‹ Mémoires sur la Chine. Série complémentaireChapitre 24 sur 31 · TS TIU SW NN · texte numérisé non relu

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une utopie : pour transcrire le chinois, il faut emprunter son procédé, tout en demandant au raisonnement et à la méthode la perfection et la simplicité que la routine ne donne jamais. C'est ce que je vais faire; il est surprenant qu'on ne s'en soit pas encore avisé.

J'adopterai donc des clefs idéographiques. Non-seulement le chinois et légyptlen en possèdent, mais encore on en retrouve sur les inscriptions cunéiformes associées comme déterminatifs à des noms de divinités, de villes, de pays. M. Foucaux a montré que le thibétaln faisait ainsi usage de lettres muettes pour distinguer des mots de même son et de sens différent. Enfin lorsque, en français, nous mettons une majuscule à un nom propre, et lorsque les Romains en mettaient une au mot Vrfo, signifiant la ville par excellence, la ville éternelle, cet emploi de majuscules a une valeur purement idéographique.

On assigne en général au chinois 214 clefs; on peut cependanl en compter moins : (ionçalvez, par exemple, n'en admet que 127. Elles sont très-inégalemoni employées : près de la moitié des caractères sont groupés sous 20 clefs : leur presi|ne totalilé, sous (iO. La clef des plantes en général se présente 1431 fois, et celle des limites .') fois, sur une liste de 30000 caractères ou mois : on peut donc admettie qu'une trentaine de clefs suffîronl à distinguer les mots qui présentent le même son dans le vocabulaire très-limité de la conversation, de la correspondance et de la littérature commune. Ces clefs devront répondre à une division très-vulgaire el très-pratique des idées, afin que les gens les moins éclairés puissent facilement en saisir lapplication, un peu variable toujours, parce que la même idée pourra quelquefois être rapportée à une classe ou à une autre. Il faudra seulement qu'entre elle et la clef il y ait un rapport saisissable. Ce n'est pas toujours ce qui arrive en chinois, où les mots ami, ('clljisc, nord et midi sont sous les clefs de la lune, des aliments, des cuillers et du nombre dix.

Pour tous les peuples, les poissons sont des animaux a(|uatiqiies : pour les Français, sans coquille; pour les Anglais, avec ou sans coquille. Les naturalistes ont limité le sens du moi poisson . Les cétacés ne sont pas pour eux des poissons, mais ils restent poissons dans le langage vulgaire el littéraire des Français, comme les crustacés dans celui des Anglais. Nous devons donc écrire avec une même clef les animaux aquatiques. Je classerai pour des motifs analogues les végétaux sous deux clefs, celle des arbres et celle des herbes. Les astres, dont le langage ordinaire ne considère quun petit nombre, peuvent être classés, avec les "météores, sous une clef des choses célestes. L'homme, en effet, n'est pas le centre de l'univers; il ne l'embrasse pas d'un coup d'teil : placé comme en quelque point de la circonférence, il ne voit bien que ce qui l'entoure; il dislingue avec soin cliaque partie de son corps el même de ses outils : ses langues, cependant, n'ont point de noms pour les soleils sans nombre de la Voie lactée.

La clef se placera au-dessus du caractère cju'elle définira.

Il y a beaucoup de mots chinois composés : on pouri'a en rattacher les caractères composants par un petit trait vertical, et donner au premier de ces caractères seul une clef idéographique s'applitiuant au mot composé, et non à son premier élément. Beaucoup de caractères pourront toujours être entendus sans qu'il soit nécessaire de leur ajouter une clef. En vertu de la règle du moindre emploi, la clef devra, de plus, être supprimée dès que l'objet du discours sera déjà sutllsamment connu, .\insi, dans la fable du Loup el de l'Agneau, dès que l'on saura que les mots tmae et yan représentent les mammifères terrestres ou les quadrupèdes qui portent ces noms, on pourra se dispenser de i-appeler la clef des quadrupèdes quand les mots tiuae et yan repa-

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