‹ Mémoires sur la Convention, et le DirectoireChapitre 21 sur 110 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

première , invisible , incompréhensible , source de tous les biens et de tous les maux. Essayer d^arràcher de son ame Tidée d^m être supérieur à sa faiblesse , quHl invoque ou contre lequel il blas»phème dans ses misères, ce serait vouloir changer la nature humaine. Ériger en loi Tathëisme, cVût donc été la plus monstrueuse de toutes les folies.

Un État peut-il exister sans culte ? Faut-il un culte national ou une libre concurrence ? Comment concilier la liberté des autres cultes avec un culte national ? Dans le cas où Ton aurait voulu établir un culte national, lequel était le plus conforme à la raison, au temps, et le plus approprié à la France?

Telles étaient les questions que les législateurs avaient à examiner en mettant de côté tout esprit de controverse et toute discussion théologique«

Depuis deux siècles , les voies avaient été prépare'es pour une grande réforme religieuse en Europi*.

Depuis plus de cinquante ans, la philosophie Pavait faite en France dans les esprits. Excepté un très-petit nombre d'e'crivains qui avaient professé Tathéisme , ou plutôt donné de rintelligence à la matière , et divinisé la nature , la plupart deê philosophes n^avaient attaqué que le fanatisme. Pintolérance et le papisme. Les cérémonies du culte nVtaiexit plus, pour ainsi dire, qu^un spectacle, on s^en dispensait sans remords , on les pratiquait par habitude ou par hypocrisie. La haute société, la cour même, en donnaient Pexemple, et Fincrédulilé ou rindifférenoe s^étaieat répandues dans

toutes les classes. Voltaire avait fkit des prosélyte^^ dans toutes les cours de TEurope. Le grand Frér deric, Catherine la grande, et presque tous les petits princes d^ Allemagne , correspondaient avec lui, avec Diderot, D^Alembert , et prêchaient hautement leur amour pour la tolérance et leur niér pris pour la superstition. Les maximes et la dignité du trône daignaient s^abaisser jusqu^aux philosophes ; il en recevait et en propageait les leçons.

L^Assemblée constituante aurait pu faire scissioii avec la cour de Rome. Le clergé s^insurgea parce qu^on Tavait députuillé. Le serment à la constitur tion civile du clergé fut plutôt une question de propriété et de prérogative qu^une affaire de conscience. L^esprit de parti se revêtit du manteau de la religion. L^aristocratie , d^incrédule qu^elle était, devint tout'^à-coup dévote. Les prêtres et les émigrés firent cause commupe et conspirèrent, au nom de Dieu et du roi, contre la liberté publique. Le peuple confondit donc dans sa haine et les nobles et les prêtres , et le trône et Fautel.

On savait à quoi s^en tenir sur les reproches qu^allégoiait le clergé; mais, en le supposant, dégagé de tout intérêt temporel, quelle proportion y avait*il entre le mal que pouvait faire aux prêtres leur condescendance, et celui que devait causer au peuple leur obstination ? M^est-ce pas leur refus du serment exigé à tort ou à raison qui alluma la guerre civile dans la Vendée, et fournit un motif ou un prétexte aux persécutions dont ils furent

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