‹ Mémoires sur la Chine. Série complémentaireChapitre 28 sur 31 · TÉLÉGRAPHIE UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

TÉLÉGRAPHIE UNIVERSELLE

particuliers, une dizaine peul-èlre, comptant chacun do 200 à 1000 mois: soit, en moyenne, 500.

Parmi les deux mille et quelques cents mots usuels, il y a les nombres, les mesures, les divisions du temps, cent à cent cinquante en tout; les adverbes, prépositions, conjonctions, cent à cent cinquante encore ; les adjectifs, deux à trois cents ; cinq cents verbes et mille substantifs environ.

11 faut compter, de plus, une soixantaine de données grammalicales. ou autres, qu'on doit exprimer par des signaux assez brefs.

Tout cela peut figurer sur une seule feuille, réparti par ordre de matières dans de petits cadres portant les signaux. On peut figurer par le coloriage des divisions plus nombreuses, répartir les adverbes, par exemple, en adverbes de temps, de lieu, de quantité (ceux de manière seraient formés d'un adjectif et d'un signe grammatical). Dans les substantifs, on distinguera les parties du corps, les degrés de parenté, les habillements, etc. Les mots seront donc faciles à trouver, en même temps que leur place et leur signal seront les mêmes en quelque langue que soient les tableaux.

Avec le nombre de mots dont j'ai parlé, on n'arriverait pas à l'emploi de signaux de plus de dix éléments; les mots les plus communs seraient rangés sous les signes les plus Jirefs. les espaces seraient quatre fois moins nombreux que dans le système alphabétique, et, sans faire valoir certaines combinaisons qui permettent d'abréger beaucoup, on peut considérer ma méthode comme deux fois plus brève que la méthode alphabétique actuellement en usage.

L'affectation de signaux particuliers aux déterminations grammaticales ne l'allongera pas d'une manière sensible, parce qu'on doit avoir recours à la règle du moindre emploi, c'est-à-dire supprimer la niarcpie du temps après un adverbe de temps, celle du pluriel après un nombre, etc.

On alléguera peut-être que les hommes parlent pins par locutions que par mois, et que l'expression de quelques idées n'est pas partout la même : les Latins disaient colère deitin, les Allemands disent baueii e'm feld; mais il y a une expression simple de toute idée cjui se découvre aisément et est commune à tous.

Jai donné à ces vues une forme arrêtée dans un premier travail intitulé Sketch of Tables for (hc analijlic universal Telegrapluj (Camden Hotten, Piccadilly, I8G3).

J'ai proposé mon système non en France, où la télégraphie est un monopole d'État, mais en Angleterre, où j'étais sûr d'être jugé sans malveillance et sans faveur, avec les lumières sûres de l'intérêt privé.

J'y ai facilement reconnu que ma méthode n'était pas aujourd'hui applicable. Elle suppose, en effet, dans l'expédition des télégrammes, une exactitude qui n'existe pas. Les employés se trompent sans cesse. Une pression trop forte de la main change un

78 SIGiNALÉTlQLE.

point en un trait: une lettre ciiangée n'est rien, un nidt cliangé changerait une dépèche : il me faut ihuic Texactitude mécanique du ti'léi^raphc . et je Fattends un jour ou l'autre de la transmission automatique.

L'histoire du langage, qui nous montre le procédé analytique s'étendant à mesure que les peuples se mêlent et se civilisent, qui nous montre ce procédé partout où le commerce rapproche les races diverses, impose clairement la méthode analytique aux communications internationales. Tous les peuples expriment des idées semblables; les mots seuls sont diiïérents.

Si l'on classe, comme je lai fait, les expressions de ces idées non d"après leur forme écrite ou parlée, mais d'après leur nature el les laiiports de signification qui existent entre elles, on obtient des groupes naturels, et Texpression de chaiiue idée y occupe la même place et répond au même signal, en (luelque langue que soit le tableau qu'on en a l'ait.

La difllculté grammaticale a été supprimée par le système analytique, qui substitue à nos formes compliquées l'analyse grammaticale, sendilable pour tous les hommes.

Tout homme pourra donc, sans étude préalable, à l'aide d'un tableau en sa langue couvrant deux pieds carrés, correspondre par lettre ou télégramme avec tout autre homme dont il ignorera l'idiome particulier.

Pour obtenir le secret le plus absolu, il suffira de changer l'ordre des signaux.

Si l'on suppose les mots représentés pai- les éléments du système télégraphique de Morse, c'est-à-dire des points et des traits, et séparés des autres mots par des espaces, on pourra déguiser entièrement le sens d'une dépêche remise à des mains suspectes, à la condition de la traduire en une autre dépèche comptant six ou sept fois plus de mots.

Pour cela, on divisera en trois groupes variés à volonté, et de dix et six lettres par exemple, les lettres de l'alphabet, et l'on composera un discours quelconque, dans lequel on fera usage de mots commençant par une des dix premières lettres pour traduire les points du système Morse, de mots connnençant par une des autres dix lettres pour les traits, et de mots commençant par une des six dernières lettres pour marquer la fin des mots. Comme, en ne supposant cjne quinze mille mots usuels ou connus de celui qui écrit, il aura encore pour rendre chaque point, chaque trait et chaque arrêt de signaux, de trois à six mille mots à sa disposition, rien ne sera, dans la pratique, plus facile qu'un tel travail : la même dépêche pourra revêtir plusieurs milliers de formes, délier tous les espions et tous les escrocs (1).

(I) Supposons ijHC lout mot commeui,aut par une des dix premières leltres, a, h, c, ((, e, /, g, h, i, j. vaille un point, par une des dix suivantes, k, l, m, n, o, p, q, r, $, t, un Irail , par une des six dernières, u, r, s,

SK.NAIX DE MEH. 79

("oiiiinc tout lo inonde poul poui' sdu propre usage composer un tableau de mots el de signaux suivant le plan que j'ai fait connaître, et convenir avec ses correspondants dune traduction alphabétique des signaux, la liberté la plus absolue est acquise dès aujourd'hui à toute correspondance écrite ou télégraphiée. J'ai publié mon système; il m'importe peu qu'on en use: mais je ne saurais plaindre ni les souverains qui passent toute une journée à composer en chilTies une dépêche secrète qu'ils ne pourraient transmettre par les téli'graitlu's de rennciiii . ni des conspirateurs d'opéra comique, à qui je ne suis point chargé de donner des leçons, el qui se laissent journellement prendre avec des correspondances, des listes et des plans aussi clairs que détaillés. i|uaiid un [ion d'adresse eût sauvé sinon leui' pcrsoinie. du moins leurs amis.

J'ai montré rapplicalioii du système analytii[ue aux signaux des marins faits avec des pavillons: sous le nom de Slictcli ofan anahjHc iiiiiversul Code of iiaiilicul Si(jn(ils (Camden Hotten, l^iccadilly ). j'ai publié un tableau (jui ne couvre i[n un pied carré. peut se plier et se mettre dans la poche, et contient groupés sous leurs signaux et par ordre de matière, dans de i)etits cadres, tous les mots usités dans les signaux de mer et toutes les indications grammaticales nécessaires. Ce tableau, ((ui n'est qu'un premier essai, pourrait être mieux conçu : tel ([u'il est, il fournit un nombre illimité de signaux, ce que ne font pas les codes actuels, qui comptent deux el trois cents pages et se vendent assez cher; il conjugue tous les verbes et donne aux signaux autant de clarté qu'on le veut: enfin, il est directement intelligible aux marins de toutes les nations, les mots du même sens devant occuper, dans des tableaux en diverses langues, la même place et rr'piniijrc aux mêmes signaux. J'ajouterai (pi il emploie pour l'expression plus exacte d'une même idée moins de pavilluns que les systèmes actuels.

y, z, ir, un espace, les mois composant la plirasc Je j-iendrai demain élaiit représentés dans le tableau ipie j'ai publié à Londres par les signaux suivants, qui se lisent de gauche à droite, comme nos langues :

Il me suflit pour la traduire de former une dépêche telle que : \os amix désirent heaucuuii que i-oua attendiez encore : il faut de la prudence; cherchez un mui/en ternie, ne précipitez rien, écrirez bientôt.

Ou encore : Mon cher ami, je souhaiterais vous avoir à diner demain arec quelques personnes de votre pays qui reparlent sous peu de jours.

Ou encore ; L'état du cher malade varie à chaque instant : aujourd'hui il se trouvait tiien : une mauvaise nouvelle pourrait retarder sa guérison définitive.

C'est, on le voit, la réalisation complète du mot de Bacon ; Omnia per omnia.

On pourra remarquer encore que les trois signaux ci-dessus emploient seulement les deux cinquièmes des éléments et des espaces dont le système eu usage aurait besoin pour la transmission de la même dépêche.

80 SIGNALÉTIQUE

Le télégraphe est un organe universel : nous lui avons donné une langue signalétique internationale. Allons plus loin, et posons le problème d'une langue universelle.

Les dialectes de l'Europe, innombrables, variant de district à district, vivaces malgré l'uniformité de l'instruction pulilique. malgré la centralisation la plus oppressive, montrent l'impossibilité absolue de soumettre tous les hommes à une même langue parlée ou même écrite.

L'extension des langues politiques s'imposant à tous les hommes cultivés d'un pays, l'emploi d'une langue morte par des savants et des théologiens de nations différentes, le recours des commerçants d'une part, des classes dégradées de l'autre, à des langues factices, soit pour s'entendre avec des peuples lointains et divers, soit pour n'être pas entendus de la police et des gens honnêtes; les caractères chinois, enfin, communs à la moitié du peuple asiatique, montrent que dans la limite restreinte des communications politiques, scientifiques, commerciales, l'emploi d'une langue universelle est possible.

Le caractère analytique des langues mêlées et répandues et des jargons internationaux déjà créés montre que l'analyse la plus complète devrait présider à la création d'une langue universelle.

Si l'on exprime par quelques mots significatifs, adverbes ou autres, en petit nombre, les temps, les cas, les nombres, les genres, la plus grande dilficulté de l'étude des langues est supprimée, puisque cette diflîculté gît surtout dans la formation des pluriels, la conjugaison des verbes et leurs irrégularités infinies. On peut, en combinant quelques petits mots avec un radical exprimant une idée simple, former des adjectifs, des adverbes de manière, des noms collectifs, des noms d'agent, des noms professionnels, etc.

On peut encore, avec un mot signifiant aimer, par exemple, et quelques autres mots, représenter non -seulement les idées que rendent nos mots amour, aimable, amant, etc., mais encore celles de chérir, d'adorer, de ba'ir, de détester, et toutes celles qui s'y rattachent.

Le mot cri joint au nom d'un animal peut remplacer tous nos mots expressifs des divers cris des animaux; celui de demeure joint aux mots soldat, prisonnier, etc.. peut remplacer de même ceux de caserne, prison, etc.

Il est inutile de s'étendre longuement sur l'avantage qu'il y aurait à substituer des combinaisons simples, faciles à former et à entendre, aux mots étranges et irréguliers que la routine nous a donnés. Il est clair que le mot ho7nme ajouté à tout nom de pays pour en désigner les habitants remplacerait heureusement des mots tels que Champenois, Allemand, Espagnol, Breton, montagnard, dérivés cependant tous de mots terminés

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