, bien qu'on les retrouve dans d'autres dialectes cbinois. Nous n'avons point en français les articulations X, r, X, 0 et A, qui existent dans d'autres langues européennes. Si l'on enseignait aux enfants français l'articulation de ces lettres, qui ne s'acquiert que si péniblement et si imparfaitement plus tard; si on les exerçait en même temps sur l'accent, cjui, dans notre langue, est à peine sensible, on leur faciliterait singulièrement l'étude pratique "de toutes les langues; et puisqu'on leur apprend le grec, on pourrait pour cela faire usage de cette langue, dans laquelle se rencontrent les consonnes indiquées plus
haut : il est seuleniciil douteux qu'avant longtemps les maîtres arrivent à les articuler mieux que les élèves.
Des quarante-quati'e éléments indiqués ci-dessus, le français en fait entendre 36, l'allemand 35 ou 30, l'anglais 33. le turc 32, lespagnol 31, le portugais et l'italien 30, le chinois 29. larabe 2S. Laralie a plusieurs empliatiques. ce qui diminue sa pauvreté phonétique.
La proporlioii relative des éléments varie beaucoup aussi dune langue à l'autre. Pour m'en rendre compte, j'ai imaginé de me faire lire lentement, par des gens de dilTérentes nations, un texte suivi en leur langue ; je notais sur un papier, divisé à cet elfe! en quarante-quatre carrés, les éléments à mesure qu'ils se présentaient, et je marquais en même temps un point dans des cases destinées à en recevoir chacune vingt, de façon à ])ouvi)ir m'arréter à un nombre tel que mille, deux mille, quatre mille. J'ai pu dresser ainsi un tableau approximatif de la fréquence des éléments phonétiques dans plusieuis langues : je retendrai plus tard, et je tâcherai de le rendie plus exact. En allendanl. je vais en extraire quelques indications curieuses, qui aideront à comparer la phonologie du chinois avec celle du français et de quelques autres langues.
Sur deux mille articulations et modulations, les principaux éléments se présentent dans les rapports de fréquence suivants :
K. en chinois 39, en français 73, en allemand 33; dans d'autres langues européennes, de 60 à 80. et dans les langues des nègres plus de 100.
G. en chinois 0. en français 15; à peu près autant en portugais, italien et espagnol ; en turc 38, en anglais et en allemand 40 et i9; dans des langues nègres environ 100.
X, en chinois 18, en français 0, en turc 8, en arabe 10, en allemand 15, en espagnol 22; aussi fréquente en llorentin que le c dur cju'elle remplace comme son.
r. en chinois li. en français 0, en turc 19, en arabe 10. en allemand à peu près autant.
H, en chinois 0; en français, peu sensible et rare: en anglais et en allemand, de 25 à iO; en arabe. 50 environ.
X. en chinois 0, en français 0, en allemand 37 : peu sensible et rare en espagnol, très-sensible en grec.
Y, en chinois 168, en français 3i, en arabe 29, en allemand 36; portugais, espagnol, italien. 50 à 60 ; en turc 60.
T. en chinois 225, en français environ 100, en anglais et allemand environ 100, en arabe environ 50. en italien 172. en espagnol 85. en fellata 87.
PHOI'OHTION DKS ÉLÉMENTS. (il
U. cil cliiiioisO. en fi;iiirais environ lUU. eu anglais cl allemand environ l-'îO. en arabe environ 50, en italien H-2. en espagnol 121, en fellala KiS, en turc 133.
S, en chinois 108. en français 112; clans les langues africaines, 40 à 60; en arabe 31 ; en anglais, italien, alleniand. portugais, de 80 à 150: en espagnol 208.
'/.. en cliinois. douteuse: en français 37: peu fréquente en général, manque à l'espagnol.
LU. en chinois 15(1. en français 5, en espagnol 2 combinées avec T. en turc 5'j. cl en anglais 28. presque toujours combinées avec T.
J. en chinois 27. en français 22. en portugais 12: combinée en général . dans d'autres langues, avec I).
9. en chinois 0, en français 0. en es|iagnol 4 {'/.). en arabe coranique 8. en anglais 11; fréquente en grec; exi.ste dans ipielques sous-dialectes sardes, oii elle est représentée par deux T.
A. en chinois 0. en français 0. en anglais 50: en arabe 27. don! 3 emphatiques: fréquente en grec.
P, en cliiiKiis 30. en français 78. en italien ;i |ieii prés de même, en turc 23.
B. en chinois 0. en français 27. en italien à peu prés de même, en luic 72. F. en chinois 27. en français 35. en anglais (iC). en moyenne 35.
V. en chinois 0. en français 23. en turc et en moyenne 30. en allemand environ (iu.
W. en chinois (W;, en hançais 15, en allemand 7; en italien et arabe, de 30 à 35: en anglais (17.
U. en chiiKtis. douteuse: en français 13. en anglais 3: très-rare, confondue avec H en espagnol .
L, en chinois 33. en français 174: varie de 50 à 100 ilaiis la plupart des autres langues.
M. en chinois 15, en français 49, en moyenne 50. en arabe et en fellata 150.
N. en chinois 121). en français (il: en général, de 100 à l.'iO: en arabe 200. en allemand 248.
N, en chinois 90. en français 4. en espagnol 2. eu italien 3. en portugais l'.i. en anglais 25 : héquente dans les langues africaines.
R. en chinois 0. en français 149; en moyenne, dans les langues européennes, 150: dans les langues africaines et en arabe 70.
Voyelles ouvertes.
A, en chinois 75, en français 1()5; en général, de 50 à 1(JU; en allemand, une vingtaine; en arabe et dans les langues africaines, de 200 à 300.
m THANsciiii'TiON iNi veiisi-:lle.
E. en chiiKiis lOS. on tVanrais !):!: en iiKiyi'iinc. de 100 à :200: en aiifilais. une soixantaine.
0, en chinois U. en IVanrais 57; très-variable: l 'i en allemand. 101 en antjlais.
(). en chinois 90. en français 107. pen niai(|n(''('s: ni alleniaiid '>'t. en aniilais 71, 4'\\ arahc 2(i: existe dans la haute Italie.
Voijellcs fcniiirs.
A, en chinois ^7. en iVaneais :2;!. en i;énéial iilus de 100. en aiii^lais IJO. en arabe près de 200.
E. en chinois C)."!. en IVaneais 100. en turc ."t'i. en i;énéral plus de 80; manque <'n arabe.
0. en chinois 6;{. en français 28. en turc G. en ani^iais et en allemand une ijuarantaine; en portugais, italien et espagnol, de 100 à 150; maniiue en arabe.
(). en chinois 27. en hançais 15. en allemand M. en turc l'i : très-rare.
Voijellcs nasales.
A. en chinois 60. en français 70. en arabe :$. en italien 12. en porluiiais 51; manque en anglais; est rarement pure dans d'autres langues que le français.
E. en chinois 0. en français 20, en portugais 1: manque dans presque toutes les langues.
0. en chinois 1. en français 27: manque en anglais et en arabe; rare; l'italien, le portugais et l'espagnol en ont de 10 à 50.
("). en chinois 0. en français 5: ne m'est comme (|u'en français.
Voyelles simples.
1. en chinois 126. en français 132, en portugais 80. dans les autres langues plus de 100. en turc 265.
^'. en chinois 153, en français 2't. en allemand et en anglais une quarantaine, en arabe 120.
r. en chinois 66. en français 63. en anglais 3. en allemand 18. en turc 87.
En turc, on rencontre un peu plus de consonnes faibles que de consonnes fortes. Dans les autres langues, on observe le contraire. Dans la plupart, il y a environ 2 fortes pour 1 faible; en italien et en espagnol, il y en a 3; en chinois, enlin, il y €\\ a 18; l'arabe présente plus de 70 emphatiques sur 2000 articulations et modulations. Les consonnes Y, W" et U, prises dans leur ensemble, ne se montrent en aile-
l'HOl'OimO.N Dl^S ELEMENTS. (Kf
maiid qu'une (luaiantaiiic ilo fois : on ou Irouve ailleurs de (iO ;i <S(i: l'anglais en donne près de liU. el le chinois plus de 2;iO.
U, L, M, N. N. prises ensembles, sont au minimum de 270 en eliinois, el au maximum de 563 en arabe.
L'arabe emploie environ nioilié plus de ces consonnes simples que de consonnes fortes ou faibles ; c'est le contraire dans les autres laniiues. et surtout en chinois.
Les redoublements de consonnes, assez rares, s'élèvent cependant en portugais à 20, en italien à 78, en arabe et dans les langues africaines en général à plus de 50; en chinois, on redouble quelquefois l'S.
En italien et en espagnol, il y a plus de voyelles fermées que de voyelles ouvertes; en allemand, en chinois, en turc il y en a notablement plus d'ouvertes: en arabe, il y en a dix fois plus cjue de fermées; en français et en anglais, un peu plus que le double.
Les nasales, nulles en anglais, à iicn près nulles en arabe corani(pie. selron\ciil une vingtaine de luis dans d'aulres langues, de GO à 70 fois en chinois et en esjiagnol. 7() fois en [lorlugais cl 12S lois en français. L'^ aH'cclc en aiahc cl en |iiirUigais de 35 à 'lO voyelles.
Les voyelles 1, b. L. prises ensendtle. ne paraissent (pienviron 1(10 fuis en espagnol: on les trouve dans d'aulres langues à peu |irès 200 j'ois, el de ;!'iO à 'lOO fois en arabe, en chinois et en turc.
Les voyelles A, E. 0. 0. ne se présenleni pas en Inrc heaucoiq» plus Iréiiueninienl que les voyelles I, î>, U : en chinois et en arabe, elles soni i!en\ fois plus comnmnes : il y en a davaidage encore dans d'aulres langues, et snrioni en espagnol où elles fornienl les quatre cinquièmes des voyelles enqiloyées.
Les voyelles dites claires pai' les Turcs sont à leui' iiiinininin eu arabe, el à leur maximum en chinois, el en français oii elles lîgurent pour une moitié.
Sur 2000 éléments, j'ai Irouvé en chinois 868 voyelles; en anglais, 702: en allemand, 717; en espagnol. Ki'ô: en turc. 852; en français. 875; en italien, 934, el dans l'arabe coranique tel (ju'il est lu dans les mosquées. 1)83.
Certaines combinaisons de consonnes sont très-comnunies : le chinois en conqjte plusieurs. Sur 2000 éléments, on rencontre TS 81 fois. TIU 90 fois, NN 9 fois et FL G fois. La plupart des consonnes peuvent être suivies de Y ou de \V: F lest quelquefois de U consonne : exemple, fucn, prononcé comme dans fuite. V peut l'èlre de X : exemple, pxao, canon. 'S est 87 fois linale. et N l'est 84 fois. Le nombre des combinaisons possibles de consonnes en chinois me parait être d'environ 35 ; celui des combinaisons de voyelles réunies dans un mot, mais ne confondant nullement leur son , est au moins égal. Indépendammeid des consonnes initiales simples ou doubles.
(H TRANSCRll'TIO.N UNIVERSELLE.
il existe au moins 65 formes constituées par des voyelles isolées, doublées, triplées, séparées par un Y ou un W. ou suivies de Y. N, .\ ou PL. En i^V'néral. dans ces groupes, la première voyelle est ouverte et la seconde fermée. La voyelle isolée est d'ordinaire fermée. La prononciation est plus brève en parlant qu'en lisant, et quand le mot est seul ou termine un composé que quand il en commence un: il est alors .souvent rendu de monosyllabique dissyllabique, et prend Faccent sur sa première .syllabe. Sur 2000 éléments, j'ai noté la combinaison .\E 10 fois, la combinaison .40 7 fois, la combinaison UE ."î lois, et les combinaisons Al. EÀ, EO, El, Eh, 2 fois cbacune.
Ces combinaisons ne constituent point des diplitbongues. Le mol ibinois kao se prononce comme le mol fi'ançais chaos. Leao forme trois syllalies; shavo en forme deux séparées par une consonne. Cent caractères donnent en moyenne au moins 130 syllabes, et il serait facile de faire des vers alexandrins sur le type des nôtres en enqiloyant luiil caractères par vers de douze syllabes.
.le nexaminerai pas à condjien de types de prononciation on pourrait ramener tous les mots cbinois. 11 me semble qu'il existe des mots dont la prononciation n'appartient à aucun autre mot, et iiuen conséquence il serait à peu près impossible de tixer sérieusement le nombre des prétendus monosyllabes chinois.
Ce que jai dit des éléments phonétiques du chinois s'applique seulement à la langue olllcielle parlée dans toute la Chine par les gens en place, leurs serviteurs, la classe éclairée et riche, et entendue dans toutes les boutiques que cette classe peut h'équenter.
Il n'est pas douteux tiu'il existe en Chine des idiomes très-anciens et très-diiïérenls du chinois : les .Myao-tso ont leurs dialectes; il y a, je crois, un idiome du Fo-kyen en outre du dialecte chinois parlé dans cette province; il y a, entîn. certainement un idiome propre aux montagnards de Formose. Quant aux dialectes chinois, ils sont nombreux: ils dilïèrent par la prononciation, et surtout par l'intonation : on peut dire qu'il n'y a dans le Nord et dans la langue officielle que l'accent; mais il est possible qu'il y ait réellement à Canton quelque chose qu'on puisse distinguer par l'appellation de ton. Dans les dialectes du Midi, les mots sont souvent terminés par une consonne, telle que T ou P, qu'ils n'ont pas dans la langue officielle, soit qu'ils l'aient perdue ou ne l'aient jamais possédée. Les Berbères, en elfet. ajoutent un T ou un 0 au commencement et à la tin des mots qu'ils empruntent à l'arabe : les Étrusques paraissent avoir traité à peu près de même les mots grecs ; et si un certain jargon s'écrivait, nous verrions le mot Hammeriker prendre la place d' America, qui est assurément plus correct et plus ancien.
Chaque dialecte pos.sède évidennnent quelques mots qui lui sont propres et qui
AI'I'LICATIU.N AL CHINOIS (jô
reprt'sontcnl quohiue idionio ancien: mais la plus grande paitie de Ions les vocabulaires est chinoise, et n'est nullement dillicile à entendre dès quon sait la langue onicielle : il faut seulement se rendre compte des permutations assez constantes que subissent les mots en passant d'une province dans une autre. .J'aurais voulu laire une recherche approfondie de ces permutations: je n'en ai point eu le temps : j'ai seulenienl pu reconnaître quelques-unes de celles (pii se rencontrent dans le Kyafi nan. Dans le dialecte de celle province. .1 devient M ou NY. Ainsi ,/>/(, ImMinie. fait nyen, elji, soleil, ni. W est changé en I' el (luelipiefois en NX : i»ar exemple, Wo, moi, N.NO; X se prononce faiblement ou comme H, comme le C dur tloreiitin cl comme N; lUV se prononce H, Y ou /: V devient souvent NX; OFL. aniani (ju'il me sendjle, de quelque façon qu'il s'écrive, devient NI. La terminaison AN devieid AAN. ^ON ou ON. Les terminaisons nasales sont très-souvent allongées : A. E.ti, peuvent être changés en 0, et El en l. Ce dialecte est celui (pii passai!, il y a deux siècles, piaule plus élégant : c'est celui de Nankin, de la dynastie des Min. du célèbre nninsire Syu. prulccleur des jésuites. Il est donc naturel (pie les anciens missionnaiies en aieid suivi les lègles el représenté la prunduciarnin. Ce n'en a pas midiis été une dilliculté de plus pour ceux ipii onl eu de nos joins à l'tudici- le cliiiiuis; et tous les livres n'en sont pas encore à la prononciation non-seulemenl tle la cour, mais encore de toute la partie éclairée de la nation. Il es! bon d'observer encore (jue le .lapon, en relation surtout avec le Kyafi-nan. a pris lii ses mots chinois. Ainsi son nom même, Ni-pon, pour Ji-pan, est du \mv dialecte du Kyan-nan. et je ne doute pas qu'on ne puisse trouver dans le Kyan-nan l'explication de bien des problèmes (jue soulève la partie chinoise de la langue japonaise : ce (pii n'aurait pas été éclairci là le serait dans le lllan-t>.n. dU [icnt-èlic jtar l'examen des dialectes populaires du Tiiii-li.
En offrant aux Chinois une écriture nouvelle, je n'ai ni la prétention ni le désir de la substituer à l'écriture actuelle, qui est une tradition, une langue, et presque une science; mon seul but serait de fournir un instrument commode aux gens pauvres qui n'ont pas le temps d'apprendre à lire et à tracer les caractères actuels, de façon à en user pour leurs affaires. Ils se servent habituellement de caractères esti'opics, défigurés, acceptés seulement pour leur son, de telle sorte que leur écriture est un rébus perpétuel ; ils ont encore besoin pour cela de deux ou trois cents caractères au moins, et il est certain qu'ils en apprendraient plus aisément une soixantaine de forme plus simple, et qu'ils liraient mieux des mots dont le sens serait, comme je vais l'expliquer, éclairé par des signes idéographiciues. La difficulté que nos enfants éprouvent ;i apprendre à lire vient de notre orthographe, el non des signes, que les
66 TKANSCRIPÏION UNIVERSELLE.
enfants Mcquiùreul en peu de jours: ils liraienl dès (|uils savent les lettres si nous écrivions comme nous parlons.
Les gens plus instruits ont, on Chine, une écriture cursive appelée tsao-mb qu'on commence à étudier à Paris, où M. Léon de Rosny parait s'en occuper avec beaucoup de succès. Cette écrilure al)rége et souvent déligure les caractères corrects; elle
attache l'un à laulre les éléments d'un caractère : ainsi ^ ji. soleil, el 3
vue, lune, pour donner le caractère cori'ccl (|ui signilie lumière, sont simplemeid
allongés et rapprochés l'un de l'autre, tandis qu'en lsao-iii>. nous avons ^4 (.( Q
ou 5 . qui. réunis, doiment q\ . Kilo n'a point de l'ègles fixes : ainsi ^
prend la loime AT ■ lundis que ^r^ juend celle de ^X ■ ''-"c varie beaucoup
d'écrivain à écrivain et de siècle à siècle. Elle est très-incomplète et s'applique seulement à quelques centaines de caractères ; elle ne rend pas même toutes les phonétiques. Dans beaucoup de livres, dans l'annuaire officiel par exemple, des phonétiques plus simples sont substituées à d'autres plus compliquées : tic, fer, y est écrit avec une phonétique do cinq traits seulement. Le tsao-mb- n'emploie de son côté que l'abréviation des phonétiques les plus faciles à tracer, et Terreur de Gonçalvez est d'avoir donné dans son excellent Dictionnaire la transcription cursive de tous les mots non telle qu'elle est, mais telle qu'elle devrait être.
On verra par le tableau ci-dessous, qui présente deux lignes ik caractères corrects transcrits en tsao-ms, et d'après mon système, que mon système est beaucoup plus rapide, et comme au point de vue de l'orthographe chinoise il n'est pas plus vicieux, il pourrait servir au moins de sténographie à des lettrés.
Le chinois, c'est-à-dire au moins le dialecte politique do la Chine, no comptant (|u'un petit nombre d'articulations et de modulations, nous n'avons pas besoin de tous nos signes pour le rendre, et nous pouvons, pour la simplicité et la rapidité plus grande de l'écriture, en simplifier quolquos-uns, le T, par exemple, que nous liourroiis représenter par un sinqile trait vertical, puisqu'il n'y a pas à craindre de le confondre avec le D, qui n'existe pas. Voici dans son ensemble et sous sa forme modifiée l'alphabet que je propose pour écrire le chinois ; on remarquera avec quelle facilité sont tracées, dans ce système, les combinaisons do consonnes el surtout de voyelles, si fréqueides on chinois.