‹ Mémoires sur la Convention, et le DirectoireChapitre 18 sur 110 · CHAPITRE V, 5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE V, 5l

entassait péle-méle ses victimes , Torgueil nobiliaire s^obstinait encore à conserver des distinctions ; et jusque sur Péchafaud, le royaliste était souvent moins sensible à la mort qu^à Thumiliation de périr en même temps que des patriotes , avec lesquels il n^aurait pu se résoudre à vivre.

Le royalisme s^empara de Tinsurrection de Lyon et de Marseille , patriotique dans son principe (i). Dès ce moment la cause des insurgés fut perdue; quand ils furent battvis , les chefs royalistes se sauvèrent par la fuite , et les citoyens amis ou ennemis de la liberté , qi^i ne purent ou ne voulurent pas émigrer, furent impitoyablement mitraillés sans distinction. Le petit nombre d^entre eux, qui se réfugièrent à Fétranger, y furent repoussés avec fureur par les émigrés, et tolérés à peine par les gouvernemens. Du reste, les émigrés étaient même entre eux presque aussi intolérans : au lieu de tendre les bras à tous ceux que le malheur jetait sur les terres étrangères, ils tarifaient le mérite de Fémigration d^apirès ses motifs et son époque.

On a fait à la terreur Thonneur de nos premières victoires. Dans tous les temps et dans tous les pays, Pii^dividu.que la loi appelle aux armées n^a guère à choisir qu'entre Fobéissance ou des peines très-*

(i) Les insurrections de Ljon et du Midi n'euroiiqamais de correspondance avec nous ^ et furent déterminées par des opinions d'une autre nature.

( Mémoires de M"" de La Rochej'aqueleùi sur la Vendée.")

sévères. Ainsi y le gouvernement répufblicain était inexorable envers le conscrit français rebelle à la voix de la patrie. Sans doute y quelques hommes dont elle ne réclamait pas expressément le service, se réfugièrent aussi dans les camps pour échapper à la proscription : ils cherchaient leur tranquillité dans la guerre et leur sûreté dans les coi^ibats ; la peur a fait plus d\m brave soldat^ et quelquefois des héros. Mais , sous la terreur^ comme après son règne sanglant, le plus grand nombre des Français courait sou» les drapeaux pour défendre la liberté et rindépendance nationale. Ce peuple, instrument ou victime de la tyrannie qui déchirait 1^ sein de la patrie ,' repoussait avec indignation le joug de Pétranger et de Témigràtion. Quand il croyait avoir pourvu à sa sûreté intérieure , en remplissant les prisons de suspects , il marchait avec un rare dévouement aux frontières, et les jeunes guerriers faisaient retentir de chants patriotiques lés villes où régnaient le deuil et la consternation.

Ce gouvernement révolutionnaire, si terrible audeddns, ne Tétait pas moins au-dchors. Avec des armées de ciloyenà il bravait les armées stipendiées de FEurope , et des chefs, sortis des derniers rangs , triomphaient àes vieilles renommées de ses généraux. Les opérations militaires étaient dirigées à la fois aiptc audace et sagacité. L^heureux destin de la républiqtie avait jeté , dans le comité de salut public, un de ces hommes rares, étranger à toute intrigue et à toute ambition , simple datis ses ma-

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