‹ Mémoires sur la Convention, et le DirectoireChapitre 12 sur 110 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

K Je suis convaincu, me dit-il, qu^on ne réduira point la Vendée par les armes. Les Vendéens ont sur nous trop d^avantages. La nature du pays ex- -trémement boisé, le mauvais état des chemins impraticables pendant six mois de Tannée , la clôture des propriétés qui forme des retranchemens inexpugnables, s^opposent au. mouvement d^une armée régulière qui est obligée de traîner à sg suite , vivres , munitions et artillerie. Les Vendéens liront rien de tout cela. S^agit-il de se rassembler? chaque soldat met dans sa poche un morceau de pain noir et quelques cartouches. Mais la plupart du temps il s^embusque à quelques pas de sa maison et tire sans être aperçu. Si on le découvre, ' il fuit; si on Fatteint ,. il a jeté son fiisil dans les broussailles et proteste qu'ail n^a , point d^armes et qu^ii nV fui que par peur. Il faiit alors ou risquer de laire grâce à un ennemi , ou massacrer un homme qui paraît sans défense. Les Vendéens n^ont point la discipline des troupes régulières , ils ont mieux que cela, un dévouement saps bornes à leurs chefs. Ces hommes simples et ignorans font pour le fanatisme ce que Tamour de la patrie ne peut produire chez nous que sur quelques âmes privilégiées. Nous les tuerons, mais ils nous, tueront plus de monde encore. Nous ravagerons leur pays; mais ce pays esl« français. Victorieux, nous les irriterons encore plus; battus , nous redoublerons leur audace. Ils ne sont pol^nt en peine d'^avoir des armes et des munitions; FAn—

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glel^Fre ne les en laissera pas manquer^ Bfle est trop hetilrew^e de voir les Fl-anf a» aux pvlsés k^ à»s eontre les aolres ; elle se lan>« ve snffisammoiit dédommagée de sea dépensas par le Mal c^n^etlè ndus fait* La Vendée ne peut rien contre la tépu^ Ukfue» Elle ne fera jamais nne guerre oSehsirt ; ses chef» ne sont pas assez ealretnreDans } d^ittUeurs les lins combattent francbement pour la rdigiôfi et là monarchie, le^ plixs grimd notolyre n^a qife de Tambitiou et ne veut que jouer nn rôle. Quant aux princes , je ne sais si FAngleterrl leui* per-> mettrait de se mettre à la tête de la Vendée, Les paysans , intrépides dans leur bocage , y totn^ battent pro aris etfocis f mais hoTB de là ils snc^ comberaiént infailliblement. Du reste ils ne Veu-^ lent point en sortir; dès qu^ils ont perdu de v&e leurs clochers, ils ont \à maladie .dn pays ^ et tom^' bent dans le décoaragement. En effet, si^iU quit^ taîént la défensive pont Toffensive ^ ils perdraient tous leurs avantages , nous repreiidrions les né^eê^ et nous serions au moins à deox de jen avec eux:. Je pense donc quHl faudrait former autour de la Vendée un cordon pour empêcher la plaie de s-é^ tendre , pour intercepter autant que possible tes communications avec Fintérieur, et travailler k convertir les chefs. On gagnerait ainsi du tempe ^ on épargnerait le sang, on dirigerait tmis les moyens de la république contre Tennemi exté^ ri€ur,*et, à la paix^ la Vendée toinbevait d^elle^ méme^ ou ne résisterait pas à Ffiscendant de lu

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république viclùriense et reconnue pBr le» roîs. » Quoi<{ue très - éloigne des idées que je m 'étais faites Jusqu'^alors de la guerre de la Vèudée^ ce plan me séduisit. Cependant, en le diseutint avec le général , je lui fis quelques objections qui me para^saient être d^^n grand poidsé Par exemple ^ en supposant que la république se bornât à un système défensif ^ tomment espérer que les puis<^ saoces étrangères feraient la paix avec elle , tant qu^elles verraient Pexistence de cette plaie inté^ rieure ? Les Vendéens ne prendraient^ils pas cette attitude modérée de la Convention pour de la fiii-* blesse ou de la. peur, et nVn acquerraient-ila pas plus de forée et d^audace? Dans le reste de la république)^ les royalistes ne seraient^ils pas encouragés à se soulever pour donner la main à la Vendée ? Enfin la Convention , qui ne connaissait point d'obstacles et ne savait point mesurer les dan-gers, consentirait-elle jamais à temporiser avec des rebelles ? Le général n^en persista pas moins dans son avis et me dit : a Qnam à la Convention , ce n^est pss mon affiaiire. Mais souvenez - vous que Louis XIV, dans toute sa puissance, a été obligé de trailer avec un cbef des révoltés i et il y avail: loin de Taffaire des Cévennes à celle de la Vendée^ A Inon retour à Paris , je cherchai un homme de quelque influence , auquel je pusse lù^ouvrir sans danger sur cet objet. Je m^adressai à Danton^ Il me paraissait avoir, hors de FAssemblée, de Tame^ de la franchise et de la loyauté. Je pris pour

prétexte la mission que je venais de remplir , et la cçnversation nous eut bientôt conduits au point délicat où je voulais en venir. « Es-tu fou , me dit-il , si tu as envie d^être guillotiné , tu n'as qu^à en faire la proposition à TAssemblée. Il n'y a point de paix possible avec la Vendée; Tépée est tirée , il faut que nous dévorions le chancre ou qu'il nous dévore. La république est assez forte pour faire face à tous ses ennemis. Tu ne sais pas ce que c'est qu'une révolution. Nous sommes trop heureux que les aristocrates aient pris les armes. Us nous font beau jeu , etc., etc. » Je me tins pour averti , et je. ne parlai plus de la Vendée.

J'ai dit qu'un député , envoyé en mission dans son département , pouvait se trouver placé entre son devoir et ses affections. Une circonstance toute particulière rendit en effet ma situation très-délicate. Le père de ma fenwne, M. Tribert, propriétaire à Montreuil-Bellay, près de Saumur, était au pouvoir des Vendéens. Il avait été fait prisonnier avec un détachement de la garde nationale de sa commune, au mépris d'une capitulation et après la plus vigoureuse résistance. On m'avait fait dire qu'on le regardait comme un otage , et qu'il répondrait de mes actions. Je n'avais pas besoin de cette menace pour me contenir. Il m'aurait répugné de prendre de moi-même telle mesure violente à laquelle j'eusse peut-être concouru dans la Convention. Mais ce que le devoir le plus Tigoureux m'eût obligé de faire dans des circonstances

aium critiques ^ et les actes des antres représentans près de Tarmëe, dussent pu mettre en péril la vie d^un honnête homme auquel je tenais par les liens les plus sacres. Cette inquiétude, jointe àTimpos-^ sibilité démontrée pour moi de rien opérer de bien ai d^onorable dans ma mission , me faisait vive^ ment désirer dVn être débarrassé.

Un jour, me rendant à cheval de Montre uil*-» Bellay à Saumur, j'attei^is un cotivoî de prisonniers vendéens que Ton y conduisait. CMtaietit la plupart de malbeureujt paysans déguenillés et en sabots. Ils marchaient deux à deux , enthalnés et dans le plus grand silence; ils avaient Pair souffrant et résigné; il ne lettr échappait pa^ la moindre plainte. Je fus vivement touché du sort de ces malheureux, je ralentis involontairement le pas de mon cheval , et je marchai à côté d^eux , ne pouvant en détourner mes regards et me livrant aux plus tristes réflexions. Je m'aperçus que Tun dVux , un peu moins mal vêtu, me regardait fixement; il n'avait rien de menaçant, il semblaft au contraire solliciter de la pitié: il m'en inspira. « Ave»-vous qfuelqtte chose à rhe dîï*e? lui demandai^je.

— » Ne me réContiaissez-voUs pas ?

— ï> Non.

— n Je voufe ai vU' bien jeune, '

— » Comment?

— » J'ai été le client et l'ami de M. votre père.

— » Qui éte^-vous 7 n

Il se nomma , je le reconnus ^ quoique le temps et le malheur eussent altéré ses traits.

— « Comment un homme raisonnable et modéré comme vous se trouve-t-il dans cette situation ?

— » Que voulez-vous? J'étais tranquille dans ma propriété ; les troubles ont éclaté , les habitans de mon village sont, venus me chercher, il m'a fallu marcher comme tout le monde.

— » Pourquoi n'avez-vous pas plutôt quitté le pays ?

— » Je n'y ai pas pensé, et peut-être eût-on voulu me faire servir contre mes concitoyens. »

Comme il y avait là des soldats témoins de notre entretien, je parus embarrassé; le prisonnier le remarqua et me dit :

« Du reste, je ne demande rien, je subirai mon sort» M '

Je lui répondis : « Il ne feut jamais désespérer; n et je m'éloignai, emportant dans mon ame la plus douloureuse impression, et réfléchissant au moyen de sauver ce malheureux. Ce n'était pas facile, dans les deux partis on n'échangeait point les prisonniers ; ils périssaient dans les prisons lorsqu'on ne les fusillait pas. Je dis le lendemain au commandant du château : (« Parmi les prisonniers qui sont arrivés hier, il y a un homme qui m'a fait des révélations et des offres, et qui peut servir la république, envoyez-le moi, je veux lui donner une mission. » Le commandant le fit conduire chez moi. Je lui remis un passe-port; il versa des larmes et se

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confondit en remerciemens* a «Texige de vous , sur votre honneur, que vous fassiez délivrer un officier républicain, mon beaq-pèrè, si vous le pouvez, et que vous vous arrangiez de manière à ne plus.por* ter les armes contre la république* » Il me le pro* mit. Je ne sais s^il tint sa promesse , je. partis deux jours après, mais mon beau-père resta prisonnière La fatale journée du 3i mai, où la Convention se mutila elle-même , changea la face des choses* Par, décret du 22 juin, elle rappela la plupart des députes en mission pour en nommer de nouveaux* Je rentrai donc dans FAssemblée.

Il était facile de prévoir que la guerre qui exis-* tait entre la montagne et le côté droit finirait par un déchirement, hes girondins, après avoir. con-*tribué à renverser le trône , voulaient organiser la république! par des lois et arrêter la révolution; mais elle les entraîna dans Fabime* U était écrit dans 1^ livre des destins qu^^elle devait fourûir une plus longue carrière de malheurs ; elle semblait nVttirer à elle les talens que pour les dévorer. L^Assemblée constituante a^ait été effacée par FAssemblée législative, celle-ci Tétait par la Convention à qui était réservé le triste privilège de combler le gouffre et de retourner sur ses pas. La révolution se trouva, pour ainsi dire, manquer de but dès qu^elle eut dépassé celui qu^elle s^était proposé ; on se précipita aveuglément dans une carrière illimitée d'exs^gçrations et de fureurs : malheur à celui qui y restait stationnaire, la révolution le

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laissait de côté , ou bien elle passait sur son ca* davre«

L'amour de Fégalité avait ëté son plus puissant mobile. Il dégénéra en ivresse , et cette ivresse àér vint une sorte de fanatisme. Le peuple qui avait renversé les privilégiés au profit des plébéiens^ les renversa à leur tour pour s^emparer des places et du pouvoir. Après avoir été Finstrument des autres, il voulut travailler pour kii-méme. Celui qw s'élevait, quelque basse que fut son origine, trouvait toujours un envieux qui sortait encore de plus bas, et qui croyait exercer son droit légitime en violant celui d'un autre.

Tout ce qui parlait d'ordre était flétri comme royaliste ; tout ce qui parlait de lois ét^it ridiculisé comme homme d^Etat} une dénomination honorable devint une injure et tin titre de proscription. On préluda par des outrages et des accusations réciproques, et Ton finit par les proscriptions. La gironde fut la dernière limite entre les lumières et les ténèbres. Qqand elle fut renversée on tomba dans le chaos.

Cette révolution s'était consommée à Paris depuis le 10 août. L'autorité y était arrivée dans les mains des démagogues; le 3i mai la leur livra dans toute la France.

Cette journée souleva la majorité des administrations départementales composées encore de p^ triotes honnêtes et propriétaires. Elles demandèrent vengeance de Tattentat commis. par la commune

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