CHAPITRE V
nières et dans ses goûts , désintéressé, incorruptible , savant dans Fart de la guerre , enthousiaste de la liberté, delà gloire et de Tindépendance de la république; en un mot un de ces caractères antiques , rhonneur de leur siècle et de leur patrie. Carnet avait la dictature des armées, et la justifia par la victoire.
LMnergie de la nation, qui semblait comprimée par la terreur, brillait de tout son éclat devant ses eonen^is. Elle se vengeait sur eux de son humiliation intérieure. Tandis que Padministration civile semblait livrée à la brutalité et à Tignorance , tes talens , les arts et les sciences préparaient à Fenvi les plus glorieux triomphes. De toutes parts se multipliaient les ateliers dVquipement, d^armes et de munitions de toute espèce. Le peuple français réalisait les prodiges de la fable; il frappait du pied le sol delà patrie, et il en sortait, comme par enchantement, un million d^hommea» armés pour sa défense.
Ils n'^allaicnt point au combat avec ce dévouement factice que produisent Tavancement , les distinctions , les honneurs, la fortune. LVgalité régnait dans les camps comme dans les villes , tout y supportait les mêmes privations. La plupart du temps le soldat et Tofiicier mangeaient le même pain , ils CQuchaient au même bivouac. Un simple panache, une modeste écharpe distinguaient le général. Couvert de blessures , le militaire congédié redevenait citoyen , souvent sans demander de
réoompense. Il n avait point fait un métier, il avait payé sa dette. La Convention nationale acquittait celle de la nation envers ses défenseurs , en décrétant qu^ils avaient bien mérité de la patrie; et cette monnaie , qui s^usa dans la suite à force de victoires , suffisait alors au général comme au soldat.
Certes, quoique la gloire ne garantit pas de réchafaud , ce rfétait pas la terreur qui enfantait de si grandes vertus, de si glorieux exploits. Ce fut Tamour sacré de la patrie qui opéra tant de prodiges; etThomme de bien, en portant sa pensée srur d^aussi beaux triomphes , sentait son ame soulagée du poids dont Taccablaient les crimes de la terreurJ
Les uns ont fait la plus triste peinture de la misère du peuple pendant la terreur; d^autres ont prétendu qu^il s^ enrichissait par les dilapidations.
n est vrai que le luxe n^alimentait plus les arts et rindustrîe. Mais les besoins de la guerre occupaient une foule de bras. Il est certain aussi que Fagriculture prospérait. CMtaitle résultat de la suppression des droits féodaux et de la vente des biens nationaux. Les assignats , dont le discrédit pesait sur les grands propriétaires , les rentiers et les fonctionnaires publics, enrichissaient les cultivateurs et les fermiers. Avec quelques sacs de blé, ils payaient le prix de leur ferme et leurs impôts; en vain la loi taxait leurs denrées, proscrivait les transactions en numéraire et punissait de mort les contraventions; le besoin des consommateurs et là cupidité dès